Présentation du documentaire « Le silence des autres » 12 novembre 2019

 La lutte contre l’oubli, et la quête de justice des victimes du franquisme.

Documentaire des réalisateurs Espagnols Almudena Carracedo et Robert Bahar, « Le silence des autres » a été présenté dimanche en compétition du FICA. Le film, captivant, aborde l’une des étapes les plus marquantes de l’histoire moderne espagnole : la fin de la dictature franquiste en 1975 et le processus de transition vers la démocratie, les réalisateurs se focalisant sur les conséquences de la « loi d’amnistie générale » voté en 1977. Une législation présentée au départ comme un moyen pour la pays d’aller de l’avant en tournant la page de 40 ans de dictature, mais néanmoins considérée comme un ‘’pacte de l’oubli’’ par des milliers de victimes du franquisme.

En ce sens, le film réalisé en six ans de tournage en Espagne et en Argentine, nous fait suivre le combat de plusieurs victimes directes torturées ou emprisonnées pour leurs opinions politiques, d’autres, des proches de personnes disparues ou assassinées, ou encore des mères dont les nouveaux nés ont été enlevés et confiés selon les historiens à des sympathisants du régime. Des victimes, que les réalisateurs chiffrent à plusieurs milliers, et qui se tournent, depuis le dépôt d’une première plainte en 2010, vers les tribunaux Argentins en invoquant leur ‘’compétence universelle’’ en matière de crimes contre l’humanité. La justice espagnole qui avait pourtant été à l’origine du jugement du dictateur Chilen Augusto Pinochet, reste encore largement contrainte par la loi de 1977, bien que le documentaire se termine sur des notes d’espoir pour les victimes et leurs familles.

 Ce film documentaire programmé par la FICA en partenariat avec la représentation de l’Union Européenne en Algérie, la projection aura en ce sens été suivie dimanche par un long débat marqué par la participation de l’ambassadeur de l’Union Européenne en Algérie, Monsieur John O’Rourke, ainsi que du conseillé culturel auprès de l’Ambassade d’Espagne, Madame Maria Eugenia Menendez.

Cela fut l’occasion pour Monsieur John O’Rourke de présenter le documentaire en soulignant que « ce film revient sur la première tentative de l’histoire récente espagnole de poursuivre les crimes de la dictature Franquiste au pouvoir jusqu’en 1975, et dont les auteurs bénéficient de l’impunité depuis des décennies en raison de la loi d’amnistie de 1977 ».

« La transition en Espagne de la dictature vers la démocratie est saluée comme un modèle. Et cette affaire marque aussi un renversement de situation car l’Espagne a été l’un des précurseurs en matière de mise en œuvre de la compétence universelle des tribunaux en instruisant le procès du dictateur Augusto Pinoché. Mais c’est maintenant un juge Argentin qui met au jour le passé espagnol ».

Quant à la principale question que soulève le film, celle de la ‘’compétence universelle’’ des tribunaux, l’ambassadeur de l’UE déclare :

«On le voit avec le film, il y a des situations où il est plus facile pour un juge étranger de se saisir d’une affaire qui ne concerne pas la justice de son pays. Les crimes contre l’humanité sont non seulement imprescriptibles mais peuvent également être instruits par d’autres juridictions que celles du pays où le crime a eu lieu (…) mais bien sûr c’est un aspect du droit international en constante évolution, qui connait ses difficultés à être mis en œuvre ».

Le représentant de l’UE conclut son intervention en déclarant en substance : je pense que ce film invite « à se réconcilier avec son Histoire. Tout pays doit arriver à poser un regard objectif sur les faits sans préjugé des réponses qu’ils peuvent apporter. Et je pense aussi qu’il faut saluer la liberté d’expression qui existe en Espagne et qui a permis à ce film d’être produit, de faire son chemin et d’être récompensé, non seulement en Espagne mais aussi ailleurs dans le monde (…) l’histoire retient qu’un tel processus est toujours difficile. D’un côté l’on ne veut pas réveiller les démons du passé et de l’autre on lutte tant que la lumière n’est pas faite ».

Intervenant quant à elle à l’issue du débat, Madame Maria Eugenia Menendez précise :

« Ce film fait également écho à l’actualité, depuis quelques semaines la dépouille du dictateur a été exhumée du monument qu’il avait lui-même érigé sur le site de la ‘’Valle de los Caídos’’ (…) aujourd’hui il y a en Espagne une Direction Général de la mémoire historique dépendante du Ministère de la justice. Il s’agit d’une histoire qui reste ouverte. Mais je pense que des petits pas dans la bonne voie sont faits (…) l’Espagne a beaucoup lutté pour la démocratie, et c’est grâce à cela que de tels films peuvent être faits et sont montrés ».