Le réalisateur Mahmoud ben Mahmoud : « Je reviens en Algérie comme si on rentre chez soi» 12 novembre 2019

Votre film « Fatwa », traite la question du courant idéologique et politique qui a touché la Tunisie, pourquoi revenir sur cette époque aujourd’hui ?

Premièrement, il ne faut pas replacer la question dans son contexte historique, en 2013 les Tunisiens s’attendaient au pire. Les assassinats politiques déclenchent le début des opérations terroristes et la propagation de la terreur dans la société. Le film était donc, à cette époque pessimiste. D’autre part, il y avait un problème concernant les musulmans, en particulier à notre époque, lié à la question de l’expiation et cela n’a pas de solution. Un musulman est clairement un musulman, même s’il boit de l’alcool ou même si il entretient une relation avec une femme hors le lien du mariage. Cependant, ces Salafistes, qui se considèrent comme les plus proches de Dieu, trouvent que massacré autrui, et faire coulé leurs sangs, est tout à fait Hallal.

La fatwa, qui a été adoptée, dans le film, a permis de rendre ce crime légal, et cela afin de déformer l’islam et de le trahir. Alors que la religion, ne peut être touchée car elle est sacré. Ces pratiques nous rappellent ce qui est arrivé à l’occident dans les 11e et 12e siècles.

Je voulais rapporter cette dimension symbolique au film, par l’utilisation du couteau qui a assassiné l’héros. Vous connaissez le mot épée Damoclès dans sa vraie métaphore, il y a une épée Damoclès sur le cou de tout musulman pouvant être accusé d’hérésie et c’est ce qui tombe à la fin du film.

Certains pensent que le film « Fatwa », à une semblable ressemblance aux films algériens, à savoir «El Manara » et « Rachida », qui abordent la décennie noir…

La situation est relativement différente, car elle est arrivée dans une période très critique, qui a commencé en 2012. Il n’y a pas eu d’effusion de sang, mais il y a eu des menaces, des attaques, des incendies et des sabotages de 40 sanctuaires soufis, suivis d’assassinats politiques et d’opérations terroristes qui ont duré jusqu’en 2015 et qui ont détruit l’économie tunisienne et son tourisme. Ce qui a  généré une atmosphère de terreur et ont fait que les gens ont eu peur pour leur identité et  leur mode de vie. La Tunisie a un style de vie méditerranéen et le climat géographique reflète notre mode de vie et notre façon de gérer la religion.

La pratique de la religion en Tunisie a été accompagnée d’accumulations jurisprudentielles et de fatwas au cours des siècles, en particulier au XIXe siècle. L’islam wahhabite n’a donc pas cherché à changer le système politique autant qu’il a cherché à changer un mode de vie au plus profond de la société.

J’ai donc fait le film dans une situation presque urgente. J’ai ressenti le désir fort et urgent d’accomplir ce film et affronter par la voie du cinéma et de l’art l’invasion, qui menace la Tunisie dans ses profondeurs et ses racines, en particulier après l’émergence de nouveaux courants intellectuels et philosophiques, notamment l’islam politique actuel et le courant laïque.

Justement, aujourd’hui quel est votre opinion sur l’islamisme en Tunisie ou dans le monde arabe en générale ? Y’a-t-il une réelle évolution ?  

Dans notre pays, il y’a une expérience, dont je prends le risque de qualifier d’exceptionnelle. Si la démocratie dans notre pays, est entrain de réussir, c’est parce que nous islamistes, ont le sens du compromis, cela vient renforcer ce qu’on appelle l’exception tunisienne. Nos sommes probablement un cas unique ans le monde arabe, car nos islamistes ont joué le jeu, dans les élections passé, nous n’avons eu aucun slogan religieux. Je ne peux que m’en réjouir car je garde la tète froide, je sais que pour beaucoup de gens y’a encore une certaine méfiance vis-à-vis du parti islamiste en Tunisie, et certains disent qu’il continu d’avancer masqué mais moi je reste objectif.

Un dernier mot…

Je suis vraiment ravie de présenter mon film au Festival International du Film d’Alger, car c’est sa première fois en Algérie. D’habitude je ne mets pas beaucoup de temps à venir dans ce pays, mes films sont généralement programmé ici, au début de leurs sorties commerciales ou de festival. Je reviens en Algérie comme si on rentre chez soi, je le fais avec beaucoup d’émotions.