« Gauche-droite », court métrage de Moutii Dridi Un film étonnant, intelligemment réalisé 7 décembre 2018

« Gauche-droite », un court métrage du jeune réalisateur tunisien Moutii Dridi, a été projeté, jeudi, à la salle Ibn Zeydoun (Riad-el-Feth), dans le cadre du festival international du cinéma d’Alger. Le film raconte l’histoire d’un enfant gaucher et que son père, se montrant sévère, presque tyrannique envers lui, l’oblige, à chaque fois, à utiliser sa main droite pour écrire ou pour manger. Car le père considère cela comme un pêcher.

Dans le film, le jeu d’acteur de l’enfant, le personnage principal, est surprenant. Comment s’est fait le casting ?  

On a cherché un enfant qui correspond au rôle et on a fini par le trouver. Il sait jouer et a su interpréter avec talent son personnage. Il a mené un jeu d’acteur extraordinaire. Le casting a été facile.

Est-ce qu’il a déjà fait du cinéma ?

Non ! Il est juste doué, talentueux.

Il est à constater que le personnage de la mère est effacé, presque inexistant.

Non, bien au contraire. Le thème du film, c’est bien la relation père-fils. C’est l’idée centrale. Et on a y mis l’accent. Ce n’était pas dans notre intention de rendre le personnage de la femme effacé.

Parlez-nous du choix du scénario.

Moi, je suis gaucher. Quand j’étais enfant, mes amis et ma famille me disaient toujours que c’est pêcher de manger ou d’écrire avec la main gauche. Il faut manger avec la main droite. J’ai rencontré des amis qui étaient comme moi, des gauchers, et certains me disaient que leurs mères les frappaient sur leur main gauche, d’autres me racontaient que leurs pères leur attachaient la main gauche afin des les obliger à apprendre à utiliser leur main droite. Chacun a parlé de son expérience en tant que gaucher. Chacun y apporté un témoignage. Plus tard, ça m’a donné l’idée d’en faire un film.

C’est quelque chose de nouveau dans le cinéma arabe.

En effet. Je n’ai pas vu, à ma connaissance, un film abordé ce genre de thème. On peut dire, sans prétention, que c’est inédit.

Ce qui est intéressant, c’est que vous avez touché un aspect religieux.

C’est ça. C’est une réalité largement répandu dans les sociétés musulmanes. Ce sont des croyances, des convictions qui font partie de ses mentalités.

Votre film a été projeté aux Journées Cinématographiques de Carthage. Comment il a été reçu ?

Il a été applaudi par le public et salué par la critique. Il y a de bons articles dans les journaux. Chose que je ne m’attendais pas. On a fait deux projections, et le public a été nombreux. La salle a affiché complet. Ça s’est bien passé et j’en suis heureux.

Le cinéma tunisien connait depuis la révolution un renouveau dans les sujets abordés. En tant que jeune réalisateur, quel regard portez-vous sur ce changement ?

C’est quelque chose de bien. Le renouveau vient en fait des jeunes cinéastes et surtout du cinéma indépendant. Les jeunes réalisateurs n’attendent pas l’aide de l’Etat ou des subventions publiques. Ils conjuguent leurs efforts et leurs expériences pour faire des films. Ils se débrouillent seuls pour trouver des financements. En plus, le cinéma indépendant, fait par les jeunes, aspire au changement. Il est adapté à la réalité de la société tunisienne.