Festival international du cinéma d’Alger : Place aux compétitions! 7 décembre 2022

El Garib ouvrira la onzième édition du Fica, dans une salle pleine dans l’espoir que celle-ci continue à l’etre jusqu’au 10 décembre…La salle Ibn Zeydoun, à Riadh El Feth, s’est avérée exigue vendredi dernier, pour contenir tout ce beau monde venu célébrer le cinéma de tout bord et principalement dans son caractère engagé. Sur scène, Zehira Yahi,

la commissaire du festival et le directeur artistique du festival ou président du Fica, Ahmed Bedjaoui se sont tout deux félicités du retour de ce grand événement cinématographique après deux ans d’absence en raison de la pandémie du Coronavirus. Ont assisté à cette cérémonie d’ouverture, Soraya Mouloudji, la ministre de la Culture et des Arts, Ahmed Rachedi le conseiller à la Présidence, chargé de la culture et de l’audiovisuel et une ribambelle de ministres, en présence des invités du festival, entre cinéastes d’ici et d’ailleurs et autres professionnels du 7eme art. Un festival bien étoffé cette année qui verra la projection de 60 films dont 25 en compétition et plusieurs activités parallèles. Apres la présentation d’usage des différents membres du jury, place au film d’ouverture dont la projection sans sous-titrage en anglais a constitué un premier couac enregistré dans ce festival et qu’on espère le dernier.
Le film étant en langue arabe, certains invités n’ont pu suivre ainsi convenablement le film. Quelques participants, présents dans la salle, sont carrément sortis. Il faut dire que le film à caractère politique, des plus sombres, nécessitait aussi une bonne attention d’autant que les acteurs s’exprimaient en langue arabe avec un accent syrien. Au-delà de cette faute,dont le staff technique s’en est rendu compte, hélas, en plein milieu de la projection, le film d’ouverture était pourtant beau à voir. Un peu long, mais il méritait qu’on s y attarde et qu’on le suive jusqu’à là fin. En effet, «The stranger» ou «El Garib» de Ameer Fakher Eldin a retenu l’attention malgré sa lourdeur et son atmosphère bien chargée.
Atmosphère chargée
Le film qui met longtemps ceci dit à bien happer le public, laisse les choses s’installer peu à peu dans ce monde de chaos qui est celui de Adnan, lassé par la guerre et dont la vie se déroule à travers des aspects qui se ressemblent, monotones, tristes,voire macabres.Pourtant marié et père d’une fille, cependant Adnan préfère se réfugier ailleurs que chez lui, noyant son temps dans l’alcool, poussant ainsi son père à le déshériter et son beau-frère, à venir demander le divorce de sa soeur. Un soir alors qu’il roulait dans son camion avec ses deux compagnons, il découvre l’ombre d’ un homme jeté par terre, un inconnu dont ils ne sauront rien sur lui. Adnan l’accueille chez lui et se remémore son ancienne vie quand il étudiait à Moscou… Cet homme blessé par balle, lui parle de sa maison déchue, de ses parents et lui montre une photo, celle de son ancienne maison cachée par ce grand arbre et puis cet appareil photo grâce auquel il a pu immortaliser tous les coins de la Syrie, là où il se rendait..
Le jeune homme meurt et Adnan décide de l’enterrer à côté de ce fameux arbre…Taciturne, mélancolique et habité par la nostalgie, Adnan, soliloque dans son fort intérieur, s’adresse à sa femme Leïla en lui demandant pardon, car, il se sent comme un «étranger dans ce monde» tout en s’interrogeante «comment peut-on avoir peur de la mort alors que nous ne sommes pas encore nés»?
Tragédie des terres spoliées
Film tragique et bouleversant par ces mots profonds, ces maux invisibles qu’il dépeint, et poétique par ses plans qui décrivent la situation de ces terres spoliées, «The Stranger» représentera la Palestine aux prochains Oscars.
Le long métrage est flanqué de plans serrés sur les visages et larges, sur ces paysages désertiques à perte de vue, lesquels sont rehaussés par le son des bombes parfois et de la fumée, donnant à voir une nature bien obscure. Ce film psychologique dépeint le quotidien d’un homme introverti.
D’ailleurs, la froideur qui émane de ce film dénote le manque d’émotion dans la mise en scène. Une froideur voulue car les gestes d’amour viennent à manquer dans ce no man’s land où tout ressemble à un mouroir, jusqu’aux animaux, telle cette pauvre vache qu’on continue à vouloir traire alors qu’elle ne donne quasiment plus de lait…
A bout de souffle, à l’image des humains, l’espace et les humeurs, tout n’est que noirceur glauque quasiment et drame tu. Des séquelles de cette guerre montrée avec finesse par un jeune réalisateur prometteur aux faux airs d’un Xavier Dolan…On lui souhaite le même parcours d’ailleurs, voire plus! Ou comment exalter le vide qui est en nous au cinéma grâce à une esthétique minimaliste, des non-dits et des silences qui sont paradoxalement lourds de sens…
Un Adnan mort de l’intérieur, mais qui refuse de partir tout en étant attaché à sa façon à sa patrie, alors que sa femme aspire à émigrer, pour sauver sans doute, son couple et réapprendre à vivre…Tout deux ici et là, mais séparés par le poids des fantômes de la mort et des assassins de Daesh. Comme encerclés dans un étau, qui les empêcherait de se rapprocher tant que ce funeste destin ne prenne pas fin… Toute la complexité de l’ homme qui est subtilement bien dessinée par Ameer Fakher Edin. C’est ce qui fait l’intérêt de ce film et le rend si touchant.
Un film qui, note t-on, sera rediffusé le 07 décembre à 19h à la salle Cosmos beta.

l’Expression