Amina Haddad«Moussa préparait un film sur Iguerbouchene» 17 novembre 2019

La dixième édition du  Festival International du Cinéma d’Alger rend un vibrant  hommage cette année, au regretté Moussa Haddad , décédé en septembre dernier nous léguant un riche héritage cinématographique . Sa fidèle compagne de route, et productrice nous décortique ici avec nous son riche parcours cinématographique..

 

Le Fica rend hommage cette année à feu Moussa Haddad, votre compagnon de route depuis des années. Vous a été la productrice de son dernier film Harraga Blues. Un mot sur son riche parcours cinématographique…

 

Amina Haddad : Tout d’abord l’hommage posthume à Moussa Haddad est un joli clin d’œil, la période s y prête. A la neuvième édition du Fica, celle de l’année dernière et  quasi jour pour jour, Moussa  était souffrant, il se savait condamné  et il a tenu à venir assister à au moins une projection. Il voulait voir un film algérien. C’est tombé sur le film de Kamel Laiche ce soir là. Ca été sa dernière  sortie cinématographique ici dans cette salle. Pour vous répondre à votre question sur son cinéma, je vous dirai d’emblée, si je devais choisir, je collerai à son regard à lui sur ses propres films.  Je me souviens avoir vu de lui de très rares  moments de satisfaction. Son regard  sur ses propres films était très critique.

Harraga blues a été son dernier film. Il a réalisé avec un regard très frais, toujours orienté vers une préoccupation celle de la jeunesse. Malgré le temps qui passait Moussa voulait toujours travailler avec les jeunes..

C’est vrai. Quand j’entends parler des gens de Moussa Haddad, on se rend compte tous, je crois que son regard est très particulier et très personnel sur la jeunesse. Peut être qu’il s’est couronné par Harraga Blues par ce qu’en  faisant ce film là,  il ne savait pas qu’il faisait son dernier. Même à la dernière  année de sa vie où il était très malade et diminué, on passait beaucoup de temps à développer un récit d’un film sur Mohamed  Iguerbouchene alors qu’il se savait pris par la maladie mais cela n’a pas empêché  le fait que  ses derniers efforts soient restés intacts  et versé dans l’idée d’un projet..

Pourquoi Iguerbouchene?

je crois que c’était  la réminiscence d’un regret. Il m’en avait parlé depuis des années. Moussa aurait aimé faire ce film avant de partir, par ce qu’Iguerbouchene  était un musicien de talent qui a eu un parcours  au-delà de l’exceptionnel et puis cela correspond  années 1920, 1930. Moussa et Iguerbouchene  se sont connu à peine à une certaine époque à la télé ou à la radio je crois… Il l’a toujours trouvé fascinant !

Lorsqu’on on parle de jeunesse, on cite le film  Mad In forcément…

Oui  Mad In fut une déflagration  cinématographique. Remise dans son contexte, cette expérience a été exaltante pour Moussa. C’était  une équipe de quasi volontaire avec la caméra la plus pourrie d’Alger. Un film  fabriqué dans des conditions de travail qui n’ont été pas mais avec énormément de volonté.  Le film a été tourné en  en 1997, l’on sortait de  je ne sais combien d ‘années de violence mais en même temps  de désertification culturelle, d’absence de tout ! Voila que lui, avec son équipe de  délurés filmait à Alger des jeunes qui faisaient du slam, des choses no limit.. Ce qu’il faut savoir est que c’est un film autoproduit, qui a coûté à Moussa son appartement. Je regarde cette étape de sa vie avec beaucoup d’affection. Par ce que je me souviens  combien ca avait donné du peps dans la vie des gens et en plus c’est un film qui est sorti dans au moins deux salles voire plus !  Ce fut une expérience commerciale très remarquable.

Ce film était une ode  sur la liberté et la jeunesse de façon décomplexé doublée d’une certaine  frome de naïveté de l’époque qui sans doute ne reviendra plus..

Oui cette hyper liberté là,  ça reconduit un peu l’appréciation  qu’on évoquait de lui  tout à l heure en  citant une des principales caractéristique  du chapelet des films signé Moussa Haddad, à savoir  ce regard tendre et a attendrissant sur l’élément jeune. Ca traduit un certain nombre de position et de profondeur qui  ont toujours habité Moussa sur un socle d’admiration acharnée pour la force vive.

 

Quand on parle de liberté on ne peut occulter non plus son film culte Les vacances de  l’Inspecteur Tahar , qui a marqué toute une génération. Incontournable !

Moussa évoquait  ce film en disant souvent  qu’il s’était bien marré. Ca revenait tout le temps.  C’est magnifique en plus il ces  amitiés  fortes qui existaient au sein même de l’équipe du film.  Je l’entends encore me dire : « Mais on s’était bien marré quand même ! »

Un film qui a été censuré..

Il ne l’est plus. Grâce à la télé algérienne et plus particulièrement  à Amir  Nebache qui, dans une de ses émissions, a diffué le film dans sa version intégrale, remasterisée. C’est là,  tout le sens de l’élasticité de ce qu’est la liberté ou de ce qui devrait ne pas être la censure. Apres, il ya des films  moins connus de Moussa Haddad. On parle beaucoup des Enfants de novembre, des vacances de l’inspecteur Tahar, comme étant  deux films cultes,  chacun dans son registre, ayant marqué les gens mais  on ne parle assez de son film Libération que j’ai découvert grâce à un article signé par feu Mouni Berah.  Le film n’a été diffué qu’une seule fois. Là aussi  on y découvre un  bel usage de la  liberté puisque Moussa met  en scène, les derniers jours  d’un ancien combattant, un Moudjahid face à  deux jeunes journalistes  et il y est question de fin mission pour la personne qui est en train de mourir  et de questionnements aussi  autour de la révolution et de « la reprise du flambeau ». Rien  que pour ce propos ce film n’a plus jamais été rediffusé. Car Moussa aurait tué en quelque sorte le Moudjahid en 1981. C’était  beaucoup trop tôt. Sinon dans son  documentaire cinéma, Au plus  prés du peuplier,  une  commande sur la révolution agraire,  Moussa décide  d’en faire un documentaire hautement cinématographique,  avec l’inclusion de moments de fiction. Ca,  en a fait  un film de référence de genre..  Dans la même veine  de ce qu’ont fait les réalisateurs des sa génération, à l’aube  de l’indépendance,  c’est-à-dire en produisant du contenu  filmique  reprenant la  thématique de la révolution, Moussa, lui,  il l’a fait  dans un cachet  beaucoup plus urbain. Il a mis la révolution  entre les mains d’enfants de dix ans, 14 ans et 17 ans, ce qui inscrit la chose dans une forme d’universalité et à voir la longévité  de ce film qui s’appelle Les enfants de novembre dans l’intérêt que lui portent  encore les gens, je trouve rétrospectivement que c’est la bonne astuce. Le film est passé un jour dans l’école de ma fille ainée qui était toute petite. Et Moussa avait tenu à faire un débat et les enfants ne se sont pas heurtés devant ce film et sa couleur en noir et blanc  mais ils sont rentrée complètement  dans  l’histoire.

Le cinéma de Moussa parle à tout le monde et son âme d’enfant transcendait les âges si l’on ose dire..

Je pense oui que Moussa a su rester un enfant jusqu’au bout effectivement.