« Enfants du hasard », documentaire Ode à la vie, à l’espoir 4 décembre 2018

A été projeté lundi à la salle Ibn Zeydoun (Riad-el-Feth), dans le cadre du festival international du cinéma d’Alger, « Enfants du hasard », un documentaire belge coréalisé par Thierry Michel et Pascal Colson. Le film, couronnée de succès et plusieurs prix remportés sur la scène internationale, suit le parcours scolaire des petits-enfants de mineurs, majoritairement musulmans et la plupart d’origine turque. A l’issu de la projection, Thierry Michel a accepté de répondre à nos questions.

Lors du débat, vous avez parlé d’immigration heureuse. Vous y croyez ?    

Il y a effectivement une immigration heureuse. J’y crois. Je l’ai montré dans le film. Le film en parle. Il y a donc une immigration heureuse. Pas toujours, mais il y en a. Ça dépend des contextes, des communautés. Ça dépend aussi de l’encadrement familial.

Est-ce que vous avez atteint votre objectif en réalisant ce documentaire ?

L’objectif, c’est quoi ? C’est simplement de partager avec le public une année de la vie d’enfants. Et que chacun du public revive sa propre enfance. Alors si le public a revécu une partie de son enfance en ayant des émotions, et en posant quelques questions aussi, je peux dire que l’objectif est atteint. D’ailleurs, le film sert à ça, c’est-à-dire à créer des émotions.

Quelle est la raison qui vous a motivé à faire ce documentaire ?

Mon père était minier et ma mère était enseignante. Deux raisons pour lesquelles j’ai choisi de faire ce film. Un cinéaste ne choisit pas un film par le hasard des choses. On fait un film après une longue maturation. En visitant un charbonnage qu’on allait détruire, j’ai croisé des enfants et l’institutrice qui visitaient le site. J’étais dans l’école et j’ai senti que quelque chose de fondamentale se passait. C’était une école où la présence de l’immigration était forte : un seul belge dans la classe, un seul qui n’est pas musulmans dans la classe. Ce n’est pas du multiculturalisme mais du communautarisme. Mais un communautarisme positif. Le film porte sur l’enfance, sur la mémoire. C’est aussi un film sur l’enseignement, parce que je pense que les enseignants sont des maitres d’œuvre. Ils ne construisent pas des machines. Ils construisent des personnalités, le futur de notre société.

Vous abordez dans le film la question de la transmission.

En effet. Le film parle d’une chose très importante, celle de la transmission de la mémoire. Il se trouve qu’elle ne passe pas par la famille. Elle passe par l’école. C’est la chose qui m’a plus intrigué. Je pense que la douleur de l’immigration était telle que les familles ont voulu ne pas en parler aux petits-enfants. C’est l’école qui l’a fait en obligeant les enfants à en parler. Et elle a raison de le faire.

Est-ce que le choix de la communauté turque s’est fait par hasard ou pas ?

Il faut savoir que la cité minière dans laquelle se déroule l’histoire du film s’était appelée avant la guerre la cité polonaise, parce qu’il y avait que des polonais qui y était venus travailler dans le charbonnage. Après la guerre, c’était la cité des italiens. Puis dans les années 1960, c’était la cité des marocains. Et chaque fois une nouvelle vague d’immigration s’installe dans la cité. Puis y sont venus les turcs. On est donc arrivé à cette homogénéité communautaire.

Force est de constater que le personnage principal dans ce film, c’est bien l’école.

Il est vrai que l’école y occupe une grande place dans le documentaire, puisque c’est dans l’école que Pascal Colson et moi avons-nous posé la caméra. Le film, c’est quand même les enfants et l’institutrice. Qu’est-ce qu’un film, si ce n’est un décor, des personnages et une thématique.

Ce qui nous a le plus frappé, ce sont les enfants, à croire qu’ils sont des artistes.

Les enfants sont des artistes du réel. Ils sont sincères, c’est tout. Depuis le premier jour de tournage, je ne me suis pas posé la question. Je pense qu’ils m’ont accepté parce qu’il y a eu une sympathie qui s’est installée entre eux et moi, c’est tout.

Propos recueillis par Yacine Idjer