Projection du film documentaire « Radio Al Salam » de Xavier de Lauzanne. 10 décembre 2022

« Reconstruction du lien entre les communautés »

Le documentaire « Radio Al Salam », second film du réalisateur Xavier de Lauzanne dans les régions kurdes de Syrie et d’Irak, après « Neuf jours à Raqqa » (2021), a été présenté jeudi 8 décembre 2022 au public et au jury du 11ème FICA.

Portant cette fois-ci à l’écran la situation des habitants de plusieurs villes et régions du nord de l’Irak, après la victoire sur l’Etat islamique (Daesh), ce nouveau film est surtout le récit d’une expérience unique : Radio Al Salam, basée à Erbil. Un média qui réunit des journalistes issus de différentes ethnies et religions. Le réalisateur déclare avoir souhaité mettre en avant la « reconstruction du lien entre les communautés ». Le média apparaît, en effet, comme un modèle à suivre pour une jeunesse en quête d’une nouvelle cohésion.

Le documentaire retrace les parcours personnels et le travail de terrain de sept journalistes kurdes, yazidis, irakiens ou syriens, musulmans sunnites ou chrétiens. Plusieurs sont eux-mêmes des victimes directes de la guerre, du communautarisme ou de la prise de pouvoir de Daesh. L’un d’eux explique avoir perdu son frère à cause de sa religion chrétienne, une autre avoir survécu à la bataille de Sinjar, lancée contre les Yazidis, alors que d’autres sont des réfugiés venus de régions en guerre d’Irak et de Syrie.

Les images du film, elles, montrent la réalité du terrain après le conflit « une fois que les caméras soient parties » note le réalisateur. Certaines séquences laissent ainsi apparaître l’étendue des destructions une fois la guerre terminée, les camps de réfugiés, mais aussi les difficiles initiatives de reconstruction et les stigmates de la guerre… à ce propos le réalisateur Xavier de Lauzanne a précisé à l’issue de la projection : « Une moitié de Mossoul a été détruite, ce sont, en fait, les vieux quartiers où Daesh s’est retranché face à la coalition internationale. Ils avaient été poussés de l’autre côté du fleuve Tigre, dans des quartiers Ouest qui représentaient le patrimoine de la ville (…) le seul moyen d’éradiquer Daesh avait été de bombarder massivement cette partie de la ville, ce qui est aussi une catastrophe. Il y avait des cathédrales, de très belles mosquées… Elles ont été complètement détruites. »

Sans forcément chercher à établir les responsabilités dans les tragédies vécues par l’Irak puis la Syrie, le système de Saddam Hussein, l’invasion de l’Irak en 2003, les attentats et la naissance de l’Etat Islamique, restent des questions centrales dans les témoignages des habitants recueillis par Radio Al Salam.

Pour sa part, le réalisateur ajoute que la démobilisation et la dissolution des institutions irakiennes avaient aussi créé les bases de la tragédie en rompant un équilibre déjà fragilisé : « On peut faire beaucoup de reproches à l’invasion américaine qui a complètement déstabilisé la région et pour de mauvaises raisons, mais les choses commençaient à péricliter avant même 2003. »

A propos de l’esprit et du message du film, réalisé dans une région multiculturelle, multiconfessionnelle, riche d’une mosaïque de peuples et de langues, le réalisateurs précise : « cette richesse existait et existe toujours. Cependant, les liens entre les communautés ont été rompus. La priorité, aujourd’hui, est de reconnecter les communautés entre elles, cela est difficile, la situation en Irak et dans la région n’est pas encore stable. Un énorme travail reste à faire, c’est la vocation d’un média comme Radio Al Salam ».