Table ronde sur Frantz Fanon 4 décembre 2017

Manthia Diawara. Ecrivain et professeur malien, vivant aux Etats-Unis : La présence de Fanon dans la pensée américaine…

 

 

Manthia Diawara. Ecrivain et professeur malien, vivant aux Etats-Unis : La présence de Fanon dans la pensée américaine…

Manthia Diawara. Ecrivain et professeur malien, vivant aux Etats-Unis : La présence de Fanon dans la pensée américaine…

Je vais axer mon intervention sur la présence de Fanon dans la pensée américaine. On enseigne Fanon à l’université aux Etas-Unis. Cela fait  plus de trente ans que j’enseigne  Fanon dans trois universités américaines, en Californie, à Philadelphie et à New York. On enseigne le cinéma africain et Fanon et la littérature africaine et Fanon. Et maintenant je donne des séminaires  sur Frantz Fanon.  Pendant trente ans ce sont mes cours les plus populaires. De plus en plus on commence à parler de Fanon comme poète. Je suis installé aux Etats Unis depuis 1973. Mon premier cours aux Etats Unis était axé sur  «Introduction aux études noires ». C’est comme cela que j’ai rencontré Fanon. Frantz Fanon est le maitre à penser de la black panthère aux Etats Unis.Entre 1968 et 1969, on demandait à tous les  jeunes de  19 ans, voulant intégrer le Black Panthère de lire le livre d’abord le livre « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon. On se souvient que 1956 au  Congrès des écrivains et artistes noirs, Césaire et Fanon avaient définis les Etats Unis d’Amérique racistes  et négationniste.Pour eux tous les colonisésdans toutes ces situations différentes  d’oppression  vivaient dans des  cultures momifiées, agonisantes qui définissait l’homme sans l’appeler.

Par ailleurs « Les damnés de la terre»   en promulguant la violence comme  outils de décolonisation permettait, ainsi, aux  blacks Panthères de  théoriser les nouvelles cultures révolutionnaires et nationalistes.

Pour mieux apprécierl’influence de Fanon aux Etats Unis, il faut  partir des rues d’Oakland  vers la Californie pour rentrer dans l’académie. Les premiers départements des blacks furent créer en 1 969 à San Francisco.  Les étudiants poussés par les militants du Black Panthère prirent d’assaut  les bâtiments de l’administration.

Pour moi  l’ouvrage de référence «  Peau noire, masques blancs » de Fanon était à la base de toutes les définitions du racisme discriminatoire, culturelle et institutionnelle. On prenait à la lettre le  mot  clé du concept psychiatrique de Fanon tels que l’Etat abandonnique, l’amputation,  la  castration psychologique et la phase du miroir.

Pourtant Fanon nous avait bien prévenus dans ce livre que son analyse ne valait quepour les blancs et les noirs qui souffraient de  complexes de supériorités et d’infériorité. Malheureusement il ne sera pas entendu par ses critiques. Et je pense qu’aujourd’hui on applique Fanon  à toutes les populations.

Fanon serait  d’accord avec nous.  Il s’adressait  à une épidémie de complexes de supériorité et d’infériorité, de mystificateurset de mystifiés qui s’étaient répandus dans le monde occidental dont il fallait trouver une lecture.

Je pense que la pensée de Fanon est présente dans le mouvement américain actuel. La vie des Noirs compte aussi. Toutes  toutes les vies comptent. Un message qui a de la résonnance avec un Donald Trump à la présidence américaine et dont le récent tweet, relayant un tweet xénophobe, ne fait que démontrer que la pensée de Fanon et son analyse sont d’une grande actualité.


Olivier Fanon : «  nous voulons créer une association portant le nom de mon  défunt père Frantz  Fanon »

Olivier Fanon : «  nous voulons créer une association portant le nom de mon  défunt père Frantz  Fanon »

« Je vais parler de moi et de l’actualité de  Fanon en Algérie. Fanon dans  les années 70 était enseigné, non seulement à l’université mais également au lycée. Il y avait des modules à l’université et des questions sur Frantz Fanon au  baccalauréat. Jai fait des études primaires et secondaires en Algérie. Donc je suis le produit du lycée algérien.  Aujourd’hui, on a l’impression de se réapproprier Fanon  parce que Fanon nous a été capté et pris par d’autres pays qui ont compris son importance. En Algérie, Fanon est diaphane. Je refuse d’aborder Fanon comme une icône figée. On ne peut pas lire « Les Damnés de la terre » est passé une bonne nuit après avoir lu la dernière page. J’ai toujours dis à nos amisantillais que Fanon vous appartient. Fanon est de dimension internationale.

Je n’ai de leçons à recevoir de personnes mais je me sens quelque part interpeller  lorsqu’on parle de mon père lors de colloque officiel. Mais je dirai après qu’est ce qu’on fait. J’ai le souvenir  qu’avec Alice et des amis  nous voulions créer une association portant le nom de mon  défunt père Frantz  Fanon.  Nous avions déposé les statuts.  Nous avions voulu que ce soit une association nationale. Les quarante huit wilayas étaient représentées.  Cela s’est passé en 2013 à la bibliothèque nationale d’El Hamma. Il y avait la présence de l’avocat. L’association n’a jamais vu le jour. Nous  sommes  en décembre 2017. Il n’y a pas d’association Frantz Fanon en Algérie. Qu’on m’explique pourquoi ?  Je n’ai jamais eu d’interlocuteur.  Je profite de cette tribune pour faire  passer le  message. Il y a une université portant le nom de Fanon à Boston.  Il y a des associations un peu partout dans le monde sauf en Algérie. J’ai un nom qui prête à confusion. C’est pour cela qu’aujourd’hui je veux passer à l’étape supérieure. Que  Fanon soit chez lui en Algérie. Il est enterré en Algérie et ma mère est enterrée au cimetière d’El Kettar à Alger. Qu’est ce qu’on veut de plus ?


Abdenour Zahzah, réalisateur algérien : « Fanon est un homme d’action »

Abdenour Zahzah, réalisateur algérien : « Fanon est un homme d’action »

«  Je vais parler de ma rencontre avec Frantz Fanon en 1998 quand je travaillais à la cinémathèque de Blida. On reçoit un  film anglais sur Frantz Fanon. Je  voulais montrer ce film à la cinémathèque et je me suis dis que cela pouvait intéresser les gens  qui travaillent à l’hôpital de Frantz Fanon.  Je  descends à l’hôpital psychiatrique de Blida  et je rencontre le professeur  Bachir Ridouh  qui me dis le film on va le montrer mais laisser-nous votre numéro de téléphone pour  vous rappeler dans trois mois. Trois mois plus tard il appelle la cinémathèque et me donne rendez-vous à 18h.  Je  vais au rendez-vous fixé dans son  bureau  où il y avait une vingtaine de personnes âgées. Ridouh me dit que toutes ses personnes avaient travaillé avec Fanon. C était des infirmiers et des aides soignants.  Fanon que je connaissais à travers  « Les Damnés de la Terre », j’ai senti son l’odeur à travers  ces gens qui  racontaient des anecdotes. A les entendre parler, je me disais que c’était mieux que le film anglais. Ridouh me dit que ces gens étaient présents car il préparait un colloque sur Frantz Fanon qui se tiendra en novembre 1998. Il m’a invité à assister à ce colloque. Rapidement, j’ai demandé à Ridouh de faire un film. Il me dit d’accord mais pas sans lui.  On fait le colloque et  je décide  de filmer uniquement  les gens qui ont connu Fanon.  Trois mois plus tard,  la moitié des infirmiers sont morts. Autre personne importante que j’ai rencontré, c’est l’homme politique  M’Hamed Yazid qui était très proche de Fanon. C’était une très belle rencontre. Je suis allée chez lui et j’ai filmé durant trois heures. Arrivé à la salle de montage, nous n’avons pas trouvé de sons. On a pu récupérer  seulement trois minutes sur trois heures. Trois minutes importantes où M’Hamed Yazid me révèle que c’est grâce à Fanon que le Congo  est devenu indépendant.  L’autre  personne dont j’ai été fière de rencontrer est  François Maspero. Comme je n’ai pas eu de visa, François Maspero est venu à Blida pour le tournage du film. En somme, Frantz Fanon est un homme d’action. Je veux raconter Fanon qu’à Blida.  C’est un film en gestation  qui demande  des moyens.