Tahiti : Algérie, le beau pays de mon espérance 13 novembre 2019

Cela fait dix ans que Tahiti, un jeune camerounais âgé de 35 ans migre sur le sol algérien. Son histoire ne passe pas inaperçu, notamment pour la réalisatrice Latifa Said qui a vu en cet homme, la définition de la détermination absolue.

C’est dans les hauteurs d’Alger, précisément à Telemly que Latifa a rencontré pour la première fois le personnage de son film Tahiti Frank.  Un nom qui lui parle tellement qu’elle l’a choisi comme titre pour son court-métrage. 17 min où on partage le quotidien de Tahiti et que le public du Festival International du Cinéma d’Alger (FICA) a salué le courage et le parcours de cet homme.

Installé dans un ancien immeuble de la Capitale, Tahiti raconte son voyage à Latifa Said. Impressionné et fasciné par l’histoire de l’Algérie dit-il, il décide de changer de cap vers ce pays de l’Afrique du nord en laissant derrière lui toute une vie, ses terres natales, sa famille et son passé dans le but d’avoir une vie meilleure.
« J’ai traversé le grand désert, j’ai rencontré des gens,  j’ai découvert des civilisations, j’ai contemplé les terres, j’ai vécu des moments difficiles, j’étais démuni mais rien ne m’arrêtait, j’étais déterminé  à continuer jusqu’au bout… »

Dans un décor familier, on découvre Tahiti dans son environnement social, l’homme se dévoile mais de façon timide. On l’aperçoit à plusieurs reprises à travers le petit écran de la réalisatrice qui mit l’accent sur son quotidien. Il exerce le métier de concierge de l’immeuble en prenant en charge les habitants qui utilisent l’ascenseur pour 20 Da. Un travail qu’il lui permet d’assurer son quotidien dignement. On le voit aussi chez le coiffeur de la cité, entouré  d’une bonne ambiance fraternelle. Mais tout cela ne console pas Tahiti, car il vit toujours dans une situation illégale, dans l’obscurité et la peur. Désespéré, Tahiti pense au retour, le Cameron est loin, mais  sa famille et son pays l’attendent…

En compétition pour cette 10ème édition, le court-métrage met en avant la situation des immigrants africains en Algérie ; un court-métrage qui fait découvrir au public cinéphile une situation qui n’est pas indifférente pour certains.

Rencontre Avec Latifa Said… Le cinéma est libérateur, et la parole aussi est libératrice.

L’histoire de ce court-métrage a débuté suite à votre rencontre avec Tahiti Frank, que pourriez- vous nous dire sur cette expérience mais aussi sur ce sujet qui est l’immigration… ?

C’est un thème qui m’est cher. Je suis née en France, de parents algériens et je suis devenue algérienne, africaine et j’en suis fière. La figure de l’étranger est très intéressante. C’est en regardant la manière dont on traite les étrangers dans un pays qu’on comprend aussi le fonctionnement de la société. Le fait qu’il n’y ait pas de politique d’accueil d’immigrants en Algérie révèle beaucoup sur les relations entre les Algériens et les immigrants, de même que sur les relations des Algériens entre eux…

Il est difficile de travailler avec un immigrant notamment si ce dernier est en situation illégale. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors du projet…

La difficulté que j’ai eue n’était pas l’impossibilité de faire ce court-métrage. Nombreux  étaient ceux qui m’ont dit que tu ne pourras pas tourner dans l’aéro habitat, que ce ne sera pas possible..etc,  mais je n’ai pas pris leurs paroles en considération. Pour moi, c’était important de faire le portrait de cet immigrant. Cela dit, la seule difficulté que j’ai eue, avait une relation avec ma profession en tant que cinéaste. C’était une espèce d’auto-censure, on vous dit que tu ne peux pas le faire, c’est impossible … Mais il s’avère qu’on peut faire tout tant que tu le fais honnêtement et intelligemment.

Dans le film, on ressent les émotions que dégage Tahiti, on pouvait apercevoir à travers son personnage une certaine peur, une crainte… Avez-vous ressenti ce sentiment ?

Ce court-métrage est un documentaire, on l’a tourné sur trois jours. Il avait un plan de travail sur lequel on s’est basé. Tahiti a cru à l’idée de faire ce film, mais en même temps, il avait peur. Il pensait sans cesse à sa famille, il voulait que sa famille garde une image positive de lui. Bien qu’il avait cette crainte, il a pu surmonter sa peur et a fini par le faire.

Pour Tahiti, partager sa situation était-elle une sorte de message, un appel ?
Exact, le film était important pour lui. Il me disait si je ne parle pas, si je ne montre pas ma situation, ça continuera, rien ne va changer pour moi et même pour les autres.

Un dernier mot…
Le cinéma est libérateur, et la parole aussi est libératrice.