Entretien avec la productrice déléguée Nariméne Mari 10 novembre 2019

    « Hassen Ferhani vit les personnages qu’il filme »

 Pourriez-vous revenir sur  cette deuxième  expérience avec le réalisateur algérien Hassen Ferhani sur son  film  documentaire « 143 Rue du désert »?

En fait, je crois certainement que c’est un réalisateur algérien extraordinaire.  Avant tout, ce qui m’a le plus séduite et habitée par la rencontre, c’est  son sens de l’humanité. Dans son premier film « Un rond point dans ma tête », Hassen a passé un temps fou avec  des bouchers dans un abattoir. Quand j’allais le chercher le soir, il était devenu un boucher. Quand il a tourné avec  Malika, il était devenu son fils.  Il vit la situation. Il rentre et il vit l’histoire des personnages qu’il filme. Je pense que c’est une qualité humaine qui est fondamentale quand on fait du documentaire. Le deuxième point, c’est quand Hassen Ferhani pose la caméra, c’est un plan de cinéma. Et cela, le monde entier le reconnait. Cette immense force  réelle cinématographique, aujourd’hui, est récompensée partout. C’est génial. C’est une écriture d’un algérien qui  connait son pays. Qui vit dans son pays et qui connait son peuple.  Je pense que c’est fondamental et très important. Pour moi, cette aventure, c’est le plus beau cadeau que je puisse avoir. Hassen ne trahit jamais ceux qu’il filme. Il les aime. Il fait des  images et les rend à l’image. Et en fait du cinéma qui est immense à mes yeux.

 Comment avez-vous fait pour cadrer le personnage  sympathique  et modeste à la fois de Malika ?

Je dirai qu’on ne cadre pas Malika mais on vit avec elle.  Elle fait son cinéma. Je crois  que  serait une mauvaise décision de cadrer  quand on travaille. Il faut  rentrer dans un flux instinctif. Il faut vibrer de l’espace. Il faut entendre ce qu’elle dit.  La suivre. C’est plutôt cela. C’est à nous d’être emporter avec elle.

Comment avez-mis de temps pour arriver au produit finale du film ?

Il y a eu un mois et demi de tournage. Mais par contre, c’est beaucoup plus long en montage. Il faut compter six mois. Ce n’est pas rien.

 Avant cette avant-première nationale, le film documentaire « 143 Rue du désert »a déjà voyagé à l’étranger ?

Effectivement, le film documentaire « 143 Rue  du désert » de  Hassen Ferhani a déjà voyagé à l’étranger.  Le problème, c’est qu’on attendait la tenue du festival international du cinéma d’Alger pour le présenter au public algérien. Dans tous les festivals qu’il passe, ce film gagne des prix.  Il a  gagné  le Prix du meilleur réalisateur émergeant  au festival international du film de Locarno, au festival  international d’Elgouna en Egypte et  à Séoul.  D’ailleurs, c’est la première fois qu’on ouvre sur l’Asie.  Nous n’avions pas de public en Asie et là c’est génial. Le film va être, aussi, distribué, prochainement  aux Etats-Unis. Cela a été formidable pour Hassen car il ne connaissait pas Seoul et eux ne nous connaissaient pas.

Justement quel est le retour du public à l’étranger ?

Je dirai que le retour est toujours positif à l’étranger. Nous n’en pouvons être que fière. Pour vivre aujourd’hui la tournée du film dans le monde, je crois que c’est la premiére fois-,  sortant de  la salle dans les différents pays qui ne sont pas l’Algérie-, qu’on ne parle pas d’algériens. C’est à dire que tout le monde dit que Malika recoit le monde. Le monde est dans des problématiques monstrueuses. Ce qui était magnifique et merveilleux dans le film de Hassen, c’est  le monde des êtres humains, quelque soit la problématique. Je trouve aussi que la force du film,   c’est ne pas âtre juste connoter à un endroit dans un espace malgré la situation géographique. Je crois que c’est cela la force du cinéma. C’est important de dire cela au monde entier.