“I AM NOT YOUR NEGRO” PROJETÉ AU 9E FICA Raoul Peck revisite les luttes des Afro-Américains 21 décembre 2018

Dans ce documentaire, le réalisateur revisite les luttes sanglantes des Noirs américains pour leurs droits civiques.

Le réalisateur haïtien Raoul Peck revisite les luttes sanglantes des Noirs américains pour leurs droits civiques dans un poignant long métrage intitulé I am not your negro, projeté mercredi à la salle Zinet, de l’Office Riadh El-Feth, dans le cadre du 9e Festival international du cinéma d’Alger. Sur le chemin de ces luttes, on distingue notamment les traces de Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King. Jamais un documentaire n’a été aussi près de la réalité et des évènements qui ont endeuillé les États-Unis durant les années 1960 particulièrement. Racontées à partir d’un texte de James Baldwin, les luttes des Noirs américains n’ont été point une “trajectoire oblique”, mais un “chemin sans retour”, surtout pour Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King qui ont payé de leur sang pour que le “rêve américain” puisse être une réalité pour tout le monde. Une ambition qui se brise encore aujourd’hui sur le refus de l’autre, sur la négation et… sur les récents évènements de Ferguson, Baltimore et Chicago qui racontent encore l’interminable chagrin des Noirs américains. Le poignant récit de James Baldwin a eu le mérite de pointer cette volonté de ne rien changer qui subsiste encore dans le pays de l’Oncle Sam. “Ce n’est pas l’avenir des Noirs qui m’inquiète, mais c’est l’avenir de mon pays”, souligne ainsi James Baldwin dans un écrit inédit, repris par Raoul Peck à son compte, comme pour dire tous les défis qui s’offrent aux Américains à l’heure de la liberté et de l’égalité. Face à un tel décalage, l’infatigable et influent James Baldwin se refusait de succomber au pessimisme, quand bien même les tentations pour le défaitisme et l’angoisse seraient à leur paroxysme. “Je ne suis pas pessimiste”, disait James Baldwin, car être pessimiste revient à dire, selon lui, qu’il n’y avait plus rien à faire et qu’il fallait abandonner la bataille. Son récit, ponctué de paroxysme de barbarie dont étaient victimes les Noirs américains, nourrissait une double obsession ; celle d’un homme qui aspire à sa liberté sans conditions et celle d’un écrivain, un leader d’opinion, soucieux de dire tout haut ce que les damnés de la terre pensent tout bas. Le réalisateur haïtien Raoul Peck a eu le mérite de dépoussiérer le principe classique de non-discrimination et l’adapter à la lutte des Noirs américains pour leurs droits civiques ; les luttes d’antan, menées surtout par Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King, et l’interminable bataille d’aujourd’hui, dans une Amérique anxieuse, agitée et inquiétante. Même si les États-Unis ont eu leur président “noir”, 40 ans après la fameuse déclaration de Robert Kennedy, alors ministre de la Justice, le chagrin des Noirs américains ne s’est pas pour autant estompé. I am not your negro (je ne suis pas votre nègre), de Raoul Peck, plusieurs fois primé, était la belle surprise parmi d’autres bien évidemment de cette nouvelle édition du Festival international du cinéma d’Alger, dédié au film engagé. Ce long métrage franco-américain, sorti dans les salles, en France, en mai 2017, a eu plusieurs distinctions, étant en particulier nommé aux oscars 2017 au titre de meilleur documentaire. Lors de la 43e cérémonie des césars en 2018, il remporte le césar du meilleur film documentaire. I am not your negro arrive enfin à Alger, à l’occasion du Fica. On ne pouvait qu’applaudir !

Ali Titouche