« Wardi » du réalisateur Mats Grorud lance la 10e édition du Festival International du Cinéma d’Alger. 8 novembre 2019

Programmé en ouverture de la dixième édition du festival international du cinéma d’Alger, le film d’animation intitulé « Wardi » (The Tower) du réalisateur norvégien Mats Grorud, a plus qu’impressionné par le regard et le traitement qu’il nous propose de la cause palestinienne, et plus précisément du sort des réfugiés au Liban, le récit prenant pour cadre le camp de Burj El Barajneh à Beyrouth, ou près de 25000 personne vivent dans un espace confiné.

Le film à la fois triste, touchant mais aussi plein d’espérance, retrace l’histoire d’une jeune fille, Wardi, qui comprend qu’elle porte malgré elle le poids de tout un peuple. Le récit, alterné par les souvenirs de de son arrière-grand-père, Sidi, qui lutte contre l’oubli des siens, un quotidien ou la pauvreté ne se voit plus… donne ainsi un scénario plein de symboles évoquant la ‘’Nakba’’, avec la clef de la maison familiale quittée en 1948, et qui se transmet au fil des générations, la terre que l’on conserve précieusement, mais aussi les étages successif des maisons du camp de réfugiés, des maisons devenues de tours. En ce sens, « Wardi », seul film d’animation en compétition, montre aussi l’engagement du réalisateur pour les droits de l’enfant, pour ceux des réfugiés, devenus ses amis, nous dira-t-il. La volonté de Mats Grorud avec la sortie de « Wardi » étant simplement de « raconter leur histoire, leurs vies de personnes normales dans une situation anormale ».

 Entretien avec le réalisateur Mats Grorud

« Les réfugiés construisent à chaque nouvelle génération de nouveaux étages .

Vous partagez avec le public du FICA le film « Ward », pouvez-vous revenir sur sa réalisation, sur son ‘’histoire’’.

Au départ l’idée était de réaliser un documentaire animé. J’ai voulu raconter l’histoire de mes amis, réaliser des portraits de ces  personnes remarquables. En fait on parle toujours des réfugiés en mettant l’accent sur la souffrance, sur l’aspect déprimant. Oui cela existe, mais la personne que j’ai rencontrée était aussi à l’opposé, plein d’espoir drôle… comme me disait l’un d’eux devenu un amis, nous n’allons pas rester assis et pleurer. L’objectif a été de montrer comment les réfugiés essaient de vivre, malgré les difficultés, la pauvreté, les problèmes. Le film est construit comme une histoire normale dans un situation anormale .

Vous mettez aussi en avant le sort des réfugiés palestiniens, Burj El Barajneh est à ce titre l’un des plus anciens camps.

Oui, c’est une situation surréaliste, ce camp a maintenant 71 ans, il ne fait que grandir et il n’y a plus d’espace. C’est d’ailleurs le sens du titre, les réfugiés construisent à chaque nouvelle génération de nouveaux étages. Aujourd’hui il y’a des tours de dix étages ».

Le personnage de ‘’Wardi’’ est impressionnant, on la découvre alors qu’elle comprend petit à petit son Histoire. Mais qui est-elle au juste

C’est grâce à une amie, Hanane, qui me racontait son histoire au camp, elle me parlait de son enfance, sa proximité avec son grand-père qui lui parlait de sa vie en Palestine. C’est son histoire qui m’a inspiré le personnage. Mais le parcours de Wardi est aussi le résultat de rencontres avec des enfants palestiniens, elle représente aussi l’innocence. L’animation, le stop-motion, en tant que technique aide énormément, on peut transmettre des émotions qu’il serait peut-être difficile de communiquer autrement.

On le comprend, votre engagement pour la cause des réfugiés palestiniens ne se limite pas au cinéma.

Tout comme il y a plusieurs générations de réfugiés, il y a également des générations de personnes qui ont travaillé dans l’humanitaire, parmi elles mes grands-parents et mes parents. Ma mère a travaillé au Liban, et dans ce camp durant la guerre. Moi je vivais en Norvège mais je voyais des photos de ce qui se passait, et quand l’on a 10 ou 12 ans, c’est le moment où l’on ouvre les yeux. Puis à l’âge de 20 ans j’ai pu y aller à mon tour, j’y suis resté une année. Ce n’était pas pour réaliser un film, c’était une expérience que je voulais dans ma vie.