« Black Spirit », court métrage Entre mythe et réalité 5 décembre 2018

« Black Spirit » (Esprit Noir) est un court métrage réalisé par Chakib Taleb-Bendiab. Il a été projeté, mardi, à la salle Ibn Zeydoun (Riad-el-Feth) et ce, dans le cadre du festival international du cinéma d’Alger. C’est l’histoire d’un archéologue française qui va en Afrique à la recherche d’un samouraï noir. A l’issue de la projection, le réalisateur a bien voulu répondre à nos questions.

Parlez-nous de votre inspiration.

L’inspiration vient du Japon. Moi, j’adore le Japon. J’y suis parti deux fois et je suis revenu avec cette histoire-là. Il y a un lien très fort entre l’Afrique et le Japon. La philosophie japonaise se complète très bien avec la philosophie africaine, et notamment avec le soufi. C’est notre culture à nous aussi. On est africain et on doit être fière d’avoir une histoire très forte qui nous rassemble tous au-delà des cultures et des couleurs. L’essentiel, c’est l’universalité du message. Et le message, c’est quelqu’un qui veut être libre. C’est un esclave qui s’affranchit. Dans cette histoire, c’est un français ; et dans la vraie histoire, c’était un esclave africain.

 

A ce propos, vous inspirez d’une histoire vraie, celle d’un samouraï africain.

Le mythe du samouraï africain existe depuis 1650. C’est l’histoire vraie d’un esclave noir qui était la propriété d’un prêtre portugais. Il a été offert à un seigneur japonais. Il se trouve qu’au Japon l’esclavage n’existe pas. Et en plus ils n’ont jamais vu un homme noir de leur vie. Qu’est-ce qu’ils ont fait : ils lui ont fait passé un bain. Ils l’ont frotté parce qu’ils ont pensé qu’il était sale. Et après ils  l’ont juste adopté et il est devenu un grand samouraï de toute l’histoire du japon. Il avait pour nom Yasuke. J’ai imaginé que ce fameux esclave affranchit d’autres frères à lui, d’autres esclaves qui étaient au japon. Et ils arrivent à partir, à retourner en Afrique. Et c’est comme ça qu’ils ont créé « les esprits noirs », ce clan de samouraïs africains perdus dans le désert, dispersés dans toute l’Afrique.

Ce qui est nous intrigue, c’est l’emploi du noir et blanc dans le film. Pourquoi ?

Dans les films, l’emploi du noir et blanc, c’est pour faire du flash-back. Moi, je voulais faire l’inverse, c’est-à-dire le noir et blanc c’est la vie du personnage qui passe en boucle. Il n’a pas résolu cette histoire de samouraï. Et quand on voit les passages en noir et blanc, on peut les mettre en boucle. On arrive au constat suivant : le personnage tourne en rond. Quant à la couleur, la couleur, c’est quelque part son rêve peut-être. Pour moi, la réalité et la fiction se présente en un seul morceau.

Justement, on a l’impression qu’on oscille entre le rêve et la réalité, qu’on est dans la tête du personnage.

C’est ça. Ce que moi je voulais, c’est qu’on ne sache pas où est-ce qu’elle est la réalité et où est-ce qu’il le rêve. Que le rêve et la réalité fasse une seule chose, une seule partie.

On peut aussi se poser la question de savoir si ce n’est pas l’accident qui a provoqué chez le personnage une commotion cérébrale et qui a donc provoqué l’état d’hallucination.

Tout à fait. On peut l’interpréter de cette façon. Moi, je ne voulais pas avoir une seule réponse. Je voulais mettre dans le film le plus possible de questions. Le film, on peut l’interpréter de diverses manières. L’idée, c’est d’être ouvert aux lectures qu’on peut accorder au film. C’est d’avoir différentes approches de l’histoire.

Parlez-nous du choix du personnage.

Moi, je voulais un personnage en fin de souffle, en fin de vie. Pas forcement physique, mental, psychologique aussi. Il y a ce côté entre la vie et la mort. C’est-à-dire que la mort n’est pas que la mort. Elle est aussi la vie, une renaissance. C’est pour ça quand il boit le thé, il est entouré de feu. C’est le phénix. Il renait de ses cendres. Il y a toujours un message mystique, soufi. Oui, il est à bout de souffle parce qu’il n’arrive pas à trouver une vraie cause dans sa vie. Tant qu’il ne l’a pas trouvée, c’est comme s’il n’avait rien réussi. En réalité, il veut se sauver lui-même.

Propos recueillis par Yacine Idjer