Projection du long-métrage « Nos frangins » de Rachid Bouchareb 12 décembre 2022

Un film sobre sur une affaire sombre

Le cinéaste algérien Rachid Bouchareb a assisté, vendredi 9 décembre 2022, à la projection, en avant-première nationale, de son dernier film, « Nos frangins », dans le cadre du 11ème FICA. Les comédiens Lynda Khoudri, Réda Kateb et Samir Guesmi étaient également présents à la salle Ibn Zeydoun. Le long métrage revient sur l’affaire Malik Oussekine, étudiant franco-algérien, tué par deux policiers français à Paris, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. La même nuit, un autre jeune homme franco-algérien,Abdel (Abdelwaheb) Benyahia a été assassiné, à Pantin, par un policier ivre.

L’affaire Abdel est demeurée inconnue en France parce que le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, a décidé d’imposer « le black-out » sur la mort d’Abdel. A l’époque, les étudiants ont organisé des manifestations pour dénoncer le projet de Loi Devaquet visant à réformer les universités françaises.
Charles Pasqua, qui a pris la défense de la police en attaquant « les casseurs », apparaît dans le film de Rachid Bouchareb à travers des images d’archives intervenant devant l’Assemblée nationale. D’autres images, soigneusement arrangées dans le film pour accompagner un récit sobre, montrent les gigantesques marches en France pour dénoncer le crime commis contre Malik Oussekine et Abdel Benyahia avec le slogan « Plus jamais ça ».

Rachid Bouchareb s’est concentré, dans son film, co-écrit avec la romancière Kaouther Adimi, sur la nuit du double assassinat et les deux jours qui ont suivi cet acte ignoble. Il a plongé dans l’intimité de la famille Oussekine à travers le frère aîné, Mohamed, joué par Réda Kateb, et la sœur Sarah, interprétée par Lyna Khoudri. Il a également montré la stupeur, puis l’effondrement du père d’Abdel, campé à l’écran par Samir Guesmi. Un père qui accepte la nouvelle de la mort de son fils avec dignité alors que son deuxième fils dénonce « les mensonges » de la police.

« On peut faire plusieurs films sur ces affaires. Ce n’est pas fini. On peut choisir de suivre un membre de la famille, un policier, un homme politique ou un manifestant pour raconter l’histoire. On peut tout mettre. Les familles des victimes ont manifesté et combattu rendre justice. Le procès a duré quatre ans (verdict en 1990). Il fallait donc choisir un moment précis, trois jours, pour le film. C’est un choix de scénario que nous avons décidé après des discussions « , a expliqué Rachid Bouchareb, lors d’une conférence de presse à la salle Frantz Fanon.

Dans le film, la famille Oussekine attend des nouvelles et fait des recherches alors que celle d’Abdel n’attend que des nouvelles parce que les autorités ont décidé de « cacher » le meutre. « Nos frangins », qui sort dans plusieurs salles en Algérie, rend hommage émouvant à Abdel ou Abdelwahab Benyahia et rappelle l’injustice liée à l’affaire Malik Oussekine. « Les deux policiers qui ont battu à mort Malik ne sont jamais allés en prison », a rappelé Rachid Bouchareb.