« Le droit chemin » d’Okacha Touita, un film qui se perd en route 21 décembre 2018

Jeudi dernier, Okacha Touita a présenté son dernier film en avant-première à l’occasion du festival international du film d’Alger. « Le droit chemin », avec en tête d’affiche une star montante, Mehdi Ramdani, entouré par un casting mêlant nouvelle et ancienne génération.

Le pitch est simple, Lyes, jeune cadre à l’office d’urbanisme est promu au poste d’adjoint du directeur (Miloud Khetib). Sans s’en rendre compte, il mettra le doigt dans un engrenage et un univers de corruption qui le consumera.

L’histoire, dans un premier, installe l’atmosphère, le domaine de l’immobilier en Algérie, un domaine pourri par la bureaucratie et la corruption ainsi que cette indicible sensation que tout se fait au rythme du décideur et selon sa gourmandise.

Jusque-là, tout peut arriver, mais rien ne se passe réellement, entraînant le film dans une multitude de mini arcs narratifs qui n’ont pas leur place, la scène où Lyes se retrouve sur un toit pour jouer avec son orchestre de Chaabi est un exemple des plus édifiant de l’égarement des scénaristes.

D’autres exemples sont à foison, l’épidémie de conjonctivite qui est évoquée, au détour d’un plan. Comme si quelque part, le film n’a pas eu le courage de mettre les pieds dans le plat et préfère se détourner du sujet qui l’intéresse, en plus des doutes du personnage principal.

L’ambition première du droit chemin, était de dénoncer les magouilles du marché immobilier, malheureusement, cette ambition a fondu comme neige au soleil.

Le message du film reste clair, l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais est-ce que cela doit éreinter un scénario qui est déjà biaisé, criblé de situations non justifiées et très mal placées. La mise en scène n’est malheureusement pas en reste, la distribution déroule malgré tout son dialogue et ses lignes de textes, mais l’on ressent un manque de conviction porté à l’écran.

Ce manque de conviction est évident dans la prestation de Mehdi Ramdani, qui s’est retenu tout le long du film, déroulant une prestation sobre mais qui ne transcende pas son personnage, qui est sensé être dans la panade jusqu’au cou, que ce soit au niveau professionnel ou sentimental (sa copine décide de se marier parce qu’il n’a pas su la garder).

Mais ce qui reste du dernier long-métrage d’Okacha Touita est cet incroyable arrière-gout de tentative de dénonciation qui s’est perdu dans moult détails insignifiants, en plus de l’aspect technique inachevé, où certains dialogues sont carrément mutés par une musique trop forte et hors-contexte, rythmé dans certains plans sans réels enjeux et absentes dans d’autres qui avaient cruellement besoin d’un habillage sonore accentuant la dramaturgie de la situation.

Il n’est pas encore évident de faire un film qui porte un message, et une autre question peut aussi se poser, est-ce que le dernier long-métrage d’Okacha Touita a rencontré son public ?

Par Bilel Boudj

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