Michèle Collery réalisatrice du documentaire « Jean Genet un captif amoureux » 8 décembre 2017

Comment vous est venue d’abord l’idée de faire ce film sur le parcours de ce poète combattant français ?

J’avais fait en fait un film sur Leila Chahid pour Arte  en 2009  et Leila qui est une grande amie de Jean Genet a beaucoup parlé de lui pendant le tournage. Je n’ai pas utilisé ce qu’elle disait de lui dans mon film  puisque je faisais un film sur elle. Mais quand l’exposition sur Jean Genet à lei au Mucem, à Marseille  on en reparlé. J’en ai parlé avec le commissaire de l’exposition et l’idée m’est venue de faire un documentaire sur lui. Car j’avais tout les matériaux.  En plus j’avais la possibilité d’avoir ces extraits qui sont  offerts par Jean luc Godard , Anies Varda , enfin elle m’a fait payé mais bon. Disons que j’avais de beaux documents cinématographiques quand même,

Et Denis Lavant, ce grand comédien français…

Je voulais effectivement  exploiter  la voix de Denis Lavant  qui est un ami et qui s’est prêté  au jeu, car il adore en plus Jean Genet. Il avait déjà lu dans mon film sur Leila Chahid  un extrait de « Quatre heures à Chatila »  et je ne voyais pas qui d’autres que lui pouvait  incarner le texte  « Un captif amoureux » de Jean Genet.

Un mot justement ce livre Un captif amoureux..

Son livre Quatre heures à Chatila anticipait sur son livre qui fait six cent pages quand même et qui  s’appelle Un  captif amoureux, un livre fragmentaire où il évoque ses souvenirs, des combat auprès des palestiniens ainsi qu’auprès des Blacks Panthers. Les deux causes sont très étroitement liées par ce que lui, il était toujours du coté des peuples perdants. On pense toujours qu’une révolution c’est toujours gagnée et bien non ! Pas celle des palestiniens  ni celle des blacks Panthers. Quand on voit ce que subissent les noirs encore aujourd’hui, aux Etas Unis, on se dit que le combat continue et lui, il s’identifiait à eux par ce que lui –même  il s’estimait être un perdant  par rapport à sa propre vie,  à l’abandon  dont il a fait l’objet. Il a été abandonné par sa mère. C’est un enfant  de l’assistance publique. Il se sentait rejeté par l’institution française dés son adolescence. Il a connu les maisons de corrections  puis les prisons. En fait,  parmi les raisons qui l’ont fait emprisonner sont ses fugues car il a beaucoup fugué.  Evidement la maison de correction..C’était un petit voyou quand même  Jean Genet.  Il faut se mettre dans la tête que c’est un enfant abandonné et qui était livré à lui –même. Il faisait des frasques incroyables. Quand il est parti de cette maison de correction il était mineur. Il est partie faire le tour de l’Europe. Il a fait les quatre cent coups.  Il s’identifiait beaucoup à ses gaillards, plutôt révolutionnaires. On ne va pas se cacher le fait qu’il était homosexuel, comme il est clairement exprimé dans le film. Il était séduit aussi physiquement par ses jeunes gens mais  lui il avait déjà 60 ans. Il est né en 1910. Donc à 60 ans, c’est un vieux monsieur mais  il est séduit par cette espèce de soulèvement de ces jeunes gens qui sont en révolution.

 

Est-ce que c’était son choix le fait de se faire enterrer comme les musulmans ?

 

Non.  Ce n’est pas son choix. C’est dit dans le film. . Ca importait peu pour lui de connaitre où il allait être enterré. C’est son ami Mohamed El Qatrani qui vivait à Larache au Maroc à qui il avait fait construire une maison  qui a dit qu’il voulait le voir enterré à Larache donc.  Il estimait que c’était sa place là bas.