Cinématographie algérienne : Appel à la numérisation des archives filmées 7 décembre 2022

La numérisation et la restauration du patrimoine cinématographique algérien est une nécessité impérieuse, soulignent des cinéastes et chercheurs dans le 7e art, intervenant lors d’un forum de discussion, organisé samedi à la Cinémathèque algérienne, en marge du Festival international du film d’Alger (FICA).

Pour Ahmed Béjaoui, membre du commissariat du festival, cette rencontre, qui permet de revisiter de vieux films, est une occasion pour les experts internationaux d’avoir une idée sur la situation du patrimoine filmé.
«Nous ne sommes pas des décideurs, mais le FICA peut aider à la réflexion et à la conscientisation pour que les archives soient mieux prises en charge», précise l’expert, rencontré en marge de l’événement. Selon lui, la Radio et la Télévision algériennes ont numérisé énormément de documents audiovisuels. «Ils sont très actifs dans ce domaine. C’est certes peu connu, mais les choses se font bien au niveau des deux institutions», assure-t-il, ajoutant que les archives datant de l’après-guerre de Libération ont été également numérisées. «Aujourd’hui, certains films sont reportés par Télécinéma sur des supports numériques et sont en phase d’être restaurés. C’est un travail gigantesque qui est en train de se faire», se réjouit-il.

Pour Bedjaoui, ces opérations contribuent à la préservation de la mémoire de façon à les faire découvrir  aux générations futures.

Delphine Wibaux, chercheure et déléguée aux affaires internationales, spécialisée en numérisation de l’Institut français de l’audiovisuel (INA), a mis l’accent sur l’importance de numériser les archives filmées pour les mettre à la disposition des jeunes, des étudiants et des chercheurs. Elle a également passé en revue les étapes phare du programme de formation dans le domaine de la restauration et de la numérisation des films algériens du programme d’appui à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel algérien et des arts, entrant dans le cadre de la coopération algéro-européenne. L’expert en restauration cinématographique,

Luca Peretti, chercheur à l’Académie postdoctorale britannique de Warwick, a retrouvé une copie du film «Novembre 1971»,  produit par le service cinématographique du FLN en Italie. Il a été produit en 1974 à l’occasion du 20e anniversaire du déclenchement de la révolution nationale. La copie retrouvée est en phase d’être restaurée. «Nous avons trouvé des copies de deux films algériens, dont l’un est à caractère éducatif, qui traite d’un enseignant dispensant des conseils de formation», a fait savoir l’intervenant, mettant l’accent sur l’importance de retrouver des copies de films algériens et de les restaurer pour les présenter au public algérien. «Le plus important est de conserver ce patrimoine et que la jeune génération puisse visionner ces films en Algérie», a-t-il poursuivi. Le second, «Free Hands», du réalisateur Ennio Lorenzi, de l’artiste algerien Zainab Sedira, a été restauré en Italie.

Projection de trois films restaurés

Au cours de la conférence, qui a regroupé réalisateurs, professionnels de l’audiovisuel et étudiants de l’Institut supérieur des arts du spectacle et de l’audiovisuel d’Alger, il a été question de la nécessité de retrouver les films perdus, de les restaurer et de les conserver numériquement, afin de préserver le patrimoine cinématographique algérien comme
«élément de la mémoire nationale historique». Trois films retrouvés et restaurés ont été projetés dans l’après-midi de samedi dernier à la Cinémathèque d’Alger. Il s’agit notamment de « Archie Sheep chez les touaregs », de Ghaouti Bendeddouche, produit en 1969. Lors du festival culturel panafricain d’Alger en 1969, le grand jazzman Archie Sheep avait donné un spectacle d’improvisation avec des musiciens targuis. Il avait auparavant visité leur région pour s’imprégner de leur terroir. Le réalisateur Ghaouti Bendeddouche a immortalisé ces instants dans un court métrage de 25 minutes.

Le second film, «Mains libres», d’Ennio Lorenzini a été produit en 1964. Il a été retrouvé par l’artiste algérien Zineb Sedira. Ce film, produit deux ans après l’indépendance par Casbah Films, relate les premières années de l’indépendance où les Algériens se lancent dans la  bataille du développement. En produisant «La Bataille d’Alger», Casbah Films avait prévu de faire précéder le long métrage par un documentaire-fresque sur l’Algérie, passé, présent et avenir. Gillo Pontecorvo suggéra le nom d’Ennio Lorenzini pour la réalisation de ce documentaire. C’est ainsi que naquit
«Mains libres». Et pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. Il a été restauré à Cineteca di Bologna.

«Tahia ya Didou» a été produit en 1971 par Mohamed Zinet. Assurément un film culte du cinéma algérien né du génie d’un réalisateur qui a su transformer subtilement une commande de film touristique en une fresque émouvante de la ville et du pays avec la complicité remarquable de Himoud Brahimi, dit Momo, chantre inégalé de La Casbah.

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