10eme FICA Cultiver l’espoir… 20 novembre 2019

C’est à un très bon film d’animation intitulé Wardi Tower du réalisateur Mats Grorud que le festival nous a conviés durant la cérémonie d’ouverture.

La 10e édition du Festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé a été étrenné, jeudi soir, à la salle Ibn Zeydoun avec un très beau film d’animation, aussi bien beau qu’extrêmement touchant. Un film qui vous fera sortir de la salle en larmes. Réalisé par Mats Grorud, il est intitulé Wardi The Tower. Il a pour cadre Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de 11 ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ? Si les personnages sont réalisés à l’aide de pâte à modeler, le reste est conçu par des dessins.

La guerre qui perdure
Ce qui consolide la trame narrative et sa force poétique. Le film est tiré de faits réels d’après le vécu de personnes qui existent vraiment, comme en témoignent les photos de ces familles qui sont incrustées dans ce film ? aussi bien bouleversant qu’émouvant. Didactique, aussi bien que pédagogique, le film donne un bel aperçu sur l’histoire de la Nakba, quand l’armée israélienne chasse les Palestiniens de leur terres en 1948. Le film évoque cette guerre qui perdure depuis, à travers les yeux innocents de cette fillette qui vient de recevoir son bulletin de notes, tout en étant fière d’avoir réussi son premier palier à l’école. Mais son arrière-grand père est malade et commence à désespérer de revoir un jour sa maison natale. Aussi, son avenir à elle, quant à lui, est incertain. On songe même à la retirer de l’école, car cela coûte cher. L’arrière-grand-père, confie quant à lui la clé de sa maison natale à Wardi qui se met à discuter avec les membres de sa famille sur cet hypothétique espoir du retour, appelé communément «le mythe du retour».

La Nakba
De ce microcosme humain, on fera connaissance, avec la tante, la grand-mère, le grand-père ou encore d’autres jeunes dans le quartier. Tous ont des souvenirs et des rêves plein la tête. Le film est ainsi ponctué de flash-backs qui nous transportent, déplacent dans le passé. De 1948, date de la Nakba, à la nouvelle invasion israélienne de 1982 puis celle de 1986. Le génie de ce film réside aussi dans la parfaite reconstitution du décor d’après les images photographiques. Un chaos visible à l’œil nu, illustré par ces maisons délabrées, cette architecture complètement dévastée par le mortier. Cependant, au milieu de ce chaos, règne la vie, et bat le pouls de ces portraits humains qui ne sont pas simplement des chiffres mais des personnes remplies d’idéaux. Peut- on songer encore à son avenir, quand on est emprisonné depuis des années dans un espace complètement détruit ? Condamné parfois à se terrer comme un rat ? Certains refusent pourtant de rester dans l’obscurité, d’autres veulent carrément rester vivre au milieu des colombes…Des âmes cassées le sont aussi de l’intérieur. Ce film donne ainsi une idée sur ce marasme que connaît ce peuple palestinien qui aspire un jour à retrouver sa maison. Mais il est une ode à l’espoir grâce à cette nouvelle génération incarnée par Wardi qui souhaite aussi continuer ses études et vivre. C’est ce que lui enseigne son arrière-grand-père avant de partir, en lui avouant que l’espoir n’est nullement ailleurs qu’en elle ! Un film humaniste, mais si éprouvant au final. D’autres films qui touchent aux guerres civiles figurent aux programmes de la 10 édition du Fica et qui n’hésiteront sans doute pas à faire réagir le public de la salle Ibn Zeïdoun. A noter que 24 films figurent au programme, dispatchés entre films courts, longs et documentaires, sans oublier des tables rondes et master class. Dans son allocution d’ouverture, Zehira Yahi dira à juste titre : «Cet anniversaire des 10 ans du festival, nous remet en mémoire tous les merveilleux films que nous avons programmés. Toutes ces images, ces sons, paroles et actions qui nous ont menés ensemble sur les chemins de l’émotion de la découverte et de la réalité de l’imagination. Nous avons tenu à vous offrir la meilleure sélection possible de films récents et talentueux, algériens et étrangers, documentaires et fictions.

La réalité
Pour répondre à votre soif de cinéma. Pour enrichir nos visions et nos idées et surtout fortifier l’espoir». Il est bon de rappeler que dans la catégorie fiction présidée par le Français Pierre-Henri Deleau, qui a dirigé durant 30 ans la Quinzaine des réalisateurs, le jury est composé par les réalisateurs Amina Haddad, Gueorgui Balabalov, Luciana Castellina et le journaliste critique de cinéma Thomas Sotinel. Dans la section documentaire présidée par le cinéaste franco-algérien Saâd Khiari, le jury quant à lui est composé de Kiva Reardon, Lola Poggi Goujon, Boukhalfa Amazit et enfin Monique Mbeka.

l’expression