Entretien avec Rachid Benallal (réalisateur, chef monteur, comédien) 10 décembre 2022

« Les vacances de l’inspecteur Tahar, le tournant légitime de mon entrée dans le cinéma »

Il s’est d’abord lancé dans l’architecture, pour faire plaisir à sa famille qui croyait que travailler dans le cinéma n’était pas convenable. Obstiné, il poursuit son rêve, et a réussi dans la construction de films à défaut d’édifices architecturaux. Il évoque dans cet entretien, son aventure dans le 7ème art, et a abordé l’importance de la formation pour la génération montante.

Vous êtes passé de l’architecture au cinéma, comment avez-vous convaincu votre famille qui était réticente ?

Rachid Benallal : Le film « Les vacances de l’inspecteur » a été pour moi un tournant décisif dans ma relation avec ma famille et le septième art. Au début, je réalisais des films à l’insu de ma famille qui croyait que j’étais en train d’étudier l’architecture. C’est une fois après la sortie du film, très applaudi par le public, que ma famille a découvert le pot aux roses, à travers le générique sur lequel apparaissait mon nom. Ils ont fini par comprendre et ont accepté.

Au cours de votre carrière, quelles sont les œuvres qui vous ont le plus marqué ?

J’ai travaillé dans environ 35 longs-métrages ici en Algérie, et 15 films au Maroc et d’autres pays. Toutes ces œuvres ont contribué à renforcer mon expérience, mais c’est le film « Les vacances de l’inspecteur Tahar », qui a eu un impact très positif sur ma carrière, qui a pris un élan incontournable, d’où mon affection et mon sentiment très particulier envers cette réalisation. J’ai aussi travaillé avec Merzak Allouache dans plusieurs films, dont « L’homme qui regarde les fenêtres » qui a remporté la médaille d’or au Festival de Carthage.

Comment Rachid Ben Allal revoit-il ses films ?

Je regarde mon travail d’un œil critique et je fais en sorte de dénicher les erreurs qui ne devraient pas se reproduire dans les prochaines réalisations. Mais au final, un film c’est comme l’architecture, on ne peut le démolir après sa construction.

Avez-vous déjà participé à des travaux que vous avez regrettés par la suite ?

Il y a des films sur lesquels je n’ai pas mis mon nom. J’ai plutôt préféré mettre le nom de mon assistant. Il s’agit de réalisateurs que je n’avais pas choisi. Ils m’ont été imposés pour des raisons administratives. Et comme je ne pouvais refuser, j’ai préféré retirer mon nom carrément.

Vous accompagnez souvent des jeunes et animez des ateliers de formation. Dans quelle mesure considérez-vous la formation comme importante dans ce domaine ?

La formation est non seulement importante, mais nécessaire. J’ai l’habitude de dire aux jeunes que la véritable formation ne consiste pas seulement à participer à des ateliers ou à appartenir à des écoles de cinéma, mais consiste surtout à regarder beaucoup de films et à accorder plus d’attention au volet culturel, à lire des livres, à prendre part aux expositions artistiques, à assister à des pièces théâtre, etc. Je lis encore un livre par semaine à ce jour.

A travers vos expériences d’encadreur, quels sont les aspects négatifs que vous n’aimez pas voir chez les jeunes talents ?

La génération actuelle se soucie plus des feux de la rampe et s’empresse de l’atteindre. La majorité veut devenir réalisateurs ou acteurs et sont souvent éloignés des métiers techniques comme le montage. Les plus grands réalisateurs sont passés par cette spécialité, comme le réalisateur de génie Martin Scorsese, qui a d’abord fait du montage avant de devenir un grand nom de la production.