Mehdi Lallaoui, cinéaste français 4 décembre 2017

« Jean-Jacques de Félice est un exemple d’humanité »

Comment vous es venu l’idée, de mettre à l’écran le parcours et le combat de Jean-Jacques de Félice, grand avocat défendeur des droits de l’homme qui n’est pas très connu par le grand public ?

Les réalisateurs d’ici et d’ailleurs font souvent des films sur les gens très connus, parce que on entend parler de tel héros, président, ministre ou révolutionnaires… Jean Jaques de Félice est un honnête homme qui s’est toujours mis en retrait, qui voulait faire son boulot de défenseur et qui a toujours refusé de se mettre en avant, c’est pour ça qu’il a toujours refusé les médailles. Son engagement a été constant, il est décédé à l’âge de 80 ans alors qu’il travaillait sur le dossier des sans papiers.

Comment a-t-il commencé à défendre les militants du FLN ?

A l’époque, il y avait des milliers d’internés en Algérie et en France, dans plusieurs prisons et dans quatre camps d’internements illégaux dans le Larzac. Quand Jean-Jacques de Félice commence sa carrière d’avocat, il s’occupe des enfants des bidons-villes de Nanterre, il s’est demandé où sont les parents, savoir que la plupart étaient des nationalistes algériens emprisonnés l’a poussé à aller les défendre, car il estimait que lutter pour le recouvrement de la souveraineté nationale était une cause juste.

Le film dresse le portrait d’un homme qui se bat jusqu’au bout pour les idéaux de la justice et de la liberté. Vous qui l’avez côtoyé, parlez-nous de son abnégation.

Jean Jacques de Félice est un exemple d’humanité, c’est un honnête homme qu’on aimerait revoir à chaque fois. Il a gardé de bons liens avec les familles des condamnés à mort, des détenus et de ses anciens clients qui sont devenus par la suite des amis pour lui, voire des frères. Il faut dire aussi qu’il connaissait aussi tous les dirigeants, anciens détenus qu’il a défendus. Une fois au pouvoir, il pouvait leur demander de ne pas se comporter comme l’ancien ordre colonial, et de ne pas emprisonner les gens pour leurs idées. Il respirait la liberté d’expression car il estimait que la prison est l’arme des faibles.

Je ne veux pas être dans l’idéologie, mais il me semble que son combat pour la justice est passé avant sa propre peur, même à aller parcourir plus de 20.000 kilomètres pour aller défendre les kanaks, car il faut rappeler qu’il est parti seul à l’autre bout du monde, et il a été menacé partout par les blancs.