Clôture de la 11e édition du Fica Trois Prix pour Limbo! 13 décembre 2022

«Nous assumons les petites insuffisances. Nous nous excuserons auprès de ceux qui ont souffert et nous travaillerons pour régler ce genre de problèmes, sinon nous disparaîtrons mais nous travaillerons d’abord!», a fait savoir Ahmed Bedjaoui.

Le rideau est tombé samedi à la salle Ibn Zeydoun (Oref) sur la 11e édition du Festival international du cinéma d’Alger avec l’absence cette fois du film de clôture, La dernière reine d’Alger, puisque, rappelle-t-on, le ministère de la Culture a décidé son annulation alors même qu’il figurait au programme. C’est une cérémonie tiède qui s’est déroulée devant une salle loin d’être comble qui a permis de connaître enfin les lauréats, alors même que la plupart ont brillé par leur absence car déjà repartis chez eux.
Ainsi les prix ont été égrenés et les trophées restés dans les tiroirs à l’exception d’un ou deux. Mais avant de connaître les noms des gagnants, le festival a choisi de rendre hommage et récompenser la «fondation Shashat pour le cinéma des femmes» qui entreprend à former les filles à l’art de la cinématographie en Palestine en vue de réaliser des courts métrages dont certains sont diffusés chaque année au Fica. Un prix qui a été remis à l’une des représentantes de cette fondation la jeune réalisatrice Dina Ameen. Après cet hommage, c’est le jury court métrage qui entamera les festivités. Ce jury court métrage, rappelle-t-on est composé de Amina Abdoulaye-Mamani, Fadila Ettayeb-Mehal, Chakib Taleb-Bendiab et Belkacem Moulay. Le président Saïd Mehdaoui proposera d’ouvrir un festival au genre d’animation après avoir été confronté à la diversité des genres dans les films courts métrages visionnés. Et madame Yahi d’acquiescer en faisant remarquer que le festival réfléchira à la création d’un espace particulier pour le film d’animation. Le Premier Prix d’encouragement est revenu au court métrage Do not feed the pigeons d’Antonin Niclass (Royaume-Uni) «pour sa qualité technique».
La seconde mention spéciale d’encouragement a été remis
au film Tchebtchaq Marikane d’Amel Blidi, pour la première oeuvre.

Des prix mérités
Le Prix spécial du jury a été décerné à la majorité au film La petite d’Amira Géhanne Khalfallah et le Grand Prix du festival quant à lui est revenu, à l’unanimité au film Au plaisir, les ordures ! de Romain Dumond du Canada. Un prix que le réalisateur dédiera à Mourad, son chauffeur, «garde du corps et guide» du festival qui dira être devenu un ami comme symbole de l’hospitalité de l’Algérie toute entière pour sa belle «générosité, chaleureuse et protectrice…». Arrive sur scène, le jury documentaire, présidé par Ali Fateh Ayadi qui est composé quant à lui, de Sophie Bachelier, Kita Bauchet, Andrey Diarra et Lucas Peretti.
«Nous sommes restés fidèles d’abord aux principes du festival dédié au cinéma engagé. Nous nous sommes basés sur le scénario, les messages du film sans oublier l’image, le son, la technique et bien entendu la réalisation. Notre souhait était que les films primés susciteraient autant l’émotion que la réflexion», dira Ali Fateh Ayadi. Et de révéler: «Deux films documentaires se sont nettement détachés.» Et de dire: «Pour le Prix spécial du jury nous avons été touchés par le point de vue original d’un film documentaire qui nous a fait revivre le regard d’un enfant sur la guérilla colombienne. Une histoire d’amour filial contrarié par la situation politico-militaire. Un récit sensible sur les blessures de l’exil et du retour au pays natal, nous avons donc attribué le Prix spécial du jury au film Los Zuluagas de la réalisatrice italienne Flavia Montini». Et de renchérir: «En ce qui concerne le Grand Prix du documentaire, pour son sujet ambitieux, le choix minutieux des archives et leur utilisation judicieuse, un film documentaire qui nous a rappelé un moment occulté de l’histoire contemporaine, un documentaire, où nous découvrons le portrait exceptionnel d’un caméraman, Stevan Labudovic avec sa grand part d’humanité, c’est ce qui nous a séduit, c’est donc Non aligned de Mila Turajilic qui recevra ce prix». Dans la section fiction sont montés sur scène le jury composé de Denise Brahimi née Chapuis, Helene Peugnieu, Ossama Rezk et Catherine Ruelle. À noter que le président absent n’est autre que Merzak Allouache dont le film La famille n’a pu être projeté durant le Fica «pour des raisons techniques» dit-on. Ainsi, la Mention spéciale du jury a été décerné au film rwandais Les anonymes du réalisateur Mutiganda Wa Nkunda. «Un film très intéressant parce que c’est un film qui montre à quel point la misère peut détruire absolument tout les sentiments, l’amour, le couple etc. et tout cela est montré avec beaucoup de force.» Et le Prix spécial du jury a été décerné pour sa part à, 200 mètres du Palestinien Ameen Nayfeh. «Ce film matérialise les difficultés quotidiennes que vivent les Cisjordaniens. Ce que l’on voit, c’est une famille séparée par un mur et cette séparation est de 200 m à vol d’oiseau d’où le titre du film, cette distance paraît dérisoire alors qu’elle est terrible et tragique et d’une certaine façon, elle symbolise 74 ans de conflit.»
Enfin, le Grand Prix fiction a été décerné pour le très beau film Limbo de Ben Sharrok. «Ce film touche à une actualité qui n’échappe à personne puisque c’est le problème des migrants. Il s’agit ici d’un groupe de réfugiés, qui sont parqués sur une île écossaise en attendant de savoir ce que sera leur destin. Le film a séduit beaucoup le jury parce que c’est un mélange d’une grande force émotionnelle mais aussi satirique. Il y a à la fois une action dramatique et une grande complexité dans l’appréciation de cette situation. Tout cela est fait avec un très grand talent dans la réalisation et l’interprétation de l’acteur qui est particulièrement remarquable, nous avons tous été séduits». Ainsi, le Conseil international du cinéma, de la télévision et de la communication audiovisuelle (Cict) auprès de l’Unesco, a lui aussi, faut- il, le souligner attribué son prix au film Limbo. Il y a lieu de souligner aussi le Prix du public dans la catégorie court métrage qui est revenu au film Il reviendra de Youcef Mehsas.

Assumer les couacs
Le Prix du public dans la catégorie documentaire est revenu, quant à lui, à Catwalk du Suédois Johan Skog. Un film qui avait reçu une standing ovation de la part du public. Enfin le Prix du public dans la catégorie long métrage fiction a été remis sans grande surprise au film Limbo. Enfin, dans leur allocution de clôture, Zehira Yahi, commissaire du festival et Ahmed Bejdaoui, directeur artistique du festival ont tenu à reconnaître les quelques couacs qui ont émaillé cette édition, tout en promettant de «mieux travailler pour que cela ne se reproduise plus, arguant que ce festival s’adresse en premier lieu au public, tout en affirmant «assumer les petites insuffisances. Nous nous excuserons auprès de ceux qui ont souffert et nous travaillerons pour régler ce genre de problèmes, sinon nous disparaîtrons mais nous travaillerons d’abord!» a conclu Ahmed Bejdaoui.

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