Entretien avec Madame Inger Servolin 10 novembre 2019

Madame Servolin, le film « Lettre à Inger » met en avant votre carrière. Et l’un des principaux  éléments derrière votre engagement, comprend-on, aura été l’injustice du commerce nord-sud.   

« Cela a certainement aidé. Mais je crois que je portais cet engageant, cette réaction spontanée face à toute injustice dès mon enfance (…) et il y’a beaucoup de causes à défendre dans le monde, peut-être plus aujourd’hui qu’hier. En fait, ce que je trouvais très injuste dans ce premier travail, est qu’il était basé sur la spéculation sur des matières premières agricoles, j’ai vu comment des paysans brésiliens ou argentins étaient spoliés. Pour être exacte je n’avais pas tout de suite compris le mécanisme. Mais j’ai fini pas donner ma démission quand mon mari a été démobilisé ».

Votre travail a également coïncidé avec le mouvement de mai 1968.

« Oui c’était un bouillonnement en France, comme ailleurs dans le monde. Il y a eu le développement d’une nouvelle pensée parmi les jeunes. C’est ce contexte qui m’a donné envie de faire connaitre des situations inconnues au plus grand nombre. Et le cinéma était à cette époque très important, il y avait énormément de ciné-clubs qui permettaient de lancer des discussions autours de films. On le faisait dans des usines, des lycées, des comités de cartier. Même l’église protestante était très active en ce sens ».

Le film montre également votre action au sein du collectif SLON (…) pouvez-vous nous en parler. Mais aussi de votre rencontre avec réalisatrice Maria Lucia Castrillon

« Il s’agissait d’un collectif qui volait donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, combattre le capitalisme, l’impérialisme et par conséquent la colonisation qu’a subie l’Algérie notamment. Pour moi tout cela était très cohérent (…) quant aux sujets, il s‘agissait de parler des guerres, des conflits, de la condition ouvrière, de la colonisation… Et c’est dans ce contexte, en 1991, dans les campements près de Tindouf que j’ai rencontré Maria Lucia Castrillon, elle était assistante pour la réalisation d’un documentaire sur les femmes sahraoui ».

Une dernière question, vous parlez d’utopie à la fin du documentaire. Quels sont vos rêves aujourd’hui ?

« Que le monde soit meilleur, que les gens trouvent des liens, qu’ils réapprennent à se parler et que l’on combatte l’injustice ».