Spécial 10e édition du Festival international du cinéma d’Alger : Dans la magie du 7e art 20 novembre 2019

En compétition, le court métrage FacingMecca, ainsi que le long métrage, 143, Route du désert, ont été projetés, samedi dernier, dans la salle Ibn Zaydoun, de l’Office national Riadh El-Feth, dans le cadre d’une compétion de la IXe édition du festival international du cinéma d’Alger (FICA).

En compétition, le court métrage FacingMecca, ainsi que le long métrage, 143, Route du désert, ont été projetés, samedi dernier, dans la salle Ibn Zaydoun, de l’Office national Riadh El-Feth, dans le cadre d’une compétion de la IXe édition du festival international du cinéma d’Alger (FICA).

En effet, c’est devant un public nombreux que cette nouvelle édition du FICA se poursuit dans sa troisième journée. Au menu, un riche programme pour cette journée qui a vu la projection du court-métrage « FacingMecca » de son réalisateur suisse Jan-Eric Mack. Ce court-métrage de 25 minutes a été produit par Joël Jent en coproduction avec la Zurich University of Arts et SRF Suisse Radio et Télévision et cofinancé par la fondation film Zurich et le canton de Glaris. Le scénario a été écrit par Anna Schinz et le réalisateur Jan-Eric Mack. Fareed reçoit un appel de l’hôpital où se trouve son épouse. Elle est dans un état critique ; son cancer a atteint la phase terminale. Roli, un retraité, vient à la rescousse et amène le réfugié syrien à l’hôpital. Mais l’épouse de Fareed meurt peu après. Les deux hommes font face aux complications de la bureaucratie suisse, mais Roli finit par trouver une réponse simple et belle. La commune d’Amrikon est obligée de prendre en charge les funérailles. Alors que Fareed désire enterrer son épouse selon les coutumes musulmanes. Roli s’engage pour la cause de Fareed et ses filles. Mais des problèmes surgissent. Le cimetière d’Amrikon n’est pas orienté vers La Mecque. De plus, le délai d’enterrement de 24 heures suite au décès ne peut être observé. Le maire Thomas Künzli, malheureusement fait patienter toutes les parties concernées jusqu’à la semaine suivante. Refusant cette tactique dilatoire de la part de la commune, Roli trouve une solution créative. Il choisit un tombeau familial permettant d’enterrer le corps de la défunte en diagonale. Mais même les tombeaux familiaux sont exhumés et réattribués après 25 ans. Un tabou absolu pour les musulmans car le repos des morts ne doit en aucun cas être perturbé. La seule alternative, c’est de ramener le corps en Syrie. Mais la Syrie n’existe plus. Donc, le cercueil sera amené à Beyrouth par avion. Mais Fareed aurait préféré enterrer son épouse à proximité pour pouvoir effleurer  sa tombe. Les frais de transport exorbitants sont également une mauvaise surprise pour Roli et Fareed. Toutefois, la commune se dit prête à les payer, entre autres pour se débarrasser du problème. Mais Roli ne baisse pas les bras si vite. Il a un plan. Un cercueil vide fera le chemin vers Beyrouth. La famille restera unie. Si Fareed et ses filles sont autorisés à rester en Suisse…

 143, Route du désert, en avant-première

Sur un autre créneau, le long-métrage intitulé « 143, route du désert », du cinéaste algérien Hassen Ferhani, a été projeté en avant-première dans l’après-midi de samedi dernier. D’une durée de 100 mn cette production algéro-franco-qatarie raconte l’histoire de Malika, gérante d’un modeste restaurant sur la route du désert, au fin fond du Sahara algérien, où viennent se ravitailler routiers, aventuriers et autres voyageurs. Le film suit les interactions entre des clients qui fréquentent le même café dans le désert du Sahara, un établissement tenu par une propriétaire fascinante. La beauté du film est qu’il joue des idées préconçues. Il s’ouvre sur un plan d’introduction qui montre des voitures conduisant le long de la Nationale 1, avec les vastes étendues du Sahara comme toile de fond. Dans ce paysage, comme un mirage isolé, on a le relais routier. Au fil du film, tandis qu’on fait la connaissance de Malika et de ses clients, dont certains sont devenus des habitués, il devient apparent que le café n’est pas isolé. Il y a des plans qui montrent un hypermarché installé non loin, qui menace le commerce de Malika et on se rend soudain compte que Ferhani n’est pas en train de faire un film sur ce petit café à l’ancienne, mais sur la globalisation. Ce film raconte l’histoire d’un monde en transformation, à travers les récits de personnages intrigants qui mènent leur vie quotidienne dans ce qui semble être un lieu lointain. Malika, loin d’être une drôle de vieille dame, et peut-être une des seules personnes saines qui reste, surtout en comparaison avec certains des personnages occidentaux qui fréquentent le magasin. A propos du choix du personnage de Malika et du Sud algérien, le réalisateur algérien explique que Malika, c’est l’histoire vraie d’une femme complètement incroyable qui habitait le nord de l’Algérie et qui a décidé du jour au lendemain de tout quitter pour «écrire son histoire dans un no man’s land où elle s’est installée il y a 25 ans pour ouvrir un café».«Ce que j’ai aimé dans ce lieu et chez cette femme, c’est cette possibilité, du fait que cet espace de passage devient un espace de démocratie où chacun a son mot à dire et où chacun écoute l’autre et tout le monde se respecte», a-t-il ajouté. Il affirme que le lieu et Malika lui ont insufflé un véritable désir de cinéma  «C’est un plaisir de cinéma de faire un film avec Malika. Ce qui est fascinant dans cet endroit, c’est qu’il y a un double ressenti.» Ferhani a rencontré Malika par le biais de son ami, l’écrivain Chawki Amari, qui apparaît dans le film.
Sihem Oubraham

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 LA CRÉATION ET L’IDÉE DE DÉPART

La 10e édition du Festival international du cinéma d’Alger, qui se déroule dans les salles Ibn Zeydoun et Cosmos de Riadh El Feth, est aussi le cadre de conférence et de débat autour des questions et des problématiques liées au cinéma et à son activité.
La journée de samedi matin, à la salle Frantz- Fanon, a été consacrée au scénario, base de tout film.
Sous l’intitulé : «De l’idée de l’Histoire et de l’Histoire au scénario : comment suggérer sans trahir ?» la conférence, modérée par Ahmed Bedjaoui, qui a vu la participation du journaliste et scénariste Boukhalfa Amazit et des réalisateurs Mahmoud Ben Mahmoud et Georgi Balabanov, a rappelé les règles élémentaires du scénario et comment naissait l’idée de films.
Pour le Tunisien Mahmoud Ben Mahmoud, son film «Fetwa» a été écrit pour être tourné en Belgique, mais a finalement choisi de le tourner en Tunisie après la révolution du jasmin.
«C’est une idée suggérée par mes étudiants en cinéma, à l’université de Bruxelles. Mes étudiants m’ont donné à lire deux articles de presse où il est question de djihadisme et de camp d’endoctrinement. Il est difficile d’imaginer cela au cœur de l’Europe.
Habituellement, ce n’est pas ainsi que je procède, mais ce qui a déclenché l’histoire c’est quelque chose de physique, c’est une falaise et un précipice. C’est un élément géographique qui a créé quelque chose d’opaque qui allait devenir l’intrigue du film. J’ai commencé à écrire le scénario à partir de cette base. Je me suis immergé à partir de ce décor. L’immersion, rien ne vaut cela pour écrire.», a-t-il ajouté.
Pour le Bulgare Balabanov, le monde communiste, la chute du mur de Berlin en constituent la base. Puis il y a eu le constat du cinéaste sur ce qu’il appelle les vraies coulisses du théâtre et les fausses coulisses de la politique.
En ajoutant : «J’ai découvert que la moitié des gens du théâtre et du cinéma en Bulgarie étaient des informateurs. Les recruteurs sont des intellectuels de formation. J’ai été à la rencontre des gens et des indicateurs pour mieux comprendre. Les créateurs sont censés défendre des causes nobles et étaient pourtant des informateurs.»
Pour le journaliste et scénariste Boukhalfa Amazit, rien de mieux que d’entamer par ce qu’il qualifie de généralité : «Il y a deux choses sur laquelle les Algériens ne s’entendent pas, l’équipe nationale de football et l’histoire avec un grand H. L’Histoire parce qu’elle a été politisée. La guerre de libération est devenue une succession d’anecdotes, au gré de la mémoire des témoins. Il est difficile pour un scénariste d’écrire sur un fait historique. En 2011, on a fait avec le cinéaste Ahmed Rachedi un documentaire qui retrace le mouvement national. Ce film a été bloqué en 2011 puis sans crier gare, il a été programmé, il y a une dizaine de jours, à la télévision nationale. Ce qui n’était pas valable en 2011, l’est visiblement en 2019. Le film est devenu hallal.» Histoire a été politisée depuis 1962 ce qui explique la difficulté à travailler et à écrire des scénari sur la guerre de libération et sur ses héros
La conférence a été suivie d’un intéressant débat où le public tenait à avoir plus de détails sur ce qu’il a été dit par les conférenciers.
A. T.

el Moudjahid