Pierre Carles- Réalisateur et documentariste français 3 décembre 2017

«On soulève plus de questions qu’on apporte de réponse dans ce film » 

 A la fois réalisateur et documentariste  français Pierre Carles est considéré comme un critique du fonctionnement des  médias  dominants.  Il revient dans cet entretien sur les tenants et les aboutissements de son  film documentaire « On revient de loin (opération Corréa)», réalisé en 2016.

Quel est la genèse de votre  film documentaire « On revient de loin, Opération Corréa 2 » ?

En 2013 le président équatorien Rafael Correa est venu en France pour donner une conférence à l’université de la Sorbonne à Paris en France.Il a expliqué d’une manière assez convaincante que l’Europe faisait fausse route. En effet, selon lui,  les pays de l’Union Européenne  faisaient  fausse route avec leur politique d’austérité  économique d’inspiration néo libérale. Que c’était une erreur parce qu’en Amérique Latine, ils avaient connu des crises économiques extrêmement graves à cause de ces politiques d’austérités qui coupent dans les budgets de l’Etat des services publics et de l’Etat social. Et et que ce serait, donc, une erreur decontinuer dans cette voie.  On aurait pu s’attendre de la part d’un chef d’Etat qui avait des résultats exceptionnels un taux de chômage relativement bas, un pays avec  une faible dette publique et un taux d’inégalité faible aussi en train de décroitre. On aurait  pu attendre, aussi, à ce que les journalistes français de la presse écrite et  audiovisuel  posent des questions. Interrogent ce président et se demandent pourquoi nous faisions  fausse route nous les pays européens. Silence absolu dans tous les grands médias, à l’exception  du Monde Diplomatique, du Figaro et de l’Humanité.  Donc, nous avons fait un premier film de ces silences médiatiques « Opération Correa : les ânes ont soif» et un second numéro « On revient de loin ». Il n’est pas nécessaire d’avoir vu le premier  pour comprendre le second.Je me pose la question suivante : Pourquoi on ne s’intéresse pas  à ce qui se passe en Bolivie, en Equateur ou encore auVenezuela. Dans ces pays où l’on a expérimenté deschoses différentes du point de vue social et économique. On a expérimenté des voies nouvelles, notamment,dans la décade 2000 et 2010.  Le premier film est sorti en 2015, peu de temps après cette conférence du président   Raphael Correa. C’est surtout un film qui critique les grands médias français,notamment audiovisuels. A la suite de ce premier numéro,  les spectateurs des salles de cinéma qui avaient vu le film en salle, nous avez  conseillé de ne pas nous  contenter de critiquer mais qu’il faudrait faire ce travail qui n’a pasété fait les journalistes de la presse audiovisuelle. Ils nous ont conseillé d’aller voir ce qui s’est passé en Equateur et  qu’ils  allaient nous donner de l’argent pour ce faire. Ainsi,le film a été financé en grande partie par un système qu’on appelle  le crowdfunding, un appel à don sur internet.  C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec la réalisatrice  Nina  ford et notre équipe en  Equateur pendant un an, en 2015, pour essayer de comprendre ce qui c’était passé dans ce pays depuis l’arrivée du président Raphel  Correa et de  son gouvernement.

 Justement avez-vous tenté d’apporter  des réponses à tous ces questionnements ?

Souvent dans les documentaires, contrairement aux reportages, on soulève plus de questions qu’on apporte de réponse. Je pense que ce film  soulève  plus de questions qu’il n’apporte de réponses.  On a pu constater des choses qui paraissait positives et problématiques mais surtout ce que nous avons fait, en essayant d’être le plus honnête possible Nina Ford et moi c’est de retracer le chemin d’où nous sommes partis et d’ où nous sommes arrivés un an plus tard après avoir été à plusieurs reprises en Equateur. Nous avons donné la possibilité au spectateur de faire ce trajet avec nous. Il faut avouer que nous sommes partis avec des à priori mais au lieu de les masquer, nous avons préféré les rendre publiques. Ainsi le film démarre avec un à priori très positif sur  cette révolution citoyenne équatorienne. On s’aperçoit qu’il y a des choses très positives et moins positives. Et que c’est plus compliqué qu’on le pensait. On livre au fur et à mesure les résultats de notre enquête au spectateur dans ce film.

Vous évoquez dans votre film l’engagement politique de l’Equateur par rapport à une crise économique. Pensez-vous, réellement,  qu’on pourrait réglerles problèmes économiques suivant un engagement politique ?

Ce que l’on peut constater, c’est que les seules politiques économiques sociales et viables  sont parvenues à réduire l’intervention del’état en matière d’économie ou en matière sociale. C’est de promouvoir des politiques néo libérales alors c’est ce qui apparait la plupart du temps,  dans les grands médias  en Europe. On s’aperçoit qu’il y a des pays qui démocratiquement à l’issue d’élections ont choisi une autre voie.  Ils ont  choisi des voies, pas forcément communistes mais  qui sont des voies de régulationdu capitalisme. Je pense que  c’est au moins important de savoir que cela existe pour pouvoir en discuter.  Il faut savoir ce qui existe comme expérience dans le monde   et dans l’histoire.Je pense que ce travail n’est pas fait  par les grands médias. Nous avons essayé de le faire en  France  tant bien que mal.

Quel est votre appréciation sur votre première  participation au Festival International du Film Engagé d’Alger ?

Je suis ravi d’être venu à Alger dans un festival qui s’appelle le film engagé. Souvent on dit que nos films sont engagés de manière péjorative. En France en tous les cas très souvent lesfilms engagés sont des films militants donc non objectifs.  On ne dit jamais que la télévision, privée ou publique en France est aussi engagée. C’est-à-dire qu’elle milite pour des valeurs qui ne sont pas forcément les nôtres.  Pour ma part, je suis contente suis qu’on affirme que nos films sont engagés. On essaye de raconter le monde  d’un point de vue minoritaire. Je pense que les films qu’on voit ici à Alger sont très différents mais ce qui les réunit c’estqu’ils s’opposent à des visions dominantes de la représentation du monde. Là on à  la possibilité  d’entendre des sons de cloche dissidents, minoritaires et non  orthodoxes C’est ce qui fait toute la qualité de ce prestigieux festival de réunir tous ces films.