Nasredine Genifi auteur de la fiction « Nous n’étions pas des héros » d’après le livre « Le camp » de Abdelhamid Benzin : 6 décembre 2017

Un mot sur le livre « Le camp » que vous avez adapté à l’écran..

Ce livre a été rédigé dans la plus grande clandestinité et il est sorti tout aussi clandestinement du camp. Grace à un réseau de militants, de communistes et de patriotes etc. il est arrivé en France où il a été édité par les Editions sociales livre. Ce livre a eu pas mal de succès. La presse en a parlé et évidement toute de suite et les autorités ont commencé à le mettre de côté. Néanmoins, il a été traduit dans plusieurs langues. Il a été globalement bien accueilli par la presse. Il raconte en deux mots les conditions de détention d’Abdelhakim Benzine avec ses dentus dans un camp spécial. Ils ont résisté. C’est cette histoire-là que j’ai essayé de relater dans ce film.

Comment vous êtes arrivé à faire ce film ? Racontez-nous sa genèse..

 

J’ai rencontré Abdelhmaid Benzine en 1982 . Je venais de découvrir son livre qui était en vente. Je l’ai lu  je me suis dit que cela pouvait faire l’objet d’un film. A cette époque-là ce n’était pas évident.  Il était dirigeant communiste, dans le Pacs, donc clandestin. Etant un petit membre du parti je suis arrivé à le retrouver en parlant aux différents camarades du parti pour le contacter. Il m’accepte de me recevoir chez lui.  Il était à Bab Eloued.  Je lui fais part de mon projet.  J’ai rencontré un homme vraiment modeste qui n’avait aucun préjugé à mon égard.  J’étais directeur photo  et réalisateur documentaliste. Il m’a reçu comme si jetais Spielberg. On a commencé à travailler sur le scenario. Je lui ai posé des questions  et on a  tracé un plan. On se voyait pas beaucoup environ une fois par semaine en moyenne et durant peut être un mois ou deux.  On se voyait quand il avait du temps.  Il me donne donc les adresses de ses compagnons pour pouvoir compléter car il ne se souvenait pas de tout et ce afin de sortir un scenario crédible. Malheureusement dans les années 84 sur le plan politique, le pays n’allait pas bien et d’ailleurs cela a débouché sur les événements de 1988.les organismes étatiques qui produisait à ce moment-là  m’ont dit carrément à cette époque-là que faire un film sur Benzine était de la folie et qu’un film pareil ne sera jamais accepté .Ca été stoppé en clair et net, comme ça, tout naturellement. Benzine m’avait dit que ce n’était pas grave, qu’on mettait ça sur le coude et qu’on le remettait à plus tard. J’ai répondu : d’accord ! Mais qu’on  fera ce film tôt ou tard. Beaucoup plus tard donc vient l’anniversaire du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie,  je me suis rappelé de ma promesse. C’était l’occasion de le faire ressortir puisque c’est l’état qui demandait des films sur la guerre d’Algérie. J’ai donc repris l’écriture et  j’ai contacté les anciens comatants et codétenus de Abdelhamid Benzine. ils n’habitent pas tous Alger. J’ai fait une première mouture puis une seconde et une troisième sous le contrôle de ses anciens  compagnons à qui je demandais si cela passait,   s’il n’y avait pas d’erreur. Ils ont donc validé le scenario. Ils étaient presque une dizaine. J’ai lu aussi des témoignages  qui avaient été publiés par  d’autres détenus qui étaient dans ce camp spécial. Ces témoignages avaient été édités par la maison d’édition des anciens moudjahidines de Médéa par ce que le camp de Boughari se trouvait à Médéa, ex wilaya quatre. C’était par contre des témoignages assez brefs. Certains se rappelaient vaguement des choses. D’autres ne voulaient pas du tout se rappeler.  Ils se souvenaient  mais ne voulaient  pas en parler. Ils ne sont pas entrés dans la résilience comme on dit aujourd’hui.

Est-ce que votre film sera diffusé dans les salles algériennes ?

Selon mes infos il y a trois entreprises étatiques qui sont en train de négocier pour faire sortir plus de cent films dans les salles. Des longs métrages  qui ont été tournés depuis le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Il y a l’Onci,  le CADC et l’AARC  avec le concours bien sûr du  ministère de la culture et le CNCA. C’est tout ce que je sais pour l’instant.