“CENTRAL AIRPORT THF” DE KARIM AÏNOUZ Au cœur du drame des migrants syriens 21 décembre 2018

Central Airport THF est un long métrage de 1 heure 37, dans lequel le réalisateur brésilien Karim Aïnouz défile les scènes de vie peu ordinaires des réfugiés arrivés à Berlin, parqués dans un centre d’accueil temporaire situé sous la canopée du Tempelhof, le légendaire aéroport désaffecté en plein centre de Berlin, jadis pièce maîtresse du programme hitlérien de réarmement. Le site a abrité pendant deux années des centaines de réfugiés syriens et irakiens, mais sert également, aujourd’hui, d’un lieu de loisirs chargé d’histoires aux populations berlinoises. Ce documentaire projeté à Ibn-Zaydoun, en compétition officielle dans le cadre du 9e Festival international du cinéma d’Alger, est un regard vif et déchirant sur l’histoire peu connue des réfugiés syriens ayant réussi à atteindre les capitales européennes. À travers l’histoire d’Ibrahim, ce Syrien de 18 ans, logé dans l’un des immenses hangars du Tempelhof, un bâtiment nazi, en attendant que les autorités décident de son sort, Karim Aïnouz filme durant une année ces scènes de vie quotidienne de centaines de réfugiés. Le film alterne des instants de fragilité face à l’incertitude ambiante autour de la problématique des réfugiés d’Europe et des séquences d’humanisme rappelées dans cette vie partagée entre les soins prodigués aux réfugiés, l’éducation des enfants, tout en instillant ces moments de doute qui risquent de faire basculer le soulagement, celui d’avoir atteint Berlin, dans la douleur ; celle d’un jeune dont l’avenir est suspendu à la décision des autorités berlinoises sur son sort. Lancé lors du 42e Festival international du film de São Paulo, Central Airport THF a émergé d’un vécu ; celui du réalisateur qui habitait près de Tempelhof, où il allait assez souvent car il était utilisé comme parc par les Berlinois. Un jour, pendant que Karim Aïnouz était sur les lieux, il a vu des dizaines de personnes orientées puis placées dans des hangars de cet aéroport. L’Allemagne recevait alors des migrants venant de Syrie et d’Irak, mais la façon dont les médias ont traité la problématique migratoire semble déranger le réalisateur qui disait vouloir s’impliquer à même de laisser aux générations futures des témoignages vivants et des clichés peu connus de ce qui a été vécu dans les hangars du Tempelhof. Ibrahim et Qutaiba ont été les plus disposés à partager avec le réalisateur ce qu’ils vivaient dans cet aéroport nazi destiné à accueillir les migrants. Ibrahim a fini par avoir le statut de réfugié. Il aura vécu environ quinze mois dans le Tempelhof. Peu avant de quitter les lieux, il avait fêté son second anniversaire dans la discrétion la plus totale. Un anniversaire qui n’était pas du tout semblable à ceux qu’il fêtait avec sa famille dans l’un des villages d’Alep. “Ici, personne ne sait que c’était mon anniversaire”, souligne le jeune Ibrahim, non sans mettre cette note d’amertume, en dépit d’un happy end inespéré de son terrible voyage de Syrie vers Berlin via la Grèce. Il aura désormais 19 ans. Il vient d’obtenir son statut de réfugié. Sa future ambition est de suivre une formation de mécanicien et de trouver une maison dans Berlin. Central Airport THF a quelque chose de déchirant, quelque chose d’éminemment politique. C’est en cela que le film a le mérite de remettre au goût du jour une problématique plus que jamais d’actualité.

Ali Titouche