Projection de Frères Ennemis de Davis Oelhoffen à Ibn Zeydoun 7 décembre 2018

Entre l’amour et la trahison l’argent !

Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic. Quand celui-ci est promu aux Stups, son retour bouleverse les équilibres et met Manuel en danger. Ceci est le synopsis du film « Frères Ennemis » qui a comme acteur principal Reda Kateb. A ses côtés on retrouve aussi Ahmed Benaissa dans le rôle du chef mafioso à la tête d’une contrebande de drogue qui est loin d’être un saint. Un long métrage sombre et une  fiction  bien intéressante qui a été projetée mercredi en compétition officielle, au Fica, à la salle Ibn Zeydoun. Un film qui a su retenir l’attention du spectateur et mené avec Reda Kateb, la star de la soirée, un débat des plus fructifiants.  

D’où est née l’histoire de ce film ?

Reda kateb : j’ai déjà tourné avec le réalisateur par deux fois, c’est un ami . J’ai fait beaucoup de débat avec lui. J’avoue que j’aime beaucoup la série Gomora, j’aime beaucoup le film, l’écriture… Ce que dit David  Oelhoffen, c’est qu’il s’est inspiré du réel sans inspiration de cinéma ou de clin d’œil.  C’est vraiment parti d’une enquête où il a  interrogé des trafiquants. Il s’est rendu compte qu’il y avait  une vraie différence entre  les gens  qu’il a rencontrés et puis  l’image un peu  d’Epinal  qu’on a des trafiquants de drogue. C’est des films différents.

La façon de filmer épouse le côté nerveux des personnages. La caméra bouge tout le temps. Un choix assez singulier de la part du réalisateur…

Pour ce qui est de l’esthétique du film,  tourné  avec un  budget, il  fallait trouver une esthétique qui corresponde à notre plan de travail effectivement. A une forme d’urgence.  Donc la caméra à l’épaule  était vraiment le plus approprié et pour cette légèreté aussi qu’elle  nous permettait  dans le jeu. Avec une caméra à l’épaule on peut de temps en temps changer  de mouvement. On est  moins dans des marques et des bouts de scotchs par terre. Et cela donne quelque chose de très incarné et très nerveux.  De très instable. Comme la vie de ses personnages qui  se posent jamais.

Nous avons remarqué le rappeur Fianso dans le film. Comment s’est fait le choix de cet artiste ?

Il se trouve que David l’a vu dans un essai. Sofiane a passé un casting très humblement sans venir comme une vedette et en plus  c’était peu avant qu’il explose comme c’est le cas en ce moment. David Oelhoffen  l’a vraiment choisi comme acteur  par ce qu’il était bon et convaincant dans ses essais. Je trouve qu’il est aussi vraiment dans le film. Il ne fait pas le rappeur qui vient jouer un rôle au cinéma. C’est des milieux qu’il connait  très bien. Il  a apporté dés le début des  propositions de dialogue, des choses plus réalistes  sur le langage de la génération aujourd’hui, puisque David et moi,  nous appartenons à la génération d’avant.  Il a donné énormément au film.

Certains clichés dans le film sont subtilement  bien battus en brèche..

Oui. Dans certains films les bandits c’est toujours les arabes. J’ai trouvé intéressant, en effet, dans ce film que le flic des stups  soit un enfant d’immigrés algériens  et le voyou, espèce d’orphelin présumé portugais  ou même pourquoi pas, flamand qui a trouvé une famille  chez ces bandits là, chez Raji et Raji c’est comme son père.  Son attachement est vraiment d’ordre familial. c’est ce qui fait qu’on na pas voulu faire juste un polar, un film de flic et de voyou  mais de raconter  vraiment une tragédie avec tout les éléments de  cette tragédie. Un destin de personnages  prédestinés. Dés le départ,  on sait que les dés sont jetés et que cela va mal se passer  et puis mettre en place des  figures œdipiennes  tel tuer son père pour  s’affranchir. C’est un film qui parle de ça. De la condition et  de l’affranchissement. Un des sujets principaux, c’est de se demander  ce qui va se passer quand on essaye de  changer de case  dans la société,  quand on change de milieu  d’origine et  quel prix on doit-on payer. Très souvent dans des films où il ya des flics et des voyous, on a l’impression que les flics ne vivent  que comme des flics et les voyous que comme des voyous mais en fait, ce sont des gens qui ont des sentiments. C’est entremêlé. Le réalisateur a cherché  à leur prêter des raisons à chacun. Qu’est ce qui fait qu’à un moment donné  Driss devienne flic et Emmanuel voyou ? Les rôles auraient pu être inversés.  Qu’est ce qui fait à un moment que les choses basculent  d’un côté ou dans un autre. C’est une des choses qui  sont  traitées dans ce film mais avec un soin, une attention pour tous les personnages. Pour le personnage de Raji (Incarné par Ahmed Benaissa NDLR). Il a ses raisons. C’est terrible ce qu’il fait, c’est à dire  d’ordonner le meurtre d’un de ses  propres fils mais il le fait pour survivre sinon tout s’écroule. Lui-même aurait pu y passer. La toile d’araignée qui  se resserre atour de ces personnages  on se rend compte qu’elle est diffuse. Elle dépend d’autres choses que des décisions  individuelles  et l’argent fait partie des enjeux  qui  vont avec et c’est aussi le banditisme d’aujourd’hui  dans lequel il n y a plus  de code de l’honneur a l’ancienne, qui  n’existe plus. Il n y a plus de règles.  C’est devenu très sauvage. Il n y a pas de romantisme du voyou ou du flic en fait. Une des plus belles  choses qu’on nous a dites, lors des débats, dans les banlieues en France, de la part de jeunes qui sont venus nous voir est que ce film ne donne pas envie de mener  ces vies là  et moi j’aime bien ça car souvent le cinéma a  quelque chose  d’un peu cynique. Il peut parfois  générer des carrières dans le banditisme mais en donnant une fausse image. la réalité c’est que c’est pourri et même  celui qui a réussi  habite encore  en bas de la cité. Il gagne beaucoup d’argent mais il  ne peut même pas le dépenser. Il ya la paranoïa et tout ce qui va avec.

 Peut-on connaitre vos projets futurs au cinéma ?

Je vais bientôt tourner dans un film appelé « Le chant de loup ». Ce sera le premier film de sous-marin. Un film de grand spectacle. C’est avec  Omar Cy, Mathieu Kassovitz et je viens de finir, il  y  a une semaine,  le tournage  d’un film de  Eric Toledano  et Olivier Nakache qui ont fait « Intouchables » , « le sens de la fête »  etc   et là, c’est un film dans lequel je joue avec Vincent Cassel et on interprète  tout les deux  des  éducateurs qui  ont monté des associations pour s’occuper d’autistes. C’est un film qui va parler d’autisme en France. On a joué avec de vraies autistes et de vrais référents d’associations. J’espère venir le montrer ici l’année prochaine.