« L’enfant du Diable » d’Ursula Wernly-Fergui Une histoire vraie, tragique 10 décembre 2018

« L’enfant du Diable », un documentaire réalisé en 2014 par Ursula Wernly-Fergui, a été projeté dimanche à la salle Ibn Zeydoun en marge du festival international du cinéma d’Alger.

C’est un film émouvant auquel le public a été invité à voir. Et ce par l’histoire racontée, une histoire vraie, tragique. C’est celle des orphelins de Ceausescu.  

Cette histoire est racontée avec beaucoup d’émotion à travers l’histoire de Marion Le Roy Dagen. Cette dernière est née en Roumanie et a été adoptée par un couple de Français.

Durant le film, elle revient sur son histoire. Elle immerge dans ce passé douloureux, déchirant. Et cette immersion tumultueuse se fait par un retour en Roumanie. Là, elle raconte, outre son histoire, celle des orphelins qui n’ont pas eu la chance d’être adoptés.

Du début jusqu’à la fin, le public suit Marion Le Roy Dagen dans sa quête d’identité, une quête de son passé, de ses origines, de son histoire.

Le film est aussi l’histoire d’Elisabeth Blanchet, une artiste photographe. En découvrant la Roumanie après la chute du communisme, elle créé une association humanitaire pour venir en aide aux orphelins de Popricani. Elle documente leur quotidien, réalise des portraits en noir et blanc et tisse des liens forts avec les orphelins et le personnel de l’orphelinat.

25 ans après la chute du dictateur, elle retourne en Roumanie pour les retrouver et pour raconter ce qu’ils sont devenus.

Deux histoires, deux cheminements. Tous deux convergent vers un seul pays, un seul sujet.

Ursula Wernly Fergui, celle qui fait « un cinéma du réel proche des gens », a expliqué, lors du débat qui a suivi la projection, que ce film est né d’une rencontre avec Elisabeth Blanchet. « Elle m’a parlé de son travail sur les orphelins de Ceausescu et de son projet de raconter ce qu’ils étaient devenus 20 ans après la révolution roumaine », a-t-elle dit.  Et d’enchainer : « Et en même temps, il y a Marion qui a contacté Elisabeth parce qu’elle voulait savoir ce qu’étaient devenus les orphelins parce que elle se sentait coupable d’être adoptée alors que beaucoup d’autres étaient restés dans l’orphelinat. J’avais deux histoires en fait à raconter, celle de Marion et l’autre d’Elisabeth. On s’est donc lancée dans cette aventure. »

Ursula Wernly Fergui a expliqué que « dans l’histoire de Marion, c’est toute la dimension psychologique qui m’intéressait, c’est-à-dire comment vivre avec ce passé, comment construire un avenir à partir de ce passé. Et on se rend compte qu’elle n’a pas toutes les réponses à ses questions. » Parce que « 3o ans passé et la souffrance est toujours là », a-t-elle souligné.

En effet, « tous les gens de l’orphelinat, et malgré le sourire qu’ils affichent sur leur visage, sont dans une situation très précaire. Ce sont des histoires, des destins extrêmement durs. Très peu qui ont, aujourd’hui, une vie très heureuse », a-t-elle souligné.

Par ailleurs, Ursula Wernly Fergui a estimé que, dans le cas de Marion, « il ne faut pas avoir peur de mener cette quête », car, pour elle, c’est positif.

« Il ne faut pas avoir peur de la quête et de ce qu’on va trouver », a-t-elle dit. Et de poursuivre : « C’est ce côté positif que je voulais montrer dans mon film, c’est-à-dire aller, chercher et construire avec les réponses qu’on va trouver. »

Très émue d’être parmi le public algérien et dans un festival, Ursula Wernly Fergui a tenu à préciser que « le documentaire n’est pas un film historique sur Ceausescu, mais un film sur le ressenti de l’une des orphelines qui a été abandonnée comme tant d’autres par leurs parents. Parce que le régime imposait aux familles d’avoir quatre enfants. Il y a eu donc énormément d’enfants abandonnés dans les orphelinats. Ce film raconte l’histoire de quelqu’un qui, 25 ans après, peine encore à se construire. J’étais personnellement très émue par cette histoire. »