Entretien avec Hassen Ferhani « On recherche tous quelqu’un dans le désert » 11 novembre 2019

Pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’intégrer des acteurs dans votre film ?

Effectivement, il y a deux acteurs. Un qui joue et l’autre qui joue pour de vraie. Chawki Amair est journaliste et écrivain mais il a une relation avec Malika qui est très particulière. Ils se connaissent depuis très longtemps. Chawki est lui-même dans le film. C’est un copain qui rend visite à son amie. Après   il y a des choses qui sont improvisés aussi, telle que  la séquence de la fenêtre qui fait office de  parloir. On a improvisé sur le tas tous les trois. Concernant le comédien qui arrive à la fin. C’est un vieux scénario que j’avais en tète que je voulais faire avec Samir  Elhakim dont je n’ai pas réalisé. Je me suis dis  pendant le tournage qu’il manquait quelque chose au film. Et c’est cette histoire de   ce disparu qui  cherche son frère dans le  désert. Il se trouve qu’avant que Samir n’arrive, il y a eu ce moment au début du film où Malika parle de ce monsieur qui est à la recherche de son père. Là à ce moment là, je me suis dis qu’il y a vraiment quelque chose à continuer .C’est incroyable. J’imagine quelque chose dans ma tête. Pour moi la première et la dernière séquence racontent quelque chose.  On recherche tous quelqu’un plus ou moins dans le désert.

 

Pourquoi avoir choisi des musiciens qui chantent le genre Neyli ?

Cette troupe s’appelle « El koutouf el finiya » . Je vais vous raconter comment on a rencontré cette troupe.  Nous  sommes arrivés le matin avec l’ingénieur du son. Un bonhomme  était en train de boire un café. Je leur  ai demandé  s’il appartenait à une équipe de foot ou de handball. Ils m’ont  qu’il  s’agissait  d’une troupe  qui  animait des festivals  et qui  avait  décroché le premier au festival d’Adrar. Je leur ai demandé s’il voulait nous jouer un morceau.  Ils ont  m’ont dit oui.  La formation était au nombre de 11 musiciens. Ils  sont rentrés, après, joués dans le commerce de Malika.

Vous avez utilisé un dispositif de tournage des plus simples ?

Absolument. C’est un dispositif très simple de tournage.  Il y a une caméra où je suis derrière et l’ingénieur du son. On a passé plus d’un mois et demi chez Malika. Quand quelqu’un rentre à l’intérieur du café, ils comprennent très vite  qu’il y a un plateau de  tournage. Ils voient que nous sommes en train de filmer. Ils auraient pu  dire non mais on a eu 90% de gens qui ont été d’accord pour être filmer. C’est comme dans la première séquence où ce monsieur  qui rentre  dans le café qui s’assoit et qui ne regarde même pas la caméra. Les routiers ont quelque chose de très particulier. Ils ont une philosophie chez eux  très forte. Il y a un routier qui m’a dit que c’est le seul métier au monde où on est assis ou on regarde devant soi  et derrière. C’est des gens qui  comprennent  très vite comment cela marche.

 Vous avez choisi le désert  comme un  écran de projection  avec une cabine qui n’est autre que le pseudo restaurant de Malika ?

Quand je suis parti la première fois avec Chawki   dans le désert, j’ai été frappé par ce lieu et par ma rencontre avec Malika. Elle était assise là et il y avait la porte qui était comme un écran de cinéma. Il était important pour moi de jouer champ contre champ où Malika commente tout le temps ce quelle regarde à travers la porte. Et aussi faire du cinéma dans un lieu de 20 mètres carrés avec la matière réelle : Des gens qui rentrent avec tout ce qu’on peut imaginer et transformer  comme on veut.

 

Vous avez opté, également,  pour un travelling autour du commerce de Malika ?

C’est une idée que j’ai lu dans  un des livres de Chawki.  C’est un mausolée dans lequel avant de rentrer, il faut tourner trois fois.   Au moment du tournage, je me suis dis que cela n’allait jamais marcher mais au montage j’ai repris cela.