En compétition documentaire « True Warriors » au Fica l’Art plus fort que la mort 3 décembre 2018

« True warrirors » est un poignant documentaire allemands signé  Ronja Von Wurmb-Seibel et  Niklas Schenck . Il a été projeté dimanche après-midi dans le cadre des films en compétition au festival International du cinéma d’Alger dédié au film engagé. Un film qui interroge les témoins rescapés, des jeunes artistes et musiciens notamment d’une compagnie théâtrale qui lors de la première d’une pièce de théâtre sur les attentats-suicides, un kamikaze adolescent se fait exploser. Certains spectateurs penseront que l’explosion, si bien faite, n’était en fait  qu’une simulation avant de réaliser la tragédie qui vient de se dérouler sous leurs yeux. Les deux réalisateurs qui sont resté plus d’une année pour réaliser de film et rencontrer ces témoins opteront pour le style repartage avec une prédominance du plan fixe en scènes intérieur pour des questions sécuritaires.  Néanmoins, des plans panoramiques sur Kaboul sont saisissants de beauté et expriment tout ce poids du chaos tel ce coucher de soleil qui en dit long sur l’avenir de ce pays

Le film tire sa force de l’émotion qui se dégage des témoignages qui montent crescendo et nous font revivre ces instants où tout bascule et l’on croit être mort. Ces jeunes auront du mal à en parler, à remonter sur scène. La peur de ces souvenirs  est tangible, dans leurs regards  et leur mémoire, ancrés à tout jamais. Certains recevront des menaces de morts et tenteront l’exil. Toutefois, à  la demande d’une comédienne de la troupe, ils gagneront à nouveau la scène, cette fois, dans la rue et devant un large auditoire, médusé, afin de le mettre face à sa responsabilité ou monstruosité… En effet, en 2012 une femme accusée d’avoir brulé le coran sera ruée de coups par des milliers de gens, sur la place publique et brulée vive. Son corps sera jeté dans la rivière. Un fait divers horrible pour le quel cette troupe a décidé de revenir en force  pour vaincre leur trauma et dire stop à la mort ! Revenir parmi les vivants et crier leur passion pour  l’art et la poésie, seuls remède contre lé néant.

Nous avons interrogé pour vous les  antagonistes de ce film…..

«  Quand vous voulez la  paix, il faut aussi se battre »

Le Fica : Racontez- nous la genèse de ce film…

Ronja Von Wurmb-Seibel et  Niklas Shenck :   On était tous deux journalistes à Kaboul. Deux semaines avant de repartir en Allemagne, nous avons rencontré un metteur en scène qui  nous a invités chez lui et nous a raconté ce qui s’est passé. Il s’agissait d’une pièce sur un attentat –suicide à Kaboul  dont le rôle était son pouvoir d’influencer la population. On est parti à Berlin et on s’est mis immédiatement  à consulter facebook pour voir comment cela s’est passé, en cherchant les images de cet attentat. Là, nous avons découvert que dans ce spectacle dont le sujet était une attaque suicide, il y eut réellement une attaque suicide et nous avons constaté avec stupeur ces images d’horreur.  L’endroit ou a eu lieu ce drame est l’Institut français de Kaboul que nous avions fréquenté plusieurs fois.  Nous avions peur que des amis soient atteints et nous avons passé des heures  et des jours à  téléphoner pour vérifier s’ils n’   avaient pas des amis proches parmi les victimes.  Cela nous avait vraiment marqué. Nous avons décidé, deux mois après, de faire un film sur cet événement.  Je tiens à préciser que le film commence sur une note tragique mais se termine par une note encourageante pour sortir avec un peu d’espoir.

Un mot sur ces personnes interrogées. Ca devait être difficile pour eux d’en parler ..

Certains nous ont avoué qu’ils n’avaient pas encore parlé de cet épisode, même quatre ou cinq mois plus tard. D’autres ont  commencé à agir et à jouer leur propre rôle devant la caméra. Certains que nous avons rencontrés n’étaient pas des artistes. C’était des gens qui travaillaient pour la fondation allemande  notamment. Ils ont parlé librement comme les artistes. Nous avons vécu quand même un an et demi avec ces gens là. Ils étaient chaleureux  et arrivaient à s’exprimer sur ce qui s’est passé. Nous avons du s’adapter.

Vous, en tant que femmes,  avez -vous rencontrer plus de difficultés pour évoluer à Kaboul et pendant les moments de tournage ?

J’ai du changer de type de vêtement bien sûr. Plus j’avançais plus je comprenais mieux le contexte sociopolitique  de cette région. Ce n’était pas très difficile pour filmer puisque la majeure partie du tournage du film s’est faite  en intérieur. La difficulté venait des bruits extérieurs,  tels les sons des hélicoptères ,  les bruits de rue et des vendeurs ambulants qui par moment empiétaient sur le tournage. Nous avons d’ailleurs trouvé un endroit où un groupe de rock répétait et c’est là ou nous avons posé notre caméra car c’était vraiment insonorisé.

Pourquoi ce titre de vrais guerriers ?

Pour ma part les artistes  sont de vrais guerriers  car ils sont dans une situation  où il faut inlassablement se battre. Ils se battent mais ils ne tuent pas. Leurs armes c’est leur art. Quand on veut la paix il faut aussi se battre.

Quelle a été la réaction des gens de Kaboul après le lynchage de cette femme brulée vive dont la troupe de théâtre va rejouer la scène dans la rue ?

L’histoire de l’assassinat horrible de cette femme brulée vive   a crée une émotion, une réaction et des manifestations  à travers tout l’Afghanistan. il y eut  énormément de réactions. L’impact de cet acte barbare contre cette femme, en Allemagne a été très différent par ce que c’était  une femme afghane assassinée, alors qu’en Afghanistan  ca avait crée de vagues d’émotion  et de chaine de réactions énormes.  En fait,  ce que nous avons tenté de montrer c’est que l’instinct de survie est le même partout,  qu’on soit là ou ailleurs. Ce qui se passe en Afghanistan et en allemande  relève de l’humain avant tout. C’est nous-mêmes qui sommes impliqué là-dedans.

Votre film documentaire a  t-il été montré en Afghanistan ?

Le film a été montré partout ailleurs mais pas en Afghanistan à cause des  protagonistes. C’est un peu délicat, voire dangereux pour eux. La télévision n’a pas voulu le montrer. Ils sont réticents. Il a été montré seulement à  l’ambassade  d’Allemagne .on espère le montrer un jour  au public de Kaboul.

O.H