Entretien avec Laurence Mathieu-Leger, réalisatrice 9 décembre 2022

L’histoire d’un homme qui a brisé toutes les barrières

Participant au 11ème FICA, en compétition, avec son documentaire « Willie », la réalisatrice évoque, dans cet entretien les principales raisons qui l’ont poussée à réaliser ce travail, avec un personnage vivant, et qui a su s’imposer dans un monde où les préjugés existent encore.

Pourquoi l’histoire de Willie O’Ree vous interpelle-t-elle autant ?

A la base, j’étais journaliste dans différents médias canadiens et américains, et j’ai souvent traité des sujets relatifs à la justice sociale auprès des communautés latino et africaines aux Etats-Unis. Après l’élection de Donald Trump, il y a eu une montée de tension, et nous avons eu cette impression que tout recule à tous les niveaux, particulièrement après les deux mandats d’Obama. J’ai eu des épreuves journalistiques épouvantables, des épreuves à gérer et à assumer, et c’est en découvrant le personnage de Willie, que ma trajectoire a pris une autre tournure. J’ai opté pour la réalisation de documentaires, et ça a découlé sur ce projet en question. J’ai habité à Harlem, je me suis intéressée à Willie, et au hockey. Il fallait parler et faire connaître cette légende qui fut le premier homme d’origine africaine à investir ce sport national au Canada et populaire aux USA. Il fallait réaliser son profil de son vivant, soit une histoire racontée au présent et non pas au passé.

Dans votre documentaire, vous laissez comprendre que Willie laisse derrière lui un héritage au-delà du hockey. De quoi s’agit-il au fait ?

L’héritage est un message d’une grande importance, étant donné qu’il a réussi à une époque où le sport était ségrégué aux USA. Au Canada, la situation était différente, ce n’était pas la même lignée politique. D’autant qu’il y avait moins de diversité comparativement aux Etats-Unis. Le racisme existait au Canada, mais pas autant. Willie reste le premier à briser cette barrière dans un environnement dit « impossible ».

Est-ce votre message contre le racisme ?

La lutte contre le racisme ne relève pas du rôle des personnes opprimées qui doivent toujours se battre. Ensemble, il faut changer les choses et aller contre les inégalités et l’injustice. Il ne faut pas oublier que Willie était non voyant d’un œil, un handicap qu’il a gardé pour lui, et c’est ce qui a touché le public qui a découvert son histoire.

Aujourd’hui, êtes-vous satisfaite de votre démarche ? Si c’est oui alors qu’elle serait votre prochaine étape ?

Le film a raisonné et cela me rassure. Pour le reste, j’ai réalisé une série documentaire à la télévision, et je suis en train de développer une série américaine sur le journalisme d’enquête, où je mets en avant une histoire vraie « I’m Tayra ». C’est l’histoire d’une femme qui a purgé une peine de 23 ans de prison. Il s’agit d’une expérience émouvante dans le milieu carcéral américain. Une série de trois épisodes qui m’a valu 7 ans de travail. La plus belle chose qui soit arrivée lors de ce documentaire, c’est que nous sommes parvenus à la faire sortir de prison.