Nais Van Laer, cinéaste française 7 décembre 2017

« J’ai essayé de proposer un regard plus globale sur la colonisation »

Comment l’idée vous ai venue pour faire un film sur Marc Garanger ?

J’ai rencontré Marc parce qu’il a eu un prix au « New York photo festival » en 2010 pour l’ensemble de son œuvre. Je l’ai rencontré à travers une amie qui était sa traductrice à New York, j’ai découvert un travail de qualité que je ne connaissais pas du tout. Il y a aussi un grand tabou en France sur la guerre de libération algérienne, et le travail de Marc est beaucoup plus reconnu à l’internationale qu’en France, j’ai été donc très intéressée de la manière dont il s’était positionné en étant très jeune, à peine vingt ans et toute cette empathie pour le peuple algérien.

Pourquoi avoir choisi le titre « Vivre avec son œil », y -a-t-il un rapport avec son bégaiement ?

Lors du premier entretien sonore que j’ai fait avec lui, il m’a dit qu’il bégayait quand il était enfant, et qu’il s’était réfugié dans l’image comme vecteur d’expression fondateur. C’est quelqu’un de très émotif, il a pleuré devant moi en me disant que cela est similaire à « vivre avec son œil ». Je me suis dit que ça pourrait être le titre du film.

La nature et le silence sont présents en force dans votre film. Pourquoi ce choix ?

Pour moi, c’était important que la nature existe dans le film parce que ça parle aussi de cette expérience avec les chamanes en Sibérie qui lui ont permis de s’éveiller à cette sensibilité, et puis la cabane où le tournage a eu lieu était prés de chez lui. Dans ma démarche cinématographique, j’aime bien faire confiance à l’image pour raconter beaucoup des choses sans avoir recours à la voix off, c’est la raison pour la quelle j’ai laissé un grand espace au silence. Et puis structurer le film comme ça autour d’une prise de conscience politique et anticolonialiste quand Marc avait une vingtaine d’année en Algérie est une prise de conscience plus philosophique que quand Marc avait entre 40 et 50 ans auprès des peuples de Sibérie, c’était aussi une manière de proposer un regard plus globale sur la colonisation.