MME ZEHIRA YAHI, COMMISSAIRE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU CINEMA D’ALGER 29 décembre 2013

yahi

« Des œuvres qui conjuguent talent et engagement »

Le rideau est tombé sur le 4e FICA. Dans cet entretien, Mme Yahi fait une rétrospective de cette manifestation cinématographique dédié au film engagé qui s’est déroulée du 19 au 26 décembre 2013 et qui a vu la participation de 19 films (8 fictions et 11 documentaires).

Quel bilan faites-vous de la 4e édition du Festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé ?

Mme Zehira Yahi : Les réactions enregistrées jusque-là au niveau des participants, des jurys, de la presse et du public sont très positives. En tant que commissaire, je peux dire que cette 4ème édition s’est déroulée comme prévu avec une belle programmation, riche, intelligente, sensible et forte…

Cette programmation a confirmé, si besoin était, que partout, face à l’oppression, la répression, l’intégrisme, l’ignorance, l’inculture, des réalisatrices et des réalisateurs portent haut et fort la parole des « damnés de la terre » dont  l’humanité est niée. Mais ces réalisateurs portent également la parole de personnes qui nous ont éclairés de diverses manières et qui ne doivent pas tomber dans l’oubli.

Le festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé est toujours soucieux de montrer des œuvres qui conjuguent talent et engagement au service de la réhabilitation de l’humain et du devoir de mémoire.

19 films (fiction et documentaires) étaient en compétition cette année. Comment s’est faite la sélection ?

La sélection se fait sur la base d’une veille régulière, d’une recherche constante, d’échanges avec nos collègues qui vont dans les festivals de cinéma et après le visionnage d’un grand nombre de films présélectionnés. Chaque année, nous voyons pratiquement trois à quatre fois plus de films que ceux définitivement sélectionnés et programmés en tenant compte de la disponibilité de versions originales sous-titrées en arabe ou en français et de la diversité des sujets pour ne pas lasser les spectateurs.

C’est sur la base du respect de cette diversité, que le programme du festival du film engagé a été élaboré et cela n’a pas été facile. Pourquoi ? Parce que finalement, les cinéastes qui se passionnent pour des plaidoyers en faveur de causes diverses avec de bons films sont nombreux. Ceci dit, s’agissant d’un festival de cinéma, le propos ne doit pas l’emporter sur la qualité filmique. Il nous a semblé qu’avec la sélection effectuée, nous pouvions être heureux et fiers d’offrir aux spectateurs des œuvres cinématographiques de style très différents s’appuyant sur des sensibilités multiples, mais toujours poignantes, fortes, belles, déroutantes…

Différentes causes étaient abordées lors de cette édition dans les différents films projetés. Des causes qui sont chères à l’Algérie. Cela signifie-t-il qu’organiser ce genre de manifestation est un engagement en soi ?

On pourrait le dire car il est plus facile de programmer des films commerciaux ou à grand succès. Il se trouve que nous avons été élevés avec des valeurs universelles et une culture algérienne dans un pays colonisé pendant 132 ans puis l’intégrisme a tenté de museler, de laminer… un pays jeune au passé riche et qui regorge de promesses. D’où cette volonté et cette démarche de célébrer des voix plurielles qui résonnent en nous pour nous dire que les victoires ne sont acquises que si les combats sont menés, contre la résignation, contre nous-mêmes parfois, contre nos renoncements. Le beau, le vrai est à portée de regard, à portée de main…

Dans ce festival, et depuis sa première édition, chaque film à sa manière, quel que soit le thème choisi ou l’histoire racontée, élargit notre horizon et fait que par le miracle du talent et de l’émotion, le particulier devient universel.

Toujours à propos de la sélection, l’Algérie était absente. Pourquoi ?

Nous avons souhaité montrer des films algériens qui n’avaient pas été programmés dans les autres festivals et dans des manifestations récentes (le Festival du film arabe d’Oran, le Festival du cinéma maghrébin et les Journées cinématographiques d’Alger). Je parle des longs métrages (documentaires et fictions) car il n’y a pas de catégories courts-métrages.

Par ailleurs, ce que nous avons visionné ne correspondait pas au contenu du festival. Mais on ne peut pas dire que l’Algérie était absente car nous avons programmé deux très bons documentaires de réalisateurs algériens : « Le martyre des sept moines de Tibhirine » de Malik Aït Aoudia et « Sugar Man » de Malik Bendjelloul.

La nouveauté du festival : le prix du public. Pourquoi ? Est-ce une bonne expérience ?

Oui, c’est une bonne expérience que nous renouvellerons… Nous voulions remercier le public et l’associer au festival. D’abord, parce que sans lui, il n’y pas de cinéma. C’est  par son soutien que le cinéma vit, grandit et rayonne.

Ensuite, parce que le public algérien est privé de salles de cinéma depuis trop longtemps et nous savons qu’il aime le cinéma.

Enfin, nous avons remarqué, lors des éditions précédentes, que le public sait regarder et apprécier des films.

Nous avons donc estimé qu’il serait intéressant de voir les films jugés et évalués par les professionnels du cinéma, mais aussi par ceux qui les aiment.

Nous sommes d’ailleurs très impressionnés parce que le (bon) choix du public, établi en fonction de ses goûts et de ses critères, était très proche du choix des deux jurys pour les films nominés puis s’en est démarqué pour les films primés en récompensant des films de qualité.

Je tiens à saluer les  spectateurs qui, malgré les sabots de Denver placés sur leurs véhicules, sont revenus voir des films après avoir payé leurs amendes. Chapeau bas !

J’en profite pour demander à l’assemblée populaire communale d’Alger-centre d’avoir l’amabilité l’an prochain d’accepter que les spectateurs puissent utiliser son parking.

A moins que la wilaya d’Alger n’installe des parkings proches des stations de métro…

Cette année, le commissariat du FICA a rendu hommage au réalisateur Charles Burnett. Pourquoi ?

D’abord parce que Charles Burnett est un très grand cinéaste résolument engagé. Nous adorons sa filmographie et aucune de ses œuvres ne nous a déçus…

Ensuite, parce qu’en 2011, alors que le festival état totalement inconnu, Charles Burnett a accepté de faire le voyage, à partir des Etats Unis, pour venir présenter son film « Namibia » avec une modestie et une disponibilité remarquables…

Cette année, le 4ème FICA a coïncidé avec les vacances scolaires. Est-ce que cela a eu une incidence positive ?

Il semble que oui d’autant que cette date a été choisie pour répondre à une requête formulée l’année dernière par des étudiants et des enseignants universitaires qui se sont déclarés très intéressés, mais frustrés car ils avaient très peu de temps libre pour assister aux projections. C’est pourquoi, nous avons choisi de programmer cette édition pendant les vacances universitaires et scolaires.

Pensez-vous garder les mêmes dates pour la prochaine édition ?

Nous y réfléchissons parce que ces dates coïncident avec les vacances d’hiver dans d’autres pays ainsi qu’avec Noël et le jour de l’an, fêtes et/ou congés que certains réalisateurs ont souhaité passer en famille, dans leur pays.

Or, il est important pour nous que les réalisateurs accompagnent leurs films pour les présenter, puis pour en débattre avec le public et la presse.

Il s’agira donc de trouver une date qui concilie les différents calendriers…

Comment avez-vous trouvé le public cette année ?

Formidable ! Présent, attentif, impliqué… Un public très éclectique qui s’est révélé amateur et connaisseur. C’est ce qu’ont révélé les bulletins de vote et les questions posées aux réalisateurs durant les débats.

Quel a été pour vous le meilleur moment du 4e FICA ?

Il y a eu beaucoup de grands moments de cinéma et de fortes émotions.

Pensez-vous déjà à la 5e édition ?

Nous nous y attellerons dès que nous aurons terminé le bilan moral et financier de cette édition.

Nous tiendrons compte des suggestions et recommandations qui nous ont été faites et tenterons d’améliorer ce qui doit l’être.

Grand merci à tous ceux qui ont apporté leur aide, leur amitié, leurs conseils, leur sourire et leur énergie à l’organisation de cette 4ème édition.

Grand merci à toute la presse nationale pour son soutien, sa fidélité à ce festival…

Meilleurs vœux à toutes et à tous : bonne et belle année 2014 !