Adama Roamba réalisateur burkinabé de « La Forêt du Niolo » : « Quoi que l’on dise on est assez libre » 5 décembre 2017

C’est son  premier long métrage, sélectionné pour le grand prix de la 25 eme édition du Fespaco 2017. Synopsis : Kader TRAORÉ ex-ministre des mines, Aïcha directrice de l’ONG NATURE VERTE et Nathanaël journaliste, époux d’Aïcha, sont natifs de KARI, un village perché sur les sommets rocailleux de la vallée du NIOLO. Celle-ci abrite une forêt luxuriante, des réserves de gaz et de pétrole de schiste et son sous-sol est l’un des plus riches châteaux d’eau de la sous-région. Pour exploiter le gaz de schiste en partenariat avec une multinationale chinoise, Kader TRAORÉ fait empoisonner le lac par ses hommes. Une jeune fille, un jeune pêcheur et des poissons meurent. Entre le couple Aïcha-Nathanaël, qui lutte pour la préservation et la protection de l’environnement, et Kader TRAORÉ une guerre sans merci se déclenche. Nathanaël est enlevé et tué. Les femmes marchent sur la capitale.

Un mot sur les acteurs que vous avez pris dans votre film dont certains semblent très impliqués ?

 

Ce film traduit la réalité au Burkina. J’ai fait venir des acteurs de différents pays. Le vieillard vient du Cameroun, celui qui se fait tuer à la fin du film qui joue Kader Traoré vient du Mali,  et la comédienne vient du Sénégal. J’ai essayé de jouer un peu sur la panafricanisme en fait. Sinon certaines personnes qui militent viennent  vraiment d’une association environnementale.

 

Vous abordez l’africanisme comme vous dites effectivement car on ne sait pas trop au début dans quel  pays s se situe l’histoire.  On sait juste que nous sommes en Afrique. Vous jouez aussi sur un large registre africain car le gaz de schiste  est vraiment une affaire africaine

 

Dans les recherches que je faisais pour le film j’ai vu que  l’Algérie en regorge. Le prochain film que je prépare  je pense que j’aurai  la possibilité de travailler avec l’Algérie. On va entamer les négociations bientôt. Car j’aimerai travailler avec un scénariste algérien.

 

A quel sujet ?

 

Une thématique assez difficile car comme vous  le savez très bien,  le nord du Burkina aujourd’hui est menacé par le terrorisme qui frappe à ses porte  et  a même frappé la capitale. C’est ce sujet-là que je compte aborder.

 

Quel regard portez-vous sur ce festival du film engagé ?

 

C’est un bon festival par ce qu’il regorge de films qui ont du mal à sortir en salles. La moitié d’entre eux on n’en veut pas par ce qu’ils osent toucher à des sujets  sensibles. Le mien on m’a reproché son côté hautement politique, m’a-t-on fait savoir, quand il s’agissait d’avoir des aides pour le produire.  C’est bien que ce genre de long métrage passe dans ce festival. Nous même, au départ nous avons l’accord de principe de quelques chaines européennes pour une aide financière mais, au final, elles ont toutes refusé. Le film, du coup, a été réalisé avec seulement cent cinquante mille euros. Pendant le montage j’ai une crise. Tellement j’étais fatigué je suis tombé malade. On a fini le montage alors que je me trouvais à la clinique. Cela n’a pas été facile du tout de faire ce film. On a tourné le film sans aucun budget, exception faite d’une petite aide suite à un appel à projet du ministère de la culture du Burkina et tout le reste grâce à ma boite de production.

 

Comment arrive-t-on à faire un film pareil aujourd’hui  au Burkina ?

 

C’est très difficile  par ce qu’il faut vraiment oser. Financement, c’est compliqué par ce qu’on n’a pas vraiment d’aide. C’est vrai que l’état burkinabé essaye d’apporter un soutien  pour la création cinématographique mais  ça reste encore minime.

 

Vous avez un peu de liberté suite aux événements de  2014 quand même …

 

Là, on est beaucoup plus libre effectivement, quoi qu’en dise. La liberté ça s’apprécie que lorsqu’on est confronté à des difficultés.  Je pense qu’on a beaucoup plus de liberté d’expression aujourd’hui. Même si souvent nous faisons face à quelques formes de censure qui  ne disent pas leurs noms. Sinon, je peux vous dire quand même  qu’on est assez libre.