Projection des courts-métrages « Anonymes » et « Tchebchaq Maricane » 9 décembre 2022

La tragédie sous le regard d’une femme

Le mercredi 7 décembre marquait la dernière ligne droite des courts-métrages en compétition au 11e FICA, projetés à la salle Ibn Zeydoun (Oref). Les spectateurs ont ainsi eu l’occasion de découvrir « Anonymes » de Fama Reyane Sow et « Tchebchaq Maricane » d’Amel Blidi. Ces deux œuvres dont les trames se déroulent dans le continent africain, respectivement au Sénégal et en Algérie, partagent le même dénominateur commun : La folie humaine.  Sans tomber dans les stéréotypes, les destins tragiques des protagonistes des films, sont narrés avec finesse et douceur par les deux réalisatrices.

« Anonymes ». Une journée presque ordinaire !

Sorti en 2019 et d’une durée de 13 minutes, « Anonymes » de Fama Reyane Sow embarque le spectateur dans le quotidien d’une jeune femme sénégalaise ou plutôt à partager sa journée presque ordinaire. Pétillante et sublime dans sa robe traditionnelle rouge, la protagoniste « nous » présente son entourage – et par la même son environnement dans lequel elle évolue – avant d’aller travailler. Les présentations commencent par le petit frère rebelle, ensuite la grand-mère, les voisines, les amis… Ainsi, cette bibliothécaire nous ouvre une lucarne sur sa vie et son univers grâce à la petite voix qu’elle a dans la tête. Une voix qui représentera celles de nombreuses femmes de son pays, qui se plient aux traditions patriarcales. « Elles ne pensent qu’au mariage, comme s’il y avait une date de péremption après 30 ans », lance-t-elle avec humour. Pleine de vie et d’ambition, cette jeune femme est loin de se douter que tout allait basculer, se briser. « Anonymes » est une ode à toutes ces personnes sans visage et sans identité, qui représentent seulement un « chiffre » dans les médias. A travers son film, Fama Rayane Sow voulait rendre hommage à ces anonymes assassinés par les extrémistes, car « quand il y a des attentats en Europe, l’histoire des victimes est partagée. Mais quand il s’agit d’Africains, ils annoncent seulement le nombre de morts », explique Sow lors du débat avec le public présent.

« Tchebchaq Maricane » ou la fin de l’innocence

Le deuxième court-métrage projeté en cette journée de compétition est « Tchebchaq Maricane » de la journaliste et cinéaste Amel Blidi. Sorti en 2021 et d’une durée de 26 minutes, il plonge le public dans l’obscurité des années 90. La trame se déroule exactement en 1995, dans un quartier algérois où deux adolescentes, Samia et Nouara, âgées de 12 ans, se livrent, avec innocence, aux jeux de leur âge, partagent leurs rêves de gamines et le désir de grandir. Et ce souhait sera exaucé plus vite qu’elles ne le pensent ! Car, la terreur s’installe dans leur havre de paix et mettra ainsi fin à leur enfance, les propulsant dans la réalité de la peur et la terreur. Malgré la thématique abordée dans son film, à savoir la décennie noire, Amel Blidi évoque cette tragédie avec douceur à travers le regard puéril et innocent de cette petite fille, qui à l’âge adulte tente toujours de faire face à ses démons, ses traumas, pour les dépasser, tentant de reconquérir une certaine quiétude et recouvrer cette part de sa vie qui lui a été volée. En un mot, elle est en quête de la paix, la sienne…