10 ème FICA : Avant-première à Alger pour « Paysages d’automne » de Merzak Allouache et « 123, rue du désert » de Hassen Ferhani 7 novembre 2019

Le 10 ème Festival international du cinéma d’Alger (FICA) se déroulera du 7 au 16 novembre 2019. Les deux derniers jours seront consacrés aux films en hors compétition. L’ouverture officielle se fera le jeudi 7 novembre à la salle Ibn Zeydoun avec “Wardi”, un film d’animation du norvégien Mats Grorud, et la clôture, le jeudi 14 novembre, avec la fiction cubaine “Inocencia” d’Alejandro Gil. “Cette année nous avons introduit la compétition pour les courts métrages qui s’ajoute aux documentaires et aux longs métrages. Il y a huit films par catégorie. Et, en hors compétition, nous avons retenu sept films. Nous rendons hommage à Moussa Haddad, un cinéaste engagé”, a annoncé Zehira Yahi, commissaire du festival, lors d’une conférence de presse, à la salle Frantz Fanon, à l’office Riad El Feth, à Alger, ce lundi 4 novembre. Moussa Haddad est décédé le 17 septembre 2019. Un autre hommage sera rendu à la suédoise Inger Servolin, productrice de documentaires, en sa présence avec la projection de “Lettre à Inger” de Maria Lucia Castrillon. Pour accompagner le film “Le silence des autres” de Almudena Carracedo et Robert Bahar, José Maria Galante Serrano, personnage du documentaire, sera présent pour évoquer les exactions du régime de Franco en Espagne. Malika, le personnage central du dernier documentaire de Hassen Ferhani “143, rue du désert”, sera aussi présente lors de l’avant-première algérienne, samedi 9 novembre (à 16 h 30).

Cohésion sociale fragilisée en Afrique

La fragilisation des indépendances en Afrique est une thématique présente dans les films sélectionnés au FICA, selon Ahmed Bedjaoui, directeur artistique. Il a cité l’exemple de la fiction “La miséricorde de la jungle” du rwandais Joël Karekezi. “Un film qui montre comment les indépendances n’ont pas réglé les problèmes de cohésion nationale dans certains pays. Et comment des manipulations ont conduit à la guerre entre Hutus et Tutsi alors qu’à l’origine les difficultés étaient sociales, pas éthniques. Les ex-pays colonisateurs comme la Belgique et la France ont inventé ces différences ethniques(…) Il y a aussi le film “Desrances” de la burkinabé Apolline Traoré qui revient sur la guerre civilé en Côte d’Ivoire. “Fatwa” du tunisien Mahmoud Ben Mahmoud n’évoque pas seulement l’intégrisme, mais également la cohésion sociale et le rôle de la culture. Les inégalités sociales menacent la cohésion de la société tel que cela est montré dans “Karma” de l’égyptien Khaled Youcef”, a détaillé Ahmed Bedjaoui. Khaled Youcef et Mahmoud Ben Mahmoud seront présents à Alger pour débattre de leurs films. “Karma” sera projeté dans les salles en Algérie, à l’unitiative de l’ONCI. La thématique des femmes est également présente, selon Ahmed Bedjaoui, dans des films tels que “Paysages d’automne” de Merzak Allouache qui sera projeté en avant-première mondiale et “Felfel lahmar”, un court métrage de Saadia Gacem.

L’équipe de “Abou Leila” a refusé la programmation en hors compétition

En hors compétition, le dernier documentaire du français Jean Asselmeyer, “André Ravéreau et l’Algérie : et le site créa la ville”, sera projeté en avant-première aussi. Le film est consacré à l’architecte français André Ravéreau qui s’est inspiré dans ses travaux des formes architecturales de la vallée du M’Zab. “Nous avons envisagé de programmer “Abou Leila” (de Amin Sidi Boumediène). Entretemps, nous avons constaté que nous pouvions sélectionner deux films en avant-première mondiale, “Paysages d’automne” de Merzak Allouache et “Heliopolis” de Djaffar Gacem. Djaffar Gacem a finalement retiré son film. Nous ne pouvions pas donner plus d’espace au cinéma algérien puisque le festival est international et qu’il n’y a que huit films en compétition longs métrage. Nous avons envisagé de programmer “Abou Leila” en hors compétition. L’équipe du film a décliné l’offre”, a noté Zehira Yahi. Selon Ahmed Bedjaoui, Djaffar Gacem a préféré que son film ait une carrière  internationale”. “Il y a un souci d’éthique. Quand les films sont coproduits par l’Algérie et que le réalisateur est algérien, la priorité doit être donnée, de mon point de vue, à l’Algérie  même si nous avons un déficit de distribution et de salles”, a estimé Zehira Yahi. Ahmed Bedjaoui a confié avoir soutenu les scénarii de “Abou Leila” et de “Papicha” de Mounia Meddour en tant que président de la commission du FDATIC (Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique) du ministère de la Culture.

Le film “Papicha” a reçu 50 millions de dinars du FDATIC

“J’adore le film “Papicha”. Je ne m’explique pas les réserves que peuvent avoir les uns et les autres, je ne sais pas qui et à quel niveau, tout le monde se dérobe (à propos de l’interdiction de projection du film en Algérie depuis fin septembre 2019). J’ai vu le film avant la libération de la troisième tranche du FDATIC. J’ai validé, on me le reproche, j’assume. J’espère que “Papicha” va aller aux Oscars . Le film a reçu 50 millions de dinars», a déclaré Ahmed Bedjaoui. D’après lui, la commission nationale, qui a sélectionné “Papicha” pour représenter l’Algérie aux Oscars, est indépendante, ne dépend pas du ministère de la Culture. Elle est actuellement présidée par Mohamed Lakhdar Hamina. Ahmed Bedjaoui a plaidé pour la révision du statut de cette commission. « Les trois derniers films qui ont été proposés aux Oscars ont été invalidés sur dossiers administratifs. Ils n’ont jamais été inscrits sur la liste. Il s’agit notamment du “Le Puits” (de Lotfi Bouchouchi) et de “Le crépuscule des ombres” (de Lakhdar Hamina). Ils ne remplissaient pas les conditions, parmi lesquelles passer dans l’un des dix festivals majeurs et avoir un distributeur aux Etats Unis après une sortie nationale. Les Oscars se basent sur les films qui sortent sur le marché”, a-t-il expliqué.

Pierre Henri Deleau président du jury

Selon Zehira Yahi, les films sélectionnés au FICA n’ont jamais été soumis à un droit de regard des autorités. “Depuis l’existence du festival, nous n’avons jamais subi de censure”, a-t-elle dit. Des débats sont programmés durant le festival ainsi qu’un master class sur le montage, « troisième écriture d’un film ». Le franco-algérien Sâad Khiari présidera le jury documentaires, le français Pierre Henri Deleau (qui a dirigé “La Quinzaine des réalisateurs” au festival de Cannes pendant plus de vingt ans) sera à la tête du jury longs métrages. La comédienne algérienne Mouni Boualem, dirigera le jury courts métrage. Toutes les projections auront lieu à la salle Ibn Zeydoun à Riad El Feth  à 14 h, 16h 30 et 19 h.

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