3 questions à la réalisatrice Maria Lucia Castrillon : 10 novembre 2019

Vous partagez avec le public du FICA le documentaire « Lettre à Inger », pouvez-vous revenir sur l’histoire de ce film, sur votre rencontre avec Madame Inger Servolin.

« C’était un hasard au début des années 1990, lors du tournage d’un documentaire sur les femmes Sahraoui. Elle était là, c’est à cette occasion que je l’ai rencontrée. Mais c’est surtout à ce moment que j’ai vu comment elle a réussi à sauver le film malgré toutes les difficultés que nous avions rencontrées (…) cela m’a permis de comprendre son engagement, tout le travail qu’elle avait accompli durant sa carrière, le nombre de films qui lui doivent leurs existence. Bien sûr elle a travaillé avec des réalisateurs, des équipes de techniciens… mais c’est elle qui prenait en charge le travail de l’ombre. J’ai donc voulu raconter son histoire, qui traverse à sa façon toute l’histoire du documentaire moderne, mais qui est aussi l’histoire d’une femme qui a réussi à accorder son travail avec ses convictions ».

 

L’engagement, le fait qu’elle soit une femme réalisatrice de ‘’films politiques’’ comme il est dit dans le documentaire, est également au centre du travail que vous présentez.

« Oui cet aspect m’a également beaucoup intéressé. Mais c’est aussi que les œuvres qu’elle a produit ont été des films politiques mais avec une ambition esthétique. Elle a toujours mis l’accent sur le savoir-faire cinématographique, je dirais que les œuvres qu’elle a dirigée n’ont pas vieilli, elles ont une fibre humaine, une volonté de parler, de dialoguer avec l’autre ».

 

Vous l’avez dit, Madame Inger Servolin fait partie de ceux qui travaillent dans l’ombre, comment l’avez-vous amenée de l’autre côté de la camera ?

« Cela a été difficile. Elle m’a fait comprendre qu’elle n’aimait pas les mondanités, d’ailleurs elle ne se met pas en avant facilement, nous parle toujours à la première personne du pluriel. Mais le travail, le documentaire a cependant réussi à parvenir à son terme bien que la réalisation a pris du temps, peut-être plus de deux ans. Par ailleurs, je n’ai pas trouvé beaucoup de soutien pour le film, mais il a été présenté en salle, notamment dans le cadre de l’exposition dédiée au cinéaste Chris Marker… »