Mahamat Saleh Haroun, invité d’honneur 7 décembre 2018

Pourriez-vous donner des précisions sur le choix de Mahamat Saleh Haroun comme invité d’honneur auquel la 9ème édition rendre hommage ?

Nous avons toujours expliqué que le festival rendait chaque année hommage à un cinéaste talentueux et engagé. C’est le cas de Mahamat Salah Haroun.

Le connaissez-vous personnellement ?

Non, je ne le connais pas personnellement mais nous connaissons bien ses films…

Le choix a-t-il été difficile car finalement tous les réalisateurs qui viennent au Festival sont des cinéastes engagés ?

C’est vrai…Le choix est difficile… mais  le Festival a pour philosophie, pour démarche, de primer des films (ceux qui sont en compétition) et d’honorer des parcours…De rendre hommage aux cinéastes de longue haleine parce que c’est un métier très difficile partout, mais encore plus difficile en Afrique…Or, Mahamat Saleh Haroun est un créateur au long souffle, qui fait preuve d’obstination et de régularité… Sa cinématographie répond parfaitement aux critères de l’hommage décerné par le Festival.

N’avez-vous pas été influencée par sa présence à Cannes ?

J’avoue que non…même si un film montré à Cannes attire forcément l’attention parce que c’est un des festivals les plus prestigieux…C’est plutôt la constance du regard (humain, artistique et politique) de Mahamat Saleh Haroun sur l’Afrique post-coloniale qui nous intéresse, avec toujours l’humain au cœur deses scénarii, au cœur de ses images, au cœur de son cœur…

Sur l’Afrique ou sur le Tchad ?

De mon point de vue sur l’Afrique même si la plupart de ses films de fiction et surtout son documentaire Hissein Habré, une tragédie tchadienne, parlent du Tchad. Mais c’est la guerre (NDLR : la guerre civile) qui est au cœur de ces films et ces  guerresont épargné peu de pays.J’ajoute que ces guerres, cette violence, l’exil, l’émigration forcée comme seules voies possibles de survie sont les conséquences directes de la colonisation et des tentatives de néo colonisation des pays africains. Diviser, régner, exploiter les ressources, etc. Nous connaissons cela par cœur…

Vous aimez une saison en France ?

Oui, enfin un film dont je peux dire en toute liberté que je l’aime parce qu’il est hors compétition (NDLR : éclat de rire…).

Nous avons aimé cette manière d’éclairer le spectateur sur la réalité des migrants, leur origine, leur niveau (lettrés, universitaires, enseignants de langue française), leurs valeurs, leurs convictions leur dignité face à une administration qui est en réalité une machine sans discernement, sans états d’âme qui broie des vies et fracasse des destins contre le mur de l’indifférence dans ce qu’on appelle la partie des droits de l’Homme…C’est injuste, c’est douloureux, c’est révoltant…

Et je pense que si nous sommes aussi émus face à de la fiction aussi proche de la réalité, c’est parce que Mahamat Salah Haroun a puisé dans son vécu, dans son trauma de réfugié car lui aussi a dû fuir son pays…

Quand j’ai vu Une saison en France, j’ai davantage pensé à Ken Loach et à I, Daniel Blake  qu’aux précédents films de Mahamat Saleh Haroun parce que c’est une immersion dans le monde des migrants et des catégories démunies, fragiles, vulnérables mais tellement dignes qu’elles forcent le respect…