Jean Asselmeyer présente son documentaire sur « André Ravéreau et l’Algérie » 17 novembre 2019

Retenu dans la catégorie hors compétition du FICA, le nouveau documentaire du réalisateur Jean Asselmeyer intitulé ‘’André Ravéreau et l’Algérie : Et le site créa la ville’’ est revenu sur le parcours, mais surtout l’héritage légué par un architecte ayant dédié sa vie à l’étude de l’architecture traditionnelle, notamment celle de la vallée du M’Zab et de la Casbah d’Alger. Le documentaire, sur André Ravéreau, disparu le 12 octobre 2017, quelques mois après la fin du tournage, faisant ainsi intervenir plusieurs architectes, étudiants et spécialistes du patrimoine architectural algérien, nous fait voyager de Ghardaïa à la Casbah d’Alger en passant par le célèbre Aéro-Habitat, un véritable cours sur l’histoire et les fondements de l’architecture traditionnelle algérienne. Projection qui fut également suivie d’un débat avec le public. Jean Asselmeyer, cinéaste, qui a dédié nombre de ses films à l’Algérie, a par ailleurs répondu à plusieurs de nos questions.

Entretien avec le réalisateur Jean Asselmeyer :

L’Algérie, son Histoire, sa culture ou sont patrimoine sont très souvent au centre de vos documentaires, et aujourd’hui vous mettez en avant un aspect peut-être moins connu : son architecture, en revenant sur les travaux d’André Ravéreau.

« Oui je m’intéresse depuis longtemps à l’Algérie, à son passée, j’essaie toujours de comprendre son Histoire, ce qui fait que le pays est ce qu’il est aujourd’hui. Bien sur la colonisation et la guerre d’indépendance ont été centraux, j’ai fait des films sur le sujet et j’espère continuer à en faire, j’apprécie tout particulièrement parler des algériens d’origine européenne (…) c’est aussi dans cette même approche, cette même volonté de comprendre que je m’intéresse à l’architecture. J’estime qu’étudier la façon dont les gens habitent façonne également l’Histoire ».

« Par ailleurs le documentaire ‘’André Ravéreau et l’Algérie : Et le site créa la ville’’ n’est pas le premier qui traite d’architecture en Algérie, il y a notamment eu un film sur l’architecte Suisse Jean-Jacques Deluz, mais aussi un plus ancien projet au départ programmé en collaboration avec l’ENTV. Cela devait être une série de portraits d’Algériens, mais qui a finalement donné naissance, avec le concours de TV5 Monde et de son président Serge Adda, à un film construit comme un parcours sur l’architecture d’Alger en faisant intervenir des personnalités du monde de la culture ».

Quant est-il de la réalisation du documentaire ‘’André Ravéreau et l’Algérie : Et le site créa la ville’’. Loin d’une biographie, vous vous concentrez surtout sur l’essence de son travail qui a été de faire ressortir les concepts qui fondent l’architecture traditionnelle du M’Zab et de la Casbah d’Alger.  

« Absolument, et également de montrer qu’il n’a pas opposé la tradition et la modernité, son architecture est une synthèse des deux. Et quand je parle ici de tradition architecturale je fais allusion à la tradition populaire, c’est important de rappeler qu’il n’avait que très peu de respect pour les palais et toutes la symbolique qu’ils portent. Quand j’étais allé le voir en Grèce, où il a bâti sa maison, il m’avait clairement dit que ce qui l’intéressait était avant tout l’architecture des gens, des peuples (…) Quant à la réalisation du documentaire tout a été fait entre 2012 et 2017, il n’y pas énormément d’archives, et ce n’était vraiment pas mon but de les montrer (…) le seul véritable document d’archive sur lequel je me suis appuyé est un film qu’avait réalisé Madame Manuelle Roche, qui était la compagne d’André Ravéreau, et qui est consacré à la construction du bâtiment de la poste de Ghardaïa ».

Plusieurs passages du documentaire retiennent l’attention, notamment lorsqu’il dit que « l’esthétique ne l’intéressait pas », une déclaration paradoxale alors qu’une véritable harmonie ressort de son travail.

« C’était presque une plaisanterie qu’il nous faisait, bien sûr que l’esthétique était très importante pour lui. Mais je pense qu’il voulait dire que l’esthétique n’était, en soi, pas intéressante. Le beau ne suffit pas, il doit également respecter la fonction du lieu, de l’habitat. Je crois que pour lui, André Ravéreau, la notion du ‘’beau’’ le respect du site allait de pair. Et cela n’est pas contradictoire. Par ailleurs, il a innové, il s’est adapté et a créé des façons de construire, notamment avec l’idée des ‘’murs masques’’, qu’il avait développé afin d’isoler de la chaleur des bâtiments en parpaing, cela créait une véritable ventilation naturelle ».

Le film montre également André Ravéreau comme un formateur, comme un architecte impliqué dans la transmission de l’héritage qu’il a su comprendre des architectures traditionnelles.

« Il a formé jusqu’à ses derniers jours, jusqu’à sa disparition en octobre 2017. Tant qu’il a pu il a aidé de jeunes architectes. A la fin de sa vie il s’était ‘’retiré’’ en Ardèche dans une maison qu’il avait restaurée, et il continuait à recevoir des architectes, à travailler sur plusieurs projets. Mais il n’a jamais enseigné au sens classique du terme dans une université, je crois même que l’occasion ne s’est jamais présentée ».

Un dernier mot sur cette avant-première, ce cadeau que vous faites aujourd’hui au public du FICA.

« Oui. Aujourd’hui il s’agit de l’avant-première du film. Et je suis heureux que le film ait pu être présenté dans le cadre du Festival International du Cinéma d’Alger, qui est pour moi une manifestation qui respecte son public. En fait j’y participe pour la troisième fois, une première fois avec le film « Ils ont rejoint le front », puis dans le cadre d’un colloque en tant que directeur du festival « Panorama du Cinéma Algérien à Nîmes ». Quant à l’avenir du film ‘’André Ravéreau et l’Algérie : Et le site créa la ville’’, mon objectif est maintenant de le traduire dans une version en langue arabe, et bien sûr de le diffuser auprès des différents publics ».