Festival international du cinéma d’Alger : Fidélité et engagement 12 janvier 2018

Dédiée au film engagé, la huitième édition du Festival international du cinéma d’Alger (FICA) a ouvert ses portes à son nombreux et fidèle public, vendredi soir, à la salle El-Mouggar.

Dédiée au film engagé, la huitième édition du Festival international du cinéma d’Alger (FICA) a ouvert ses portes  à son nombreux et fidèle public, vendredi soir, à la salle El-Mouggar.

En présence du ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, des représentants du corps diplomatique accrédité en Algérie, de nombreux journalistes et cinéastes et un public cinéphile qui confirme sa fidélité d’année en année, la bande-annonce a été projetée pour présenter les 18 films en compétition (9 documentaires et 9 long-métrages de fiction). Des films de qualité élaborés avec grand soin, avec comme toile de fond l’engagement et l’exploration de la condition humaine dans le monde dans toutes ses dimensions. « Cette année, nous avons veillé comme d’habitude à élaborer une programmation de qualité, avec des films récents, pertinents, étonnants pour la plupart », a déclaré ZahiraYahi, commissaire du FICA dans son allocution d’ouverture. La nouveauté pour cette huitième édition, c’est la fenêtre du court-métrage, avec dix films hors compétition et qui expriment un engagement réalisé par de jeunes talents, fidèles à la ligne directrice du festival. « Ce festival est dédié au film engagé, et quand nous parlons de film engagé, nous pensons tout simplement au bon cinéma, car, au-delà des idéaux et de toute propagande, tout film de qualité, porteur de sincérité dans son contenu et porteur d’art dans ses formes, saura exprimer la condition humaine dans ses douleurs, comme dans ses joies et ses espoirs», a encore souligné la commissaire.
Le ministre de la Culture a de son côté félicité le professionnalisme du FICA et la richesse de son contenu et ses invités, devenant de la sorte un rendez-vous incontournable du septième art.
« Lorsqu’on arrive à la huitième édition, ça veut dire qu’il n’y a pas de retour en arrière. C’est une joie de voir ce festival assurer son succès d’année en année », a déclaré le ministre. Rappelant le passé glorieux de l’Algérie à l’égard des mouvements de libération et son soutien     aux peuples opprimés, Azzedine Mihoubi s’est dit heureux de voir un tel festival à Alger. « Je suis fier et heureux de voir en Algérie un festival dédié aux questions humanistes et de l’engagement. Il est naturel que l’Algérie, qui a connu un passé et écrit une histoire avec les mouvements de libération, établisse un lien, via ce festival, avec cette tradition », a-t-il précisé.
Les membres du jury ont été présentés et le public avait à suivre en ouverture un film documentaire du cinéaste suisse Nicolas Wadimoff, sur le parcours du militant Jean Ziegler.

Jean Ziegler,  l’optimisme de la volonté

Militant de la première heure pour les droits de l’Homme, fervent dénonciateur de l’injustice imposée par la horde capitaliste, qui appauvrit les peuples démunis, et figure de proue de la lutte contre la faim dans le monde, le parcours et le combat du militant suisse Jean Ziegler a ouvert le bal des projections du 8e FICA en hors compétition à travers Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté, une œuvre signée Nicolas Wadimoff, d’une durée de 92 minutes.
Après une enfance paisible en Suisse, le jeune Jean Ziegler rejoint Paris à la fin des années 1950, fief des intellectuels de gauche autrefois, où il rencontre de grands noms, à l’exemple de Jean-Paul Sartre avant de s’engager dans le combat contre l’impérialisme.
Jean Ziegler découvre le monde et ses dessous, il part à la découverte de la révolution congolaise de Patrice Lumumba, le Burkina Faso, le Nicaragua, le Chili, mais surtout Cuba, dont la trame du film a été construite en suivant son voyage à la Havane, au lendemain du renouement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis.
Avec les portraits d’Ernesto Che Guevara et de Pablo Neruda placardés dans son bureau, Jean Ziegler affirme que ces deux personnalités sont sa « conscience quotidienne », et qu’il continue de lutter pour leurs idéaux par devoir de mémoire. Il évoque sa rencontre avec le Che, en 1964, qui a changé sa vie. Se portant volontaire pour être son chauffeur lors de la première conférence internationale sur le sucre, en Suisse, Jean Ziegler lui fait part de son désir de rejoindre la révolution cubaine.
Après une nuit de discussion passionnante, le Che, regardant l’aube se lever sur Genève, lui dit : «Tu vois cette ville ? Tu es né ici dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici. » Le révolutionnaire cubain décède en Bolivie et le combat de Ziegler continue, avec notamment l’écriture de 16 best-sellers, traduits dans une dizaine de langues et qui lui ont valu, d’un côté, la notoriété, la sympathie et le plébiscite internationaux, et de l’autre, la haine, les menaces, l’opprobre, des dizaines de procès et des milliers de francs suisses d’amendes en publiant des pamphlets qui dénoncent les magouilles du secret bancaire et de la politique monétaire de la suisse.
Le film suit Jean Ziegler et son épouse à La Havane à la recherche du souffle révolutionnaire au sein de la société cubaine, avec une confrontation frontale avec la conscience politique de la jeune génération cubaine et  les grandes difficultés sociales imposées par des années de blocus.
Considérant la faim et la malnutrition comme «principale cause de  mortalité dans le monde», Jean Ziegler est nommé rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation (des populations) du Conseil des droits de l’homme  de l’Organisation des Nations unies.
Dans cette instance onusienne, où le  réalisateur l’a suivi, il lutte contre l’appauvrissement des pays par le  rachat des dettes et œuvre pour la formation d’un front africain uni pour cette cause.
Jean Ziegler a lutté pendant plus de 60 ans contre l’impérialisme et aspire toujours à un changement radical de ce monde qu’il a qualifié de « meurtrier ». Il s’est excusé de ne pas pouvoir être présent à l’ouverture du FICA à travers une lettre lue par ZahiraYahi, dans laquelle il a salué le peuple algérien combattant et ce festival dont l’engagement est une lutte contre les injustices dans le monde.
Kader Bentounès
EL MOUDJAHED