Entretien avec Nicolas Wadimoff 2 décembre 2017

 Les festivals deviennent des lieux de réflexion et de discussion sur le cinéma

Nicolas Wadimoff, l’auteur du documentaire « Jean Ziegler, l’optimisme de la volontés », a animé samedi à la salle El Mougar une conférence dans laquelle il est revenu sur son film projeté la veille dans le cadre de la 8ème édition du Festival international du cinéma d’Alger.  Dans cet entretien, le cinéaste partage avec nous ses impressions et son regard porté par le cinéma.

Quelles sont vos impressions sur le Festival international du cinéma d’Alger ?

Moi ce que j’ai vu dans la soirée d’ouverture, c’est une salle pleine, des gens enthousiastes, surtout un discours d’ouverture de Mme. Yahi (commissaire du Festival) qui sortait du lot par rapport aux discours qu’on peut parfois entendre dans les introductions des festivals, qui son simplement des formules de politesse ou diplomatique. Là, il y a eu vraiment des mots qui ont été dits, qui étaient forts, à savoir qu’on considère le cinéma engagé comme un cinéma qui porte un regard sur le monde, un regard singulier, de cinéaste. Ce qui est intéressant dans ce Festival international du cinéma d’Alger, c’est que les sélectionneurs ont privilégié des films de cinéastes, subjectifs, qui ne sont pas des films de propagandes, des films qui font allégeance à une pensée politique, des films avec un regard d’auteur, qui essaient de raconter le monde tel qu’il est aujourd’hui. Le festival joue un rôle très important dans la promotion de ce genre de film et de faire connaitre des cinéastes engagés dans ce type de cinématographie. Il permet des rencontres avec le public et entre cinéastes et acteurs de la scène cinématographiques.

 

Quelle place a encore aujourd’hui un festival de cinéma engagé dans un contexte dominé par la mondialisation ?

On est depuis quelques années dans une redéfinition complète du monde, une redistribution des cartes. Je pense que les festivals se présentent comme des lieux où peuvent s’exercer encore une pensée originale hors de la pensée unique. Ils deviennent des lieux de réflexion et de discussion sur le cinéma. Ils deviennent des mondes un peu hors sol, dans lesquels viennent se rencontrer des personnes déjà convaincues de l’engagement, et dans lesquels le regard du cinéaste et la voix de la société sont portés vers le public et vers les jeunes.

 

En tant que cinéaste engagé, est-ce que vous rencontrez des difficultés pour mener à bien votre travail ?

Je dirais que je ne définis pas mes films comme des engagements politiques mais comme des regards que moi je porte sur certaines réalités, et j’espère que, comme mes films précédents qui étaient convaincants et ont eu un succès, que cela puisse continuer. Je suis absolument conscient qu’il y a des sujets qui sont sensibles, difficiles que d’autres. Encore une fois ça dépend des pays.

 

Pourquoi avez-vous choisi Jeans Ziegler comme sujet de votre documentaire ?

Ce n’est pas moi qui l’ai directement choisi. C’est un producteur suisse qui s’appelle Emanuel Getaz qui avait fait deux films-portrait (l’un sur Youssou N’Dour, musicien sénégalais ; l’autre sur Gilberto Gil, musicien brésilien) qui a en eu l’idée. Il a pensé que la vie, la pensée et le combat de Jeans Ziegler méritaient d’être portés à l’écran. Il m’a donc proposé de faire un film sur lui, non seulement parce que je le connaissais très bien mais aussi parce que aux yeux du producteur j’étais capable d’amener sur la table un débat, que le film soit vivant.  Mon souci est de questionner sa mémoire, ses  idées, son combat… Et aussi questionner à travers lui l’Histoire, l’héritage des révolutions. Est-il en adéquation avec le contexte actuel ? Je m’interroge s’il y aune continuité ou une discontinuité dans l’Histoire.

 

On a remarqué que Cuba était un territoire cinématographique. 

En effet. L’Algérie aurait pu être le lieu du film comme Cuba. On aurait pu faire quelque chose d’important. Mais pour des raisons pratiques et par rapport à notre agenda, les choses ne se sont pas faites.

 

Dans le film, vous n’êtes pas d’accord avec Jeans Ziegler concernant la liberté d’expression.

J’ai des opinions politiques tranchées. Je n’ai pas une position idéologique. J’ai des convictions, des impressions, des émotions que je module. Pour moi, les gens sont capables de se forger des opinions. Or pour Jeans Ziegler, il est persuadé qu’il y a un peuple qui doit être guidée, qu’il a besoin de phares.

 

Il parait qu’un film algérien a fait de vous un cinéaste.

Le film qui m’a donné envie de faire du cinéma, c’est la Bataille d’Alger du réalisateur italien Gillo Pontecorvo. Pour moi, lorsque je marche dans les rues d’Alger, y a comme quelque chose qui agit sur moi. Je ne peux pas m’empêcher de trouver des signes, à savoir qu’est-ce que le film a laissé aujourd’hui dans la société algérienne et notamment dans la jeunesse. Je cherche à confronter ces deux générations, l’ancienne et la nouvelle. C’est d’ailleurs ce que je démontre dans mon documentaire : on ne peut pas vivre dans le passé, et je suis persuadé qu’on ne pas vivre dans le présent sans mémoire. Et que c’est la connexion entre les deux qui fait que la société avance et se projette dans l’avenir.

 

Propos recueillis par Yacine Idjer

 

 

 DSC5442
 DSC5456
 DSC5474
 DSC5480
 DSC5500
 DSC5526
 DSC5562
 DSC5576
 DSC5578
 DSC5582