11e FICA: « De nos frères blessés » ou l’amour et l’injustice en temps de guerre 12 décembre 2022

Le film « De nos frères blessés » de Hélier Cisterne met à l’écran, pour la première fois dans le cinéma français, l’histoire de Fernand Iveton, militant communiste anticolonialiste qui a soutenu le combat des algériens pour l’indépendance.   

Le long métrage, projeté à la salle Ibn Zeydoun, à Alger, lundi 5 décembre, à la faveur du 11ème Festival international du cinéma d’Alger (FICA), évoque l’histoire, encore peu connue en France, de Fernand Iveton mais dans une forme qui se rapproche plus du mélodrame politique que du film historique.

Le scénario est construit à partir du roman de Joseph Andras, paru en 2016, qui narre l’histoire d’amour entre Fernand Iveton et Hélène, qui se sont rencontrés dans un dancing à Paris en 1956, pour entrer ensuite en Algérie. Malgré ses appréhensions, Hélène accompagne son époux dans son soutien à la lutte des algériens pour la libération du pays.
Dès le début du film, on précise que l’histoire est basée sur des faits réels. Le 14 novembre 1956, Fernand Iveton, peiné par la mort de son ami Henri Maillot, dépose une bombe dans un local désaffecté de l’usine du gaz du Hamma de l’EGA (Electricité et gaz d’Algérie) à Alger où il est ouvrier tourneur.

Le but de l’opération est de provoquer une panne d’électricité à Alger mais sans faire de victimes. La bombe, fabriquée par Taleb Abderrahmane, devait exploser après le départ des travailleurs, vers 19h30.

Fernand Iveton soumis à la torture

L’engin n’explose pas et Fernand Iveton est arrêté, soumis à de la torture. Les séances de torture à l’électricité au commissariat central d’Alger ne sont pas montrées dans le film, on voit seulement les traces sur le dos du militant. La torture pratiquée durant l’occupation française de l’Algérie demeure toujours un tabou dans le cinéma français, soixante après l’indépendance de l’Algérie.

Hélier Cisterne s’est attardé dans le film sur le procès expéditif de Fernand Iveton par un tribunal militaire qui a ignoré les plaintes du prévenu sur les actes de torture et sur le fait que la bombe n’a pas explosé et n’a pas fait de victimes. Le juge, habillé en tenue militaire, qualifie Fernand Iveton de « traitre ».
La demande de grâce introduite par les avocats Joë Nordmann, Albert Smadja et Charles Laine est ignorée par le président René Coty. Plus tard, Albert Smadja  sera, lui même, mis dans un camp d’internement à Médéa.

René Coty signe pour les condamnations à mort

Durant le règne de Coty, plusieurs militants nationalistes algériens ont été guillotinés, le plus célèbre étant Ahmed Zabana. Des exécutions soutenues et voulues par le socialiste François Mitterrand, ministre de l’Intérieur puis de la Justice entre 1954 et 1957. Mitterrand a été élu président de la France durant 13 ans entre 1981 et 1995. Le paradoxe est que Mittérand a…aboli la peine capitale en 1981. Pour soulager sa conscience ? On ne le saura jamais !

Fernand Iveton est le seul européen guillotiné pendant la guerre de libération nationale. Comme Zabana, il avait crié « Tahya el djazair » dans les couloirs sombres de Serkadji à Alger avant son exécution le 11 février 1957. Le  bourreau de sinistre mémoire Maurice Meyssonnier est l’auteur de cette exécution. Un bourreau qui n’apparait pas dans le film.

Comme n’est pas visible, l’ampleur de la colonisation et de ses injustices sur la société algérienne. L’intérêt porté par le cinéaste sur la relation du couple Fernand-Hélène a fait oublier le reste. Dans le film, les algériens apparaissent comme des ombres, n’ont presque pas de parole. Le contexte historique relatif à l’engagement armé des algériens pour libérer le pays soumis à une colonisation de peuplement n’est pas exposé même si « De nos frères blessés » reste une fiction assez courageuse.

Vincent Lacoste (Fernand) et Vicky Krieps (Hélène) ont réussi, par le jeu, a donné une certaine épaisseur et une touche de sensibilité au film.

« Le film ne montre pas une carte postale d’Alger »

Dans un message vidéo, Hélier Cistern a salué le travail fait par l’équipe algérienne pour le tournage du film en France et en Algérie. « De nos frères blessés » est une coproduction algéro-française.  « Nous avons mis beaucoup d’amour, de coeur et de travail dans ce film qui a été tourné en 2018 et projeté en France en mars 2022.

C’est un film qui raconte une histoire vraie de ce qu’on appelle « La guerre d’Algérie », de ce qu’on appelle « La révolution », de ce qu’on appelle « La guerre d’indépendance ». Elle a plusieurs noms, selon quel  côté on se situe en Méditerranéen. Pour nous, c’était l’histoire d’un engagement, d’une lutte pour un idéal de justice, de liberté et de solidarité », a-t-il expliqué.
En plus du roman de Joseph Andras, l’écriture du scénario a été nourrie par des témoignages de personnes ayant connu Fernand Iveton comme Djillali Guerroudj (Abdelkader), décédé en 2020. Jacqueline Guerroudj, épouse de Djillali, était en contact avec Fernand Iveton avant l’opération ratée de 1956.

« Le film ne montre pas une carte postale d’Alger ou de la guerre, c’est un film intimiste qui plonge dans la vie d’un couple et qui raconte le déchirement et la violence que cela peut être de s’engager. On a montré comment des personnes se sont engagées pour l’indépendance de l’Algérie l’ont fait contre l’opinion publique majoritaire. Iveton est l’exemple de cela. Il s’est rebellé contre les siens pour un idéal de justice et de liberté. Ce n’est pas un film spectaculaire qui montre une image glorifiée de la guerre », a ajouté Hélier Cistern.

24HDZ