Nils Andersson Editeur Suisse et militant indépendantiste 12 novembre 2019

« Le Niger a mené sa mission dans l’isolement le plus total »

Il fait partie de ces figures emblématiques appelé « porteur de valise ». Nils Andersson, né en 1933 à Lausanne d’un père suédois et d’une mère français,  a apporté une aide inconsidérable  au Front de Libération Nationale (FLN) mais pas que. Là où il y avait un mouvement pour l’indépendance,  il était là pour le soutenir… Auteur  de livres sur la cause algérienne, ses livres furent censurés  en France. Cette dernière lui ferma la porte pendant de nombreuses années et en 1966, son engagement dans l’édition militante amène même son expulsion de Suisse. Il a bien connu Mamani Abdoulaye, poète, journaliste et militant Nigérien pour l’indépendance de son pays. C’est dans le cadre de la lutte et de la solidarité qu’ils se sont retrouvé à travailler ensemble. Invité au Festival International du Cinéma d’Alger, Nils Andersson est venu accompagner la projection du documentaire «   Sur les traces de Mamani Abdoulaye » réalisée par sa fille, Amina…

Vous avez été l’ami du père de Amina Abdoulaye Mamani. Un mot là –dessus..

Je suis là par ce que j’ai connu le père de Amina Mamani . J’ai connu son père dans le cadre de l’édition  et du militantisme  pendant la guerre d’Algérie.  Les contacts se passaient d’un mouvement d’indépendance à l’autre. Nous avons milité ensemble. Comme les algériens avaient besoin  de réseaux de soutien, la solidarité se traduisait soit dans l’édition,  soit dans les passages de frontières, pour préparer les évasions…  toutes ces choses  qui ont été faites en France  entre 1954 et 1962 ont été assurées par  des réseaux de soutien français. Cette action s’est reporté après sur d’autres mouvements d’indépendance avec d’autres pays comme l’Angola, le mouvement Sawaba au le Niger par exemple… Cette action au Niger est une suite de ce qui a été fait, d’abord,  avec l’Algérie, à  une différence prés, est que les algériens étaient physiquement  là, par ce qu’il y avait 50000 algériens en France.  Après la grève de l’UGMA  en France, beaucoup sont venu poursuivre leurs études en Suisse.  Il y avait  donc beaucoup d’Algériens en Suisse. Il y avait l’organisation du FLN avec Laquelle on était en contact quotidiennement.. Préparer une évasion, pour que des dirigeants algériens rentrent en Algérie, apporter  des voitures,  concevoir  des  faux passeports, trouver des appartements pour des algériens en clandestinité, tout cela a duré plusieurs année et était organisé par des français.

Parlez nous du rôle de l’édition dans la promotion de ces mouvements indépendantistes

Il faut savoir que les algériens témoignaient. Le premier témoignage  connu était celui de  Djamila Bouhired, après il y eut Henri Aleg, Zohra Drif et tout les autres qui ont témoigné et combien d’autres !  Ils portaient leurs témoignages à travers leurs avocats.  Des documents sortaient de prison. Il y avait une possibilité de réception en France, par des éditeurs et  des journaux  qui  faisaient   connaitre leurs textes. « La question » de Henri Alleg est la plus célèbre. Il  y eut  des relais après avec des traductions à l’étranger. Pour le Niger il n y avait  personne pour faire ce relais de transmette un texte. Le Niger c’est loin. Les algériens  avaient des contacts avec des journalistes français, des éditeurs et intellectuels français, ils savaient ou faire passer les documents, les  nigériens n’avaient aucun contact avec la France. Ils ont mené leurs missions dans l’isolement le plus total. La répression a été extrêmement brutale, silencieuse et finalement ignorée  jusqu’à aujourd’hui du reste. L’utilité de ce film est de faire apparaitre, même s’il manque des documents,  ces éléments la. Pour l’Algérie, on voit bien que tout ce qui s’est passé en termes de torture, de corvée de bois est là, on le connaît. En Niger on ne le voit pas.

Un dernier mot si vous aviez à définir le mot engagement ?

Je dirais ceci : Les luttes se perdent, les luttes se gagnent,  mais  il ne faut jamais arrêter de lutter. Le Hirak c’est ça…