Projection des films courts « Toute la nuit », « Bridge » et « Au plaisir, les ordures ». 6 décembre 2022

Trois histoires universelles, la douleur du deuil, l’inégalité sociale et la manipulation

Retenus dans la compétition court-métrage du 11ème Festival International du Cinéma d’Alger, trois films, des réalisateurs algériens et canadiens, Fayçal Hammoum, Mohamed Shawki Boukef et Romain Dumont, ont été présentés lundi 5 décembre 2022, à 17h, au public de la salle Ibn Zeydoun (Oref).

A la fois très différents dans leur réalisation, les œuvres, qui ont pour point commun la jeunesse de leurs auteurs, mettent également en image des sentiments ou des faits de société universels : Le deuil et l’acceptation de la perte d’un proche dans le film « Toute la nuit », la pauvreté et le déclin de la ruralité dans « Bridge » ou encore la manipulation et le dialogue impossible entre les « classes » sociales dans « Au plaisir, les ordures ».

La douleur du deuil…

Le film « Toute la nuit », du réalisateur Fayçal Hammoum, suit une mère, Louisa, à la recherche de sa fille disparue. Collant chaque nuit des avis de recherche, on comprend rapidement que sa fille est morte assassinée ! Une tragédie impossible à accepter pour le personnage principal. Le réalisateur explique : « J’ai voulu parler de ce qui se passe pour les gens qui restent. » Récit difficile, mais brillamment interprété par Djalila Kadi Hanifi qui signe son premier rôle, « Toute la nuit », tourné en mars 2020 dans les rues d’Alger avec un soin particulier pour l’esthétique de l’image, s’achève, toutefois sur une note d’espoir. Une dernière image, l’ébauche d’un sourire sur le visage de Louisa. Comme l’explique l’actrice, à l’issue de la projection, « elle (Louisa) est dans le déni mais elle sait que sa fille est morte (…) peut-être qu’elle pourra avancer ». Quant au réalisateur, il ajoute que le film peut être vu comme une métaphore, « c’est aussi l’histoire d’un monde qui part et que l’on veut retenir ».

Inégalité sociale…

Court métrage d’animation de seulement six minutes, « Bridge » septième film du Shawki Mohamed Boukef, raconte, pour sa part, une histoire à plusieurs niveaux de lecture. Le film, au dessin très épuré, mais exécuté, met en avant le voyage de mille kilomètres d’un père avec son fils malade vers l’hôpital d’une grande ville. Les deux voyageurs, qui traversent des tempêtes et des régions hostiles n’arriveront cependant jamais à destination, bloqués dans la dernière ligne droite par l’effondrement d’un pont. Une dernière image que le réalisateur commente en précisant que « ce pont symbolise la loi ». « Bridge », présenté pour la première fois à Alger, apparaît en ce sens comme une mise en lumière des difficultés de la vie hors des grandes villes.

Manipulation…

Quant au troisième et dernier film de cette série, « Au plaisir, les ordures » de Romain Dumont, il met face à face deux « classes » sociales, plus précisément deux conceptions différentes de la vie. Le réalisateur qui précise avoir voulu faire une « critique de la politique en général » partage dans cette comédie dramatique le dîner mouvementé de trois éboueurs invités par le premier ministre et son épouse. Les trois invités sont partagés entre suspicion, colère et opportunisme. Leur hôte, par cette invitation improbable, espère surtout soigner son image auprès du public. Romain Dumont nous explique que le point de départ de son film était un article de Paris Match revenant sur un aspect de la communication de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing. « Il avait invité trois éboueurs lors d’un réveillon de Noël », a explique le réalisateur. Et d’ajouter : « Par la suite on les voit gênés devant les caméras (…) pour moi il s’agissait d’une manipulation à la fois politique et surtout médiatique. »