Réalisateur Michel Toesca : « Je suis honoré de présenter mon film documentaire en Algérie » 3 décembre 2018

Quelles sont vos impressions sur votre participation à la neuvième édition du  Festival International du Cinéma d’Alger ?

Je suis  très content d’être à Alger pour participer à la neuvième édition du Festival International du Cinéma d’Alger. C’est la première fois que je viens dans cette ville qu’est Alger que je trouve d’ailleurs magnifique.  Je suis très honoré de présenter mon film documentaire «Libre» en Algérie.

Comment a été accueilli votre film en France ?

Le film  est sorti le 26 septembre dernier en France. Il est également sorti en Suisse, en Italie et en Belgique. Il va sortir  prochainement en Allemane, en Espagne et au Québec. En France, nous sommes à 58.000 entrées. Pour un documentaire, je dirai que c’est pas mal. On a fait beaucoup de festival en France et ailleurs.  De  façon générale, le film est plutôt bien accueilli partout là nous allons.  Nous avons  été  à la sélection officielle de Cannes. On a eu un standing ovation de quinze minutes. C’est un moment très impressionnant et dans d’autres festivals aussi. Je pense que c’est un film qui doit être vu par le plus grand nombre de personnes.

Michel Toesca nous parle de son film documentaire «Libre »

«  Mon film documentaire « Libre» est consacré au combat de Cédric Herrou pour l’accueil et la protection  de migrants dans la vallée de la Roya. Je vis dans cette vallée depuis dix ans.  Cédric est le personnage principal du film. On se connait depuis une quinzaine d’années. En fait, ce film s’est fait avec une certaine évidence, c’est-à-dire, quand  on est confronté à la réalité de tous ces gens venus de l’Afrique, essentiellement du Soudan et du Darfour dont la France a fermé sa frontière  en juin 2015. Tous ces gens ont emprunté cette vallée parce que  le bas de la vallée est italien  et le  haut de la vallée est français.  Ces migrants pensaient arrivés en France mais en fait c’est une enclave française en territoire italien.  Quand on domine la  vallée de la Roya , on revient de nouveau en Italie. Ainsi, ces migrants se sont retrouvés piégés dans cet endroit.

J’ai donc pris ma caméra au même titre que Cédric a ouvert sa maison.  Moi aussi j’ai abrité des gens chez moi.  « Libre »  n’est pas un film objectif. Je suis totalement engagé dans cette aventure et je l’assume complètement. C’est un film sur un geste humanitaire en se disant qu’on obligé d’aider ces gens. C’est devenu, aussi, un geste politique  quand on habite sur ce territoire.  Et quand on habite quelque part, la politique, c’est de s’occuper de  ce qui se passe chez nous. Et quand on trouve aussi  que le gouvernement français agit d’une façon totalement inadéquate  et absurde avec ce flux migratoire. On a décidé de  permettre à ces gens là de faire une demande d’asile  et de les aider. Cela nous a valu d’être arrêtés, d’être mis en garde à vue, d’être jugés et d’être condamnés. On a eu des avocats. On s’est posé  une question juridique. En fait ce film repose sur trois volets : Il y a le côté humain, le côté politique et le côté juridique. On est parvenu à faire une chose qui ne s’est jamais passée au niveau de la cinquième République. C’est qu’on est parvenu à changer la constitution française et à  inscrire la fraternité dans la constitution française  et ce, sans passer par le parlement mais directement par le biais de nos avocats. Pour nous symboliquement cela a été une très grande victoire. Pour les accueillants, par rapport au bilan, la situation s’est  considérablement durcie. En tous  les cas pour ceux qui ont été accueillis, le délit de solidarité en France n’existe  quasiment plus.

Beaucoup de personnes ont apporté leurs compétences et leur solidarité, à l’image du pilote d’hélicoptère. La vallée de la Roya est escarpée. Dans cette vallée, quand on fait des travaux ou même quand on se fait livrer  du bois, c’est souvent par hélicoptère. Il y a beaucoup d’hélicoptage qui se fait. Chaque semaine, il y a des hélicoptages dans la vallée.  Il y a un ancien militaire qui était installé  comme pilote et qui fait toujours par des hélicoptères. C’est un monsieur qu’on connait très bien et qui soutient notre démarche. A un moment donné, il y a beaucoup de gens qui  sont arrivés  chez Cédric. Dans le film, on voit que deux caravanes chez Cédric. On a eu donc besoin une caravane. On a donc appelé le pilote pour nous acheminer une caravane. C’était sa façon à lui  pour ce pilote ami de participer avec nous à ce combat.

La vallée de la Roya a une tradition frontalière. Soit les gens passent en force soit les gens sont accueillis. D’ailleurs la vallée la Roya , c’est les dernières frontières françaises établies en 1947 par référendum. C’est vraiment une frontière toute neuve pour la France. Mais c’est vrai qu’il y a eu une tradition d’accueil de cette vallée qui est millénaire.

Accéder au  bassin des frontières reste un délit. Aujourd’hui,  on peut  accueillir des refugiés chez soi, les nourrir, les soigner ou encore  les transporter à la préfecture pour faire une demande d’asile  à partir du moment où on ne passe pas les frontières. Tout cela  n’est plus considère comme un délit alors que cela l’était avant. Mais par contre, dépasser les frontières reste un délit. Cédric a quatre chefs d’accusations dont trois sont tombées reste le passage des frontières  dont la cour de cassation va se prononcer  le  19 décembre prochain.

Aujourd’hui la vallée de la Roya  est totalement neutralisée. Cette dernière compte  4000 habitants. Entre  les italiens et les français il y a 1600 militaires et policiers en faction dans la vallée. C’est cerné complètement. On voit dans le film que toutes les  allées et venues sont contrôlées.  La police attends qu’une chose, c’est que Cédric  fasse un faux pas  pour le coincer.  Les refugiés sont très malins. Ils communiquent  par  téléphone.  Ils passent plus par le Nord dans des conditions très difficiles. L’hiver dernier, il y a eu un grand nombre d’amputations des doigts et des pieds à cause de la neige. Personne ne parle de ces amputations. Le fait de repousser les migrants vers le Nord, cela les arrange. Du point de vue gouvernemental, c’est  une espèce de solution facile mais d’un cynisme inouï.

Je trouve intéressent dans mon film le discours de ce jeune tchadien qui  dis que la France a raison de fermer ses frontières. C’est un discours qui est relativement proche de ce que peut penser les gens de l’extrême droite. En même temps ce tchadien dis  une chose intéressent : «  nous  on sait  parce que’ on a la télévision et nos parents aussi savent aussi dans les pays étrangers car il y a la télévision ». Ce  qui est très puissant,  c’est la façon dont les médias traitent cette information sur la question des migrants qui est très orientée par les politiques. Je trouve cela beaucoup plus fort et poétique que cela vienne de la part de ce jeune homme qui le dit et qui le pense.