Fatima Sissani, réalisatrice : «C’est un film sur l’engagement » 4 décembre 2017

Rencontrée dans le cadre du 8ème Festival international du cinéma d’Alger, Fatima Sissani, réalisatrice algérienne, l’auteure de « Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans » qui a été projeté dimanche à la salle El Mougar, a bien voulu nous accorder un entretien dans lequel elle parle de son film.

Parlez-nous des motivations qui vous ont poussées à faire ce documentaire.

Elles sont nombreuses, mais d’abord le contact avec Eveline Safir Lavalette qui m’a beaucoup impressionnée. Et donc j’avais envie qu’elle se raconte, qu’elle raconte sa vie, son parcours, son engagement pour la cause algérienne, qu’elle raconte la colonisation, et comment elle a vécu tout cela. Et pour moi, c’était l’essentiel. Pour moi, ce film est l’histoire d’un engagement, d’un combat. C’est important de le souligner. Aussi pour moi, c’est un film sur l’engagement. Et j’avais envie de parler de ça.

Vous donnez la parole à trois femmes qui ont milité pour l’indépendance de l’Algérie, à savoir Eveline Safir Lavalette, Zoulikha Bekaddour et Alice Cherki. Pourquoi ces protagonistes et non pas d’autres militants ?

Parce que la rencontre s’est faite comme ça. Il y a eu Eveline Safir Lavalette qui m’a été présentée et qui, à travers elle, je suis allée vers ZoulikhaBekaddour, puis vers Alice Cherki.  Donc le choix s’est fait par lui-même.

Quelles sont les raisons qui ont poussé ces trois femmes à parler ?

C’est difficile à dire. Quoiqu’Eveline était au crépuscule de sa vie. Un sentiment de vouloir laisser une trace, un témoignage. Elle a eu envie de parler. Toutes étaient cependant heureuses de parler de leur engagement pour l’indépendance de l’Algérie.

Peut-on considérer votre documentaire comme un film féministe?

Oui, absolument. C’est un film féministe. Il ne donne la parole qu’à des femmes. Il replace les femmes dans la guerre, chose qui est malheureusement sans arrêt ignorée, niée même. Et donc pour moi, c’est important de leur restituer la place dans l’Histoire. Si ce n’est pas un hymne, il est dans tous les cas un hommage rendu aux femmes et, plus particulièrement, à celles qui ont contribué à l’indépendance de l’Algérie.

Comment avez-vous vécu ce tournage?

C’est un film difficile pour moi. La guerre d’Algérie me concerne intiment. Elle fait partie de mon histoire. Je suis née ici. Une partie de ma famille a été torturée pendant la révolution. Ma mère a vécu la guerre avec des gosses et un mari tué. Nous, nous avons grandis avec cette histoire-là, cette mémoire-là. On l’a vécue en fond de toile, tout le temps. Ça a pesé trop lourd dans notre histoire. Et du coup me confronter à la guerre d’Algérie, ça été très difficile. Je suis sortie élimée de ce film mais en même temps heureuse de l’avoir fait. Extrêmement heureuse de rencontrer Zoulikha, Eveline et Alice. Ces rencontres avec chacune d’elles sont des récits qui nourrissent l’engagement, mon engagement aujourd’hui. On a besoin de ces récits de la résistance pour continuer les combats qu’on a menés.

 

Propos recueillis par Yacine Idjer