François Bouvier-Réalisateur canadien 12 novembre 2019

«  La chanteuse  La Bolduc a participé à l’émancipation de la femme québecoise »

Le long métrage «La Bolduc », produit par le réalisateur québécois François Bouvier, a été présenté, au  cinquième jour, de la 10ème édition du Festival International du Cinéma d’Alger, à la salle Ibn-Zeydoun. Dans cet entretien, le réalisateur François Bouvier  met l’accent sur cette chanteuse folklorique de Mary Travers Bolduc

Quels sont vos impressions sur votre participation à la 10 éme  édition du festival international du cinéma d’Alger ?

Ceci dit, je suis à Alger que depuis deux jours.  Je n’ai pas vu beaucoup de films mais les films que j’ai vus sont formidables. Et l’accueil que nous recevons ici est aussi formidable. Cela fait longtemps que je voulais venir Algérie ne serait-ce que pour visiter les venelles de la Casbah où a été tourné  le mythique long métrage «  La bataille d’Alger » du réalisateur Gillo Pontecorvo.

 

 Votre film «  La bolduc » revient sur le parcours de la chanteuse folklorique  La Bolduc dans les années 20 au Québec. Une femme de caractère ayant bousculé la mentalité de l’époque ?

Effectivement  le long métrage «  La Bolduc » est le récit  d’une chanteuse folklorique ayant révolutionné son époque. Elle est considérée comme la première auteure, compositeur au  Canada français. Ce film se déroule  dans les années 20 et 30. Des années de misère et de souffrance. Ce personnage La Bolduc, de son vrai nom  Mary Travers a participé grâce à ses convictions malgré ses contradictions. Et certainement à son insu à participer à l’émancipation des femmes québécoises.

Il n’était pas évident à cette époque cruciale de l’histoire de s’imposer en tant qu’artiste.  A cette époque, les hommes d’églises, les clergés étaient conservateurs, omniprésents et puissants. Ils contrôlaient l’église, les hôpitaux et toutes les écoles. Même au détriment des droits des femmes.

  Pourquoi cet intérêt à ce personnage mythique de la chanson québécoise ?

Je dirai tout d’abord que La Bolduc est une femme importante. Il faut savoir que sa musique et ses chansons, étaient à l’époque folklorique. Chez nous, tout le monde connait  La Bolduc mais personne  ne la connait en tant que personnage. On entent ses chansons dans entre autres les festivités de Noel et dans le temps des fêtes. C’est une musique qui est surtout jouée en arrière fond. Personne n’écoute ce qu’elle dit mais c’est un personnage extraordinaire. C’est une femme d’origine très modeste. Elle se plaisait à chanter sa réalité et la réalité des gens qui l’entourait. C’était une bloggeuse avant son temps. Elle parlait  dans ses chansons entre autres  du quotidien, de la maladie,  des médecins et ce, dans une langue populaire. Elle était boudée et snobée par l’élite. La bourgeoisie trouvait que c’était une femme  vulgaire alors que ce personnage est  sensible et attachant à la fois.

Qui a été l’instigateur de ce projet cinématographique ?

Je  dois reconnaitre que je ne suis pas l’instigateur de ce projet cinématographique. On m’a plutôt proposé  ce projet.   Pour la petite histoire, j’étais en train de tourner un film avec mon producteur. Il y avait une  mauvaise nouvelle  à m’annoncer : c’est qu’il me coupait des jours de tournage sur la production que je faisais. Mais pour faire passer la mauvaise nouvelle, lux m’ont proposé de faire ce film. J’ai sauté sur l’occasion car c’est un film que je n’avais jamais développé. Mais c’était tout de même un personnage qui m’intéressait depuis longtemps. Il est important de signaler qu’il y a eu  deux scénarios.  Il y  a un auteur qui a commencé l’écriture mais le producteur l’a confié à une autre auteure pour  la finition de ce scénario. Il  y a eu une  recherche fournie mais il faut avouer que nous n’avons pas trouvé de documents d’archives. Dans les années 40, il y aurait pu avoir des documents d’archives cinématographiques. Nous avons quelques photos d’elle.  Il  y a eu des biographies qui ont été faites mais elles étaient contradictoires. Donc, il a fallu choisir. Evidemment l’histoire qui est racontée est une histoire romancée pour les besoins dramatiques du film en question.

 La jeunesse canadienne connait-elle la vie et l’œuvre de La Bolduc ?

Non.  Pas du tout. Comme je vous l’ai dit plus haut, tout le monde l’a connait mais personne ne connaissait son histoire. La musique, on  l’a connait en fond sonore. Personne n’écoutait vraiment les paroles. L’actrice qui campe le rôle dans le film, c’est elle qui chante aussi véritablement dans la vie. On  n’a  pas pris les instruments d’origine. On aurait amélioré les performances musicales. C’est quelque chose de simple comme musique.  Les jeunes ont découvert à travers ce film cette artiste de talent. Je pense que c’est comme cela partout dans le monde. Les personnages qui ont été importants. Et pourtant, il y a  deux ou trois générations. La jeunesse d’aujourd’hui est dans l’instantanéité, dans le moderne et dans le quotidien. Je demeure convaincue que c’est important que l’on reconnaisse ce qu’elle a fait et ce qu’elle était.

 Votre film « La Bolduc » est sorti dans les salles de cinéma canadiennes  en 2018. Justement quel a été l’accueil du public ?

Je considère que nous avons été privilégiés car c’est le film qui a enregistré le plus d’entrée au Québécois

 Ce film a-t-il été distribué en dehors du Canada ?

Hélas ce film n’a pas été distribué à l’étranger. Parce que  les films québécois  ne voyagent pas. Si le film voyage, comme ici, en Algérie, il n’est toutefois pas distribué  à l’étranger, notamment en France. Cela pourrait être un territoire intéressent  pour les réalisateur ou les  réalisations québécoises. Sauf  que les distributeurs français sont très frileux. Ils n’aiment pas le français québécois qu’ils ne font pas comprendre. C’est vrai que le français n’est pas le même mais en même temps plus les gens vont voir le film québécois, plus ils vont comprendre  et reconnaitre l’accent québécois. Ils  décoderont à coup sûr.