« Une saison en France » de Mohamed Saleh Haroun Un moment de tendresse 9 décembre 2018

« Une saison en France », un film réalisé par le cinéaste tchadien Mohamed Saleh Haroun, a été projeté, samedi en clôture du 9ème festival international du cinéma d’Alger.

Le long métrage, une fiction, aborde l’actualité dans toute son acuité. Il soulève la question des réfugiés de guerre et des demandeurs d’asile.

« Une saison en France » est l’histoire de Abbas qui a fui, avec ses deux enfants Asma et Yassine, la guerre en Centrafrique. Son espoir est de bâtir une nouvelle vie en France. Mais après plusieurs démarches administratives et judiciaires, il se voit refusé le statut de réfugié. Déchiré, déraciné, désespéré, Abbas ne sait plus quoi faire. Son seul refuge, son seul foyer, c’est bien Carole, sa compagne.

Le film dresse le portrait d’un homme privé de dignité, de droit ; un homme pleine de rage et de dépit, mais à la fois rempli de tendresse notamment lorsqu’il se trouve dans les bras de Carole ou avec ses enfants. Un moment d’intimité et de complicité qu’il partage avec eux. S’il pleure devant Carole, s’il s’y montre émotif, fragile, voire vulnérable, il fait preuve de prudence quand il est avec ses enfants. Avec eux, c’est un Abbas courageux, résistant, toujours debout devant l’adversité.

Le film, qui se déroule sur un ton dramatique, est loin des clichés auxquels sommes-nous habitués, ces images relayées par les médias. Le cinéaste préfère au réalisme brut, documentaire, une façon pleine de délicatesse pour organiser son récit. Dans son film, le cinéaste a mis l’accent sur le ressenti. Le récit est pétri de sentiments de Abbas, de ses enfants et aussi de Carole qui accompagne ce dernier et le soutient au quotidien dans ses épreuves. Elle va jusqu’à l’héberger chez-elle. Là, on a une scène d’une famille recomposée. Et pendant tout ce temps-là, Abbas, Asma, Yassine et Carole improvisent un vivre ensemble et reconstruisent leur humanité. Mais ce n’est qu’éphémère. Car la police frappe à la porte et ramène cette « famille » à la réalité. Abbas est recherché pour être expulsé.

« Une saison en France » est un film émouvant, qui met le doigt sur un sujet sensible, celui de l’immigration. Par ailleurs, le cinéaste aborde en filigrane l’attitude de l’Europe – ici, dans le film, elle est représentée par la France – envers ces réfugiés, fuyant leur pays en guerre et à la recherche d’une vie meilleure, d’un futur prometteur.

Dans le film, on assiste au repli de soi, au refus et au rejet de l’autre. Et face à cela, Etienne, frère de Abbas, réfugié comme lui, s’immole par le feu dans les locaux de la Cour nationale du droit d’asile et qui finit par mourir. Cette scène est éprouvante, bouleversante, insoutenable. C’est pour montrer le degré de désespoir  chez les réfugiés qui ne demande qu’une seule chose : une présence sociale.

 

Yacine Idjer