Chergui Kharroubi co-réalisateur Algérien de « Molenbeek. Génération radicale ? » : « On a essayé de comprendre… » 3 décembre 2017

Présenté en ouverture des films documentaire en compétition à la 8eme FICA, « Molenbeek, Génération radicale » a été projeté en présence de l’un des deux réalisateurs du film, qui a bien voulu répondre à nos questions

Apres votre film sur le Festival Panafricain en 2009  coréalisé avec Salem Brahimi ,  vous revenez avec un autre documentaire portant sur un sujet bien alarmant à savoir  l’impact notamment des attaques du 13 novembre 2015 sur la ville de Molenbeek à travers les réactions de ce ses habitants que vous avez tenté de sonder suite  à la montée de la violence dans cette région  …Tout d’abord pourquoi un tel sujet ?

Ca répond à une douleur qu’on a eue. Je précise qu’on est deux à faire ce film (coréalisé avec José-Luis Penafuerte NDLR), deux réalisateurs d’origine étrangère qui ont vu toute la presse internationale parler d’une commune de Bruxelles d’une certaine façon erronée et qui est tout aussi injuste. Cette vision a  fait très mal aux citoyens et aux habitants de  Bruxelles. Ce que nous avons envie de faire c’est de donner la parole aux gens qui ont subi cet outrage. On a essayé de mieux comprendre les choses et donner la parole aux gens, qui vivent ce problème, pour essayer de comprendre d’abord. Leur donner la parole car jusqu’à présent, tous les médias nationaux et internationaux pointent du doigt toutes ces personnes d’une même région, c’est devenu très facile.

Quel impact ont eu ces attentats  sur  les habitants  de cette commune sachant que les auteurs de ces attenants ont été répertoriés comme originaire de cet endroit ?

Ce qui se passe c’est que toute la communauté est considérée pareille. Tous les habitants de  Molenbeek   sont placés au même niveau et sont considérés comme des éventuels terroristes. Tout le mondée est soupçonné d’être djihadiste. D’une part c’est un problème, d’autre part, par rapport aux jeunes par exemple, dès qu’ils annoncent qu’ils viennent de cette commune là ils sont automatiquement stigmatisés,  rejetés et  écartés. Leurs droits sont bafoués, car ils viennent de cette commune-là. C’est comme si c’était écrit sur leur front qu’ils  venaient de Molenbeek qui est considéré comme un lieu d’où vient le terrorisme. Autrement une commune dangereuse en soi.

Pourquoi avoir titré « Génération radicale ?» ?

On pose la question, est-ce un genre de fetwa qui est  tombée sur la tête de cette commune ? Est-ce une fatalité ? La réponse est quelque part non ! Par ce qu’on peut habiter une autre commune et vivre ailleurs aussi et être concerné par la radicalisation. Ce n’est pas le fait d’être molenbeekois qui fait automatiquement qu’on devient djihadiste.

Que fait la Belgique  aujourd’hui contre ce système de radicalisation ?

et bien elle essaye aujourd’hui  d’instaurer des programmes de dé radicalisation en  s’occupant  des jeunes et en leur faisant comprendre quelque part les dangers  d’aller écouter les voix des extrémistes musulmans par ce que ça fait mal que ce soit à la famille,  aux parents, c’est aussi une perte de vie. Il y a des programmes qui sont mis en place dans les écoles pour sensibiliser les enfants, mais il se trouve que ce n’est pas suffisant. Il faut vraiment investir beaucoup dans l’enfant pour éviter que les jeunes se radicalisent.

Vous êtes deux réalisateurs d’origine différente, l’une algérienne et l’autre espagnole, dans le film vous évoquez le problème d’identité.  Est-ce que le fait d’être justement de doubles cultures vous a poussé à vous interroger sur ce malaise et phénomène de la crise identitaire chez ces jeunes ?

C’est toute la communauté étrangère en Belgique qui a été stigmatisée en fait. Par rapport aux attentats, on a trouvé que c’était effectivement des gens d’origine étrangère qui les  ont commis  mais ça été facile de jeter l’opprobre sur toute la communauté étrangère et notamment maghrébine  d’origine musulmane.   Ca nous posait problème car on trouvait ca injuste tout simplement.

Le film remet en cause l’image de cette commune au niveau des médias, mais ironie du sort, vous-mêmes vous êtes réalisateur à la télé.. Avez-Vous  fait ce film pour élargir votre champ de vision ?

Oui il y a de cela, mais il y a le fait que même en étant dans une télé on peut la critiquer aussi. Dans une télé il y a trente-six milles façon d’aborder les problèmes .Il y a les choses simplistes pour le journal télévisé, il y a toutes sortes d’émissions, certaines font des raccourcis. Ce que nous avons eu envie de faire c’était  d’abord  de comprendre et puis de donner la parole aux gens. Du moins, donner des éclairages différents.

Dernière question, il ya  une image qui  frappe dans votre documentaire. Celle de  toutes ces femmes musulmanes qui sont voilées. Est-ce une spécificité à ce quartier ou plutôt un  signez d’un communautarisme qui ne dit pas son nom ?

Non ce n’est pas spécifique à ce quartier mais vous avez bien répondu à la seconde question. A Bruxelles on voit beaucoup plus de femmes voilées que de femmes non voilées. C’est une forme de revendication identitaire. Beaucoup de jeunes files mettent le voile. Souvent c’est pour marquer leur appartenance par ce que face à un certain rejet ou monté  de racisme on essaye  de dire : «  j’existe je suis là » !. Cela ne  veut pas dire que toutes les femmes voilées sont radicales,  absolument pas ! Mais c’est un phénomène assez récent. Parfois, j’ai l’impression de voir plus de femmes voilées en Europe, du moins chez moi, à Bruxelles que dans certaines villes du Maghreb.